VANITÉ
V ANITÉ. {Morale.) Le terme de vanité est oonaacr
Tiuage y à représenter également la disposition d^un bc
qui s'attribue des qualités qu'il a, et celle d'un homn
tâche de se faire honneur par de faux avantages ; nu
nous le restreignons à cette dernière signification f q
celle qui a le plus de rapport avec l'origine de l'expre
Il semble que lliomme soit devenu vain depuis c
perdu les sources de sa véritable gloire , en perdant a
de sainteté et de bonheur où Dieu l'avait placé* Qi
pouvant renoncer au désir de se faire estimer, et ne
vant rien d'estimable en lui, depuis le péché ^ ou ]
n'osant plus jeter une vue fixe et des regards assur
lul-m^me , depuis qu'il se trouve coupable de tant d
mes et l'objet de la vengeance de Dieu^ il faut bien q
rrpande au dehors, et qu'il cherche à se faire lionm
se revotant des choses extéri(;ures : et en cela les hc
conviennent d'autant plus volontiers, qu'ils se trc
naturellement aussi nus et aussi pauvres les uns c
autres.
C'est ce ({ui nous paraîtra , si nous considérons (j sources de la gloire, parmi les hommes , se réduisci à des choses indifférentes ù cet égard , ou , si vous v qui ne sont susceptibles ni de ])lurii(; ni de louange des choses ridicules , et (pii , bien loin de nous fair tablemeut honneur, sont très -propres à manquer
DE l'encyclopédie; Soi
ment ; ou à des choses criminelles , et qui par con-
t ne peuvent être que honteuses en elles - mêmes ,
in à des choses qui tirent toute leur perfection et
oire du rapport qu'elles ont avec nos faiblesses et
fauts,
aets au premier rang les richesses : quoiqu'elles
rien de méprisable , elles n'ont aussi rien de glon elles-mêmes. Notre cupidité avide et intéressée , forme jamais de la force ^ ni de l'usage des richesses
voit entre les mains des autres ; il lui suffit qu^ils riches pour avoir ses premiers hommages. Mais s'il t à notre cœur de passer de l'idée distincte à l'idée 3 , il serait surpris assez souvent de l'extravagance sentimens i car comme il n'est point essentiel à un e d'être riche , il trouverait souvent qu'il estime un 5 y parce que son père a été un scélérat, ou parce été lui-même un fripon ; et que lorsqu'il rend ses iges extérieurs à la richesse 9 il salue le larcin ^ ou 8 l'infidélité et l'injustice.
t vrai que ce n'est point là son intention ; il suit sa té plutôt que sa raison. Mais un homme à qui vous a cour , est-il obligé de corriger par toutes ces disns la bassesse de votre procédé ? Non, il reçoit vos ts extérieurs comme un tribut que vous rendez à cellence. Gomme votre avidité vous a trompé, son l aussi ne manque point de lui faire illusion : si ses (es n'augmentent point son mérite ^ elles augmentent on qu'il en a , en augmentant votre complaisance. Il tout au pied delà lettre, et ne manque point de s'air intérieurement de ce que vous lui donnez, pendant eus ne vous enrichissez guère de ce qu'il vous donne
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T»i dit en MTond lifti , que llioinme ne fait (art fomen ▼flloir par Aen «fidroîtâ qui le rendent ridicole* En effet ijay a-t-il, par exemple* de plus ridicale que là T/anU ifui fl poar objet le lune d#*s hiihit»? Kt n W ce pâi quelqa chose de plu» ridicule que tout ci; qui fait rire lesboiiraMi que la dorure et la brmlerie entrent dan§ la raison Cormcll de Tcatinie ^ qu'un homme bien vêtu soit moins oontfvdsi quun autre, qu'une Ame immortelle donne son cstiinecl sa oonsidëration k des chevaux ^ i des ëqvipaget f elc»? Ji sais que ce ridicule ne paraît point f parce qu'il eal Uof général ; les hommes ne rient jamais d'cnix^mémes, et psi conséquent ib sont peu frappes de ce ridicale nniirOTMl| qu'on peut repiocfaer k tons^ ou du moins an plus f^nd nombre ; mais leur préjugé ne change point la natare do choses ; et le mauTais assortiment de lenra actîoBS aval leur dignité naturelle, pour Mre caché A leur inugiiiatio% Tten est pas moins véritable.
Ce qu'il y a de plus Achenx , c'est que les homnes m se font pas seulement valoir par des endroits qui les «en* draicnt ridicules, s'ils pouvaient les considérer ccsBiaeil faut 9 mais qu'ils cherchent k se faire estimer par des ai* mes. On a attaché de l'opprobre aux crimes malbearan^ et de l'est imc anx crimes qui réussissent. On méprise dm un particulier le larcin et le brigandage qui le condnaatj k la potence ; mais on aime dans un potentat les gna^ larcins et les injustices éclatantes qui le oondaisiwt A Fca^i pire du monde.
Ln vieille Borne est un exemple fameux de cette v^érilé» Elle fut , dans sa naissance , une colonie de voleurs qui J cherchèrent Fimpunîté de leurs crimes. Elle fut, daml^ suite t une république de brigands qui étendirent leor»
DE L^ENCTtLOPÉDIE. 3o5
injustices par toute la terre. Tandis que ces voleurs ne font que détrousser les passans, bannir d*un petit coin de terre la paix et la sûretë publique, et s'enrichir aux dépens de quelques personnes j on ne leur donne point des noms fort honnêtes , et ils ne prétendent pas même à la gloire j mais seulement à l'impunité. Mais aussitôt qu'à la faveur d'une prospérité éclatante , ils se voient en état de dépouiller des nations entières , et d'illustrer leurs injustices et leur fureur, en traînant à leur char des princes et des 30uverains, il n'est plus question d'impunité , ils prétendent à la gloire; ils osent, non - seulement justifier leurs fameux larcins, mais ils les consacrent. Os assemblent , pour ainsi dire , l'univers dans la pompe de leurs triomphes, pour étaler le succès de leurs crimes; et ils ouvrent les temples , comme s'ils voulaient rendre le ciel eonuplice de leurs brigandages et de leur fureur.
n y a d'ailleurs un nombre infini de choses que les hommes n'estiment que par le rapport qu'elles ont avec quelqu'une de leurs faiblesses. La volupté leur fait quelquefois trouver de l'honneur dans la débauche. Les riches «ont redevables à la cupidité des pauvres^ de la considération qu'ils trouvent dans le monde. La puissance tire son pris en partie d'un certain pouvoir de faire ce qu'on veut , qui est le plus dangereux présent qui puisse jamais être fait aux hommes. Les honneurs et les dignités tirent hmr principal éclat de notre ambition : ainsi on peut dire à coup sur que la plupart des choses ne sont glorieuses que parce que nous sommes déréglés.
Diderot.
3o4 ESPRIT