‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 35 sur 62 · VAUDEVILLE · texte numérisé non relu

VAUDEVILLE

V AUDEVILLK. {Poéêie.) Cest une sorte de cbamon, faite sur des airs connus , & laquelle on passe les ni^gligenccs j pourvu que les vers en soient chantans y et qu'il y ait du naturel et de la saillie.

BoileaUy dans son jirt poétique^, a consacré plusieurs beaux vers à rechercher l'origine , et à exprimer le caractère librc^ enjouë et badin, de ce petit poème, enfant de la j oie et de la gaieté.

Si on Fen croit, le vaudeville a été en rjuelque sorte démembré de la satire; c'est un trait mordant et malin, plaisamment enveloppé dans un certain nombre de petits vers coupés et irréguliers , pleins d'agrément et de vivacité : voici comme il en parle , après avoir peint Tesprit du po(fme satirique :

D'un trait do ce poème en boni mots li Tcrtile ,

Le Françaif né malin forma le VavuievUic ,

Agréable indiicret, qui conduit par le chant

Tai Me de bouche eo bouche , et a'accrolt en marchant*

La liberté françaiae en aci veri ae déploie t

Cet enfant de plaiiir reut naître dana la joie.

Cependant, le vaudeville ne s'abandonne pas Un^oors 1 ù une ]oie boufonne , il a quelquefois autant de délicat tcsse qu'une chanson tendre, témoin le vaudeville suivant , qui fut chanté à la cour de Louis XIV , et dont Anacréon pourrait s'avouer l'auteur :

Si javaii la vivacité

DE l'encyclopédïe. 3o5

Qui fit briller Coulangc , Si l'avais aussi la beauté Qui fit régner Fontange , Ou si j'étais comme Gonti Des grâces le modèle , Tout cela serait pour Grequi , Dût-il m'étre infidèle.

On dît qu'un foulon , de Vire , petite ville de Normandie 9 inventa les vaudevilles, qui furent d- abord nom'mes vaudepires , parce qu'on commença à les chanter au Vau de Vire.

André Du Chesne^ après avoir parle de ce pays, dans ses antiquités des villes de France, dit que : « d'icelui ont pris leur origine ces anciennes chansons , qu'on appelle communément vaudevilles pour vaudevires,, desquels, ajoute- t-il, fut auteur un Olivier Basselin, ainsi que l'a remarqué Belleforest. »

Ménage, qui a cité ces paroles, cite aussi celles de Belleforest, qui se trouvent au deuxième volume de sa Cosmographie ; et il conclut de ce passage , et de quelques autres qu'il rapporte , que ceux-là se sont trompés , qui ont cru que ces chansons sont appelées vaudevilles , parce que ce sont des voix de villes, ou qu'elles vont de ville en ville. De ce premier sentiment ont été Jean Chardavoine, de Beaufort , en Anjou, dans un livre intitulé i Recueil des plus belles et des plus excellentes cliansons^ en forme de voix de ville '^ et Pierre de Saint-Julien , dans ses Mélanges historiques, M. de Cailleret est pour le second sentiiinent; car il fait dire à son commandeur, dans ses Mots à la mode , que les Espagnols appellent passecaille ^ une composition en musique^ qui veut àite passe' riWf comme, dit-il, nous appelons en France dos vaude^^

ToMt XV. 12 O

3o6 ESPRIT

ffilleSf certaines chansons cpii courent dans le public.

Ifamilton , si connu par les Mémoires du comte de Grammontj s'est amuaé à (juelques vaudevilles, dans lesf]uels régnent le sel, ragréoient et la vivacité. Haguenicr ( Jean ) , Bourguignon j mort en 1 758 , en a r<?pandu dans le public qui sont gais et amusans; mais Ferrand (Antoine), mort en 17 19 9 âgé de quarante-deux ans^ a particulièrement réussi a faire des vaudevilles spirituels et pleins de la plus fine galanterie. La plupart ont été mis sur les airs de clavecin , de la composition de Couperin. On trouve 9 dans les vaudevilles de Cliaulieu, comme dans ses autrirs poésies négligées , des C4>uplets hardis et voluptueux ; tous ces poètes aimables n'ont point eu de successeurs en ce genre.

Je croit cependant que notre nation l'emporte sur les autres dans le goût et le nombre des vaudevilles , la pente des Français au plaisir, i la satire, et souvent mèmei une gaieté hors de saison , leur a fait quelquefois terminer par un vaudeville les aiïaires les plus sérieuses, qui oonimençaient à les lasser , et cette niaiserie les a quelquefcMS consolés de leurs malheurs réels.

Au reste, dit Fauteur ingénieux de la Nouvelle Hé" loïae^ quand les Français vantent leurs vaudevilles pour le goût et la musique, ils ont raison ; cependant à d'autres égards , c'est leur condamnation qu'ils prononcent : s'ils ss« vaient chanter des sentimens , ils ne chanteraient pas de l'esprit; mais comme leur musique n'est pas expressive, elle est plus propre aux vaudevilles qu'aux opéras; et comme ritalienne est toute passionnée , elle est plus propre aux opéras c|u'aux pamlevilleA,

Le Chepalier de JaucourT.

De l'encyclopédie.

Page 1