VÉRITÉ
Vérité* ( Ijogique, ) Toute Idée consîdërëe en ellemême est vraîe, c'est-à-dîre qu'elle représente exactement ce qu'elle représente , soit que ce qu'elle offre à Pesprit existe ou non. Pareillement , toute choSe considérée en elle-même y est vraie , c'est-à-dire qu'elle est ce qu'elle est : c'est ce que personne ne révoquera en doute ; mais quelle utilité pourrait-il y avoir à envisager la vérité sous cette face? Il faut considérer la vérité relativement à nos connaissances: considérée sous ce point de Vue, on peut la définir une conformité de noajugemens avec ce que sont les cTioses : en sorte que ce qu'elles sont en elles-mêmes , soit précisément ce que nous en jugeons.
Si la vérité est une conformité de notre pensée avec son objet , elle donne donc une particularité ou circonstance de notre pensée; elle en est donc dépendante, elle ne subsiste donc point par elle-même. S'il n'y avait point de pensées et de connaissances au monde , il n'y aurait point de vérité; mais comment cela peut-il s'accorder avec ce que les philosophes ont dit de plus beau touchant la nature des vérités éternelles?Ne craignez rien pour les vérités étemelles. Gomme Dieu est un esprit qui subsiste néces* sairement^ et qui connaît tout de toute éternité,'c'est aussi en lui que les vérités subsisteront essentiellement , éternellement et nécessairement; mais par là , elles ne se trouveront pas indépendantes de la pensée , puisqu'elles sont
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la pcnscc de Dieu m^me, laquelle est toujour» conforme a la réalité des choses. Mais, dircz-vous, quand je détruirais dans ma pensée toutes les intelligences du monde , ne pourrais-je pas toujours imaginer la vérité? La ifériié est donc indépendante de la pensée. Point du tout; ce que vous imagineriez alors serait justement une abstraction , et non une réalité. Vous pouvez par abstraction penser à la vérité , sans penser à aucune intelligence; mais réellement il ne peut y avoir de vérité sansp^Misée, ni dépensée sans intelligence y ni d'intelligence sans un £tre quipeiise, et qui soit une substance spirituelle. A force de penser par abstraction à la vérité, qui est une particularité de la pensée, on s'accoutume à regard(;r la vérité comme quelque chose d'indépendant de la pensée et de l'esprit; à peu près comme les enfans trouvent dans un miroir la représentation d'un objet, indépendante des rayons delà lumière, dont néanmoins elle n'est réellement qu'une modificatioD. T/objct avec lequel notre pensée est conforme, est de deux sortes ; ou il est interne, ou il est externe ; c'est-àdire ou les choses auxquelles nous pensons ne sont qve dans noire pensée, ou elles ont une existence réelle et ef' feçtive, ou indépendante de notre pensée. De là deux sortes de vérité.s. Tune interne et l'autre externe y suivant la nature des objets. L'objet de la vérité interne est purement dans notre esprit, et celui de la vérité externe est non-seulement dans notre esprit, mais encore il existe effectivement et réellement hors de notre esprit, tel que notre esprit le conçoit. Ainsi toute vérité est interne, puisqu'<^lle ne s( rait pas vérité ^\ elle n était dans l'esprit; maift une vérité interne n'est pas toujours externe. En un mol, la vérité interne est la conformité d'une de nos idéesavec
DE l'encyclopédie. 5oq
une autre idée , que notre esprit se propose pour objet : la vérité externe est la conformité de ces deux idées réu« nies et liées ensemble, avec un objet existant hors de «notre esprit, et que nous voulons actuellement nous représenter.
U faut observer que nous jugeons des objets , ou pat voie de principe, ou paF voie de conséquence. Vâp- ^^à\e jugement par voie de principe, une connaissance qui nous vient immédiatement des objets , sans qu'elle soit tirée d'aucune connaissance antérieure ou précédente. y a'ppeVie Jugement par ojoie de conséquence, la connaissance que notre esprit agissant sur lui-même , tire d'une autre connaissance qui nous est venue par voie de principe.
Ces deux sortes de jugemens sont les deux sortes de vérités que nous avons indiquées y. savoir, la vérité externe et la vérité interne. Nous appellerons la première 'vérité ohjectiife ou àe principe*, et l'autre , 7)érité logique, <m. de conséquence* Ainsi, vérité objective, de principe, externe, sont des termes synonymes 5 de même que vérité interne^ logique , de conséquence , signifient' précisément la même chose. La première est particulière à chacune des sciences selon l'objet où elle se porte; la seconde est le propre et particulier objet de la logique.
Au reste, comme iV n'est nuHe science qui: ne veuille étendre ses connaissances par celles qu'elle tire de ses principes, il n'en est aucune aussi où la logique n'entre et dont elle ne fasse partie ; mais il s'y trouve une différence singulière : savoir, que les vérités internes sont immanquables et évidentes, au lieu que les vérités externes sont iucertaiues et fautives. Nous ne pouvons pas toujours nous
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aMurer nue; nos connaisjiaiiceii cxlcrnes soient conformer & leur* ol)i<;Ut |>fli'c<' ^|i^<* ^t** obj<*U sont hors <lc nos connaissances munies et (Je notre esprit : au lieu que nous pouvons discerner distinctement si une idée ou connaissance est conforme à une outre idée ou connaissance, puisque ce$ connaissances sont elles-mêmes IVction de notre (Hr prit t par laquelle il juge intimement de lui-même et de aes opérations intimes : c'est ce qui arrive dans les mathématiques, qui ne sont qu'un tissu de vérités internes ^ où sans examiner si une vérité interne est conforme i un objet existant hors de notre esprit, on se contente de ti* rer d'une supposition qu'on s'est mise dans l'esprit^ de* conséquences qui sont autant de démonstrations. Ainsi l'on démontre que le glohe de la terre étant une fois dans l'équilibre I pourrait être soutenu sur un point mille et mille fois plus petit que la pointe d'une aiguille; maisians examiner si cet é({uilibre existe ou n'existe pas réellement et hors de notre esprit.
La périté de consé(|uence étant donc la seule qui appartienne & la logique, nous cesserons d*être surpris comment tant de logiciens ou de géoniètrcshabilcs se trouvent quelquefoissi peu judicieux, et eommeut des volumes immenses sont en même tems un tis^u de lu meilleure logique et des plus grandes erreurs : c'est que la vérité logique et interne subsiste trës'bien sans la véritéobjectiveetcxterne.Sidonc les premières vérités ({ue la nature et le sens commun inS' pirent sur lexistence des elioses , ne sont la base et le fondement de nos raisonnemens, (|ucl(|ue bien liés qu'iU soient, et avec quel(|ue exactitude qu*iU se suivent, iU ne seront ([ue des purulogismcs et des erreurs. Je vais ei^ donner des exemples^
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Qu'il soit vrai une fois que la matière n'est autre chose que Xétendve^ telle que se la figure Descartes ; tout ce qui sera étendu sera matière : et dès que j'imaginerai de Yé^ tendue y il faut nécessairement que j'imagine de la matière : d'ailleurs ne pouvant m'abstenir quand j'y pense, d'imaginer de l'étendue au-delà même des bornes du n^onde , il faudra que j'imagine de la matière au-delà de ces bornes; ou pour parler plus nettement ,. je ne pourrai imaginer des bornes au monde ; n'y pouvant imaginer des bornes y je ne pourrai penser qu'il soit ou puisse être fini^ et que Dieu ait pu le créer fini.
De plus , comme j'imagine encore , sans pouvoir m'en abstenir quand j'y pense , qu'avant même la création du monde » il y avait de l'étendue ; il faudra nécessairement que j'imagine qu'il y avait de la matière avant la création du monde : et je ne pourrai imaginer qu'il n^y ait pas toujours eu de la matière, ne pouvant imaginer qu'il n'y ait pas eu toujours de l'étendue; je ne pourrai imaginer non plus que la matière ait jamais commencé d'exister , et que Dieu l'ait créée*
Je ne vois point de traité de géométrie qui contienne plus de vérités logiques que 'toute cette suite de conséquences , à laquelle il ne manque qu'une vérité objective ou de principe, pour être essentiellement la vérité même. Autre exemple d'évidentes vérités logiques. S'il est vrai qu'un esprit en tant qu'esprit , est incapable de produire aucune impression sur un corps, il ne pourra lui imprimer aucun mouvement ; ne lui pouvant imprimer aucun mouvement, mon âme,' qui est un esprit, n'est point ce qui remue ni ma jambe ni mon bras; mon âme ne les remuant point, quand ils sont remués^ c'est par quelque autre
Sis KSPRIT
principe : cet autre principe ne saurait cMre que Dieu. Voilà autant de vérilés internes qui s'amènent les unes les autres d'elles-mêmes « comme elles en peuvent encore amener plusieurs aussi naturellement , en supposant toujours le même principe; car l'esprit en tant qu'esprit, ëtant incapable de remuer les corps , plus un esprit sera esprit, plus il sera incapable de remuer les corps : de même que la sagesse en tant que sagesse , étant incapable de tomber dans l'extravagance , plus elle est sagesse, et plus elle est incapable de tomber dans l'extravagance. Ainsi donc un esprit infini sera infiniment incapable de lemuer les corps ; Dieu étant un esprit infini , il sera dans une incapacité infinie de remuer mon corps ; Dieu et mon âme étant dans l'incapacité de donner du mouvement à mon corps , ni mon bras ni ma jambe ne peuvent absolu* ment être remués , puisqu'il n'y a que Dieu et mon âme à qui ce mouvement puisse s'attribuer. Tout ceci est nécessairement tiré de son principe par un tissu de vérità internes. Car enfin, supposé le principe d'où elles sont tirées , il sera très-vrai que le mouvement qui se fait dans mou bras, ne saurait se faire, bien qu'il soit très-évident qu'il se fait.
Quelque étranges que puissent paraître ces conséquences, cependant on ne peut trouver des vérités internes mieux soutenues , chacune dans leur genre ; et celles dont nous venons de rapporter des exemples , peuvent faire toucher au doigt toute la différence qui se trouve entre la vérité interne ou de conséquence, et la vérité externe ou de principe : elles peuvent aussi nous faire connaître comment la logique , dans son exercice , s'élcud à Finfini , servant à toutes les sciences pour tirer
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es conséquences de leurs principes ; au lieu que la loque , dans les règles qu elle prescrit et qui la constituent a art particulier, est en elle-même très-bornée. En effet, le n'aboutit qu'à tirer une connaissance d'une autre mnaissance par la liaison d'une idée avec une autre idée. Il s'ensuit de là que toutes les sciences sont susceptibles i démonstrations aussi évidentes que celtes de la géo* étrie et des mathématiques , puisqu'elles ne sont qu'un 5SU de vérités logiques en ce qu'elles ont d'évident et de fmontré. Elles se rencontrent bien avec des vérités exrnes; mais ce n'est point de là qu'elles tirent leur vertu ;monstrative ; leurs démonstrations subsistent quelqueis sans vérité externe.
Ainsi la géométrie demontre-t elle, comme nous l'avons i]k dit y qu'un globe mille fois plus grand que la terre sut se soutenir sur un essieu moins gros mille fois qu'une guiUe; mais un globe et une aiguille, tels que la géoméie se les figure ici , ne subsistent point dans la réalité : î sont de pures abstractions que notre esprit se forme n ces objets.
Admirons ici la réflexion de quelques-uns de nos rands esprits : // n^est de science j disent.- ils , que dans i géométrie et les mathématiques. C'est dire nettement i n'est de science que celle qui peut très -bien subsister ans la réalité des choses , mais par la seule liaison qui se ïouve entre des idées abstraites que l'esprit se forme à K)n gré. On trouvera à son gré de pareilles démonstrations dans toutes les sciences.
La physique démontrera , par exemple , le secret de ïendre l'homme immortel. Il ne meurt que par les acciieus du dehors ou par l'épuisement du dedans 5 il ne faut
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donc qu'éviter les accidens du dehors « et rc'parer au dedans ce qui sVpuise de noire substance , par une nourriture qui convienne parfaitement avec notre tempâramenl et nos dispositions actuelles. Dans cette abstraction, voiU rhomme immortel démonstrativement et mathématiquement; mais c^eêt le globe de la terre sur une aiguille*
La morale démontrera, de son côté, le moyen de conserver dans une paix inaltérable tous les états du mimde. La démonstration ne se tirera pas de loin. Tous les hommes se conduisent par leur intérêt : l'intérêt des soutcrainsest de se conserver mutuellement dansTintelligence; cet intérêt est manifeste par la multiplication qui se fait pendant la paix, et des sujets du souverain, et des richesses d'un état. Le moyen d'entretenir cette intelligence est iffr lement démontré. U ne (aut qu'assembler tous les députés des souverains dans une ville commune , où l'on conviendra d'en passer à la pluralité des suffrages , et où Fon prendra des moyens propres à contraindre le moindre nombre de s'accorder au plus grand nombre ; mais c*eit le globe sur Vaiguille. Prenez toutes ces irrités par leur abstraction et sans les circonstances dont elles sont accompagnées dans la réalité des choses : ce sont-là autant de àir monstrations équivalentes aux géométriques.
Mais les unes et les autres, pour exister dans la prati' que , supposent certains faits. Si donc l'expérience s'sc^ corde avec nos idées , et la vérité externe avec la vérité interne , les démonstrations nous guideront aussi sûremeni dans toutes les sciences par rapport à leur objet partlcU' lier, que les démonstrations gcométriques par rapport aux démonstrations sur Félcndue.
Il n'csl point de globe parfait qui se soutienne sur L
DE l'encyclopédie. 5 1 5
pointe d'une aiguille; et la vérité géométrique ne subsiste
point au-dehorSy comme elle est dans la précision que
forme notre esprit à ce sujet. Cette précision ne laisse pas
d'être d'usage même au-dehors « en montrant que , pour
faire soutenir un globe %ur un axe le plus menu , il faut
travailler à faire le globe le plus rond , le plus égal de
toutes parts , et le plus parfait qui puisse être fabriqué par
l'industrie humaine.
U n'est point aussi dans la nature aucune sorte de nourriture si conforme à notre tempérament et à nos dispositions actuelles , qu'elle répare exactement tout ce qui dépérit de notre substance ; mais plus la nourriture dont i nous tisons approche de ce caractère 9 plus aussi toutes I choses demeurant égales d'ailleurs y notre vie se pro* f loDge,
En un mot ^ qu^on me garantisse des faits , et je garantis dans toutes les sciences des démonstrations géométriques <m équivalentes en évidence aux géométriques. Pourquoi? Parce que toutes les sciences ont leur objet , et tous les d>jet8 fournissent matière à des idées abstraites qui peuvent se lier les unes avec les autres : c'est ce qui fait la nature des vérités logiques , et le seul caractère des démonstrations géométriques.
Quand on demande s'il y a des vérités , cela ne fait au* CQne diiSculté par rapport aux vérités internes : tous les livres en sont remplis; il n'y a pas jusqu'à ceux qui se proposent pour but d'anéantir toutes les vérités tant internes qu'externes. Accordez une fois à Sextus Emplricus cpe toute certitude doit être accompagnée d'une démonstration, il est évident qu'on ne peut être sûr de rien^ ^ft' pubque dans un progrès à l'infini de démonstrations on
Tufi ry.i'iiiT
iiu |iriit nf ti^rr À ric-ii, 'l'inili- lu iliflinilli- rouir ttir \n
viTÎIi'» cxlrrtir».
Vi^KiTÉ^i mittipliyaiiiuti »ii trnniiumUinlnle, On s»jK-lli! Hiiihi IVinlni (|iii n'piir dniis U vnrî«^ti: ilo <lîrcrM cIkmca, tjirit Nirimltiiiii'<!!i t\w. mMxcsAivt;)), <[iil conviennent il VtXrt: , iiù iiouM n-riiiin[mjiii qui! ce ifuî (lûtii^ue U veille du M»nim(;il, i:'<:H l'onln; ({ui ri'gm;<lHriÉ lnMt i^vneiiKïiiN vruiii cl tMh d(! ta veille ; uu lieu ijuc Its tmifti fur|;4MiL ilf» eoiiiltiriaînmui où ïl n'y a ni vtSriU ni tésMti, |t.ir»; {[n'iTlIcfi Knnt (leNtitui-irit <Ui raiioii •uflwanle , d (|u*('ll<*A Nuji[><)!ient m'oint; l.i ciH'.x'utUmct! ilc cliuN» eontn- (liet')irea. Lu vérïti' ']ui n^kultc tle YurAte et igut coïncidl' |trc.w|ur avec lui, convient donc h tout Hra, h Dieiif ninndc , en tnnt r|u'<m IVnvîui;» comme une uail6,i tout itulîviilti exifitnnl duns le mun'lc, boinroe, arlfrCf d l'ont iHri; (Mt dnne, vraî. Cette véritt: cit iiilriniAqtM l'iUri! , et ne d('[>erid point de nus counalBiaiiCe*. Cc n'i ji.i.t cotiinu:!:» lo[.;i(jiu;, OÙ l'on apitetio vrai cotJêitAt « , jtar exfm|)lu , Vitili l n'it lieuriunu cai .^i ' i'Adînnv i|iu] i»l% iiH f(:ril<'eil plutôt eelleihi juj^cinvnl '|(i ■ ■ il- ■' ' \a: lingot n'est pfw ttli]ue von* ih;
<,u'il no
1 priraU. (^>iiinid je <1
lïmjot ,U
vi'ritidili! or, ]ii m'i'iH
liiiKot HO
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» moins lit vérili! trniKiceoiLintnli
elle (pil newiuriiittHre autre «luMi': ril , cl tl Ii:h iillriliuli sont liiîs par lien iriiiuui aii^** Ijt:!, di'iix |-,raiifl4 princî|ieJi, l'un dcD
t- deriiinon htdiihanle, luut Ia lotu
■i.'>elle, m\h laipelk' il o'j
DE l'encyclopédie. Si/
dans les propositions universelles , et les singulières ellesmêmes ne seraient vraies que dans un instant : car si un être n'est pas tellement ce qu'il est qu'il ne puisse être autre chose, comment puis-je former les notions des genres et des espèces, et compter sur elles? Ces qualités et ces attributs que j'ai séparés comme fixes et invariables, ne sont rien moins que tels. Tout être est indifférent à tout autre attribut, il en reçoit et il en perd sans raison suffisante. Ce n'est donc qu'en supposant la vérité des êtres, c'est-à-dire, l'immutabilité de leur essence, et la permanence de leurs attributs, quon peut les ranger dans ces classes génériques et spécifiques , dont la nécessité est indispensable pour former le moindre raisonnement. Les propriétés des nombres et des figures ne seraient pas plus constantes. Peut-être que demain ^ deux et deux feront cinq , et qu'un triangle aura quatre angles : par là toutes les sciences perdraient leur unique
et inébranlable fondement.
Diderot.
<W«\AMWVVMA<VVWM
VÉRITÉ. (Morale.) La vérité est ce qui est, ce que Ton peut assurer qui existe. Quel est l'homme qui peut s'assurer de la connaître? La plupart de nos opinions ne sont fondées que sur des probabilités. Il n'y a de vrai que œ que l'Être suprême nous a révélé : tout le reste est mêlé d'erreurs , et ne vaut pas les disputes , les querelles , les inimitiés que la diversité des opinions a fait naître parmi les hommes.
La vérité, dit Massillon, est cette règle éternelle, celte lumière intérieure , sans cesse présente au dedans de nous , ^i nous montre sur chaque action ce qu'il faut faire ou
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mais on leur demande : quel autre signe en dusirc donc ? quel autre croyez-vous qu'on puisse avoir en formez- vous quelque idée ?
On leur dit aussi : qui doute pense, et qui per et tout ce qui est vrai de la pensée f Test aussi de h qu'elle représente , si cette chose a l'être ou le ra mais. Voilà donc déjà des principes irréfutables. ( y a quelque principe de cette nature , rien n'ei qu'il y en ait plusieurs. Tous ceux qui porteront U caractère , auront infailliblement la môme vérité, serait pas autrement quand notre vie ne serait songe. Tous les fantômes que notre imagination p nous figurer dans le sommeil , ou n'auraient pas ou l'auraient tel qu'il nous paraît .S'il existe hors d< imagination une société d'hommes faibles , telle c idées la représentent , tout ce qui est vrai de cette imaginaire le sera de la société réelle ; et il y aui cette société des qualités nuisibles , d'autres es tic etc. j et par conséquent des vices et des vertus. Ou disent les P^rrhoniens; mais peut-être que cette n'est pas. Je réponds : pourquoi ne serait-elle pas que nous sommes? Je suppose qu'il y eût là-dessu que incertitude bien fondée ^ toujours serions-noi gés d'agir comme s'il n'y en avait pas. Que sera-^e incertitude est sensiblement supposée ? Nous n donnons pas à nous-niômcs nos sensations ^ don< quelque chose hors de nous qui nous les donne ; sont fidèles ou trompeuses , si les objets qu'elles no gncnt sont des illusions ou des vérités , des réalités apparences , je ircnlrcprcndrai pas de le démontre prit de niomme, qui ne connaît qu'imparfaileme
DE L^ÉNCVCLOPÉDÎfî. Ssl
(Uiuraît prouver parfaitement : mais l'imperfection de ses connaissances n'est pas plus manifeste que leur réalité; et s'il leur manque quelque chose pour la conviction du côté du raisonnement, l'instinct le supplée avec usure. Ce que la réflexion trop faible n'ose décider , le sentiment nous forcejde le croire. S'il est quelque Pyrrhonien réel et parfait parmi les hommes , c'est, dans l'ordre des intelligences, un monstre qu'il faut plaindre. Le Pyrrhonîsme parfait est le délire de la raison et la production la plus ridicule de l'esprit humain.
Voici les moyens que Locke enseigne pour parvenir à k vérité»
1® Il faut se défier du rapport des sens , et du désir qu'on a de trouver une proposition vraie.
2° N'en admettre aucune sur l'autorité de qui que ce soit 9 et auparavant de l'avoir examinée.
5" Il faut définir , analyser les expressions dont on se sert; acquérir un grand nombre d'idées sur le sujet qu'on veut approfondir; rejeter tout principe qui n'est pas fondé sur l'évidence ou sur une suite d^observations faites sur la nature.
4® Ne pas perdre de vue l'état de la question. 5" Se munir de vérités principales, qu'on appelle principes.
Venté; ce mot si redoutable aux tyrans et si consolant pour les malheureux , ce mot que l'ambition et le fanatisme çnt écrit en caractères de sang sur leurs étendards , pour captiver la crédulité par l'enthousiasme , mérite, par l'importance du sens qui lui est attaché ^ les plus profondes réflexions du philosophe.
Seule, immobile dans l'immensité des siècles , la vérité Tome xv. 2 1
$22 MPBIT
•« nouiictit par m propre forcé f lift pr«?)ugéîii te ■occtJgttt autour dVlIc » et t'eutre-dëtruMeiii cotnine Icf paatioua iocialci qui leur ont donné Ytire*
Le tage courageux qui Ici brave a Calcinent k redouter le méprii inaultani de cet gramla de conrention qui ne doivent qu*ji Topinion lasupérioriti^ tur leurt acmblablet» et la veugeanoî lourde ^ main horrible , de osb fyrant dci ctprits, qui ne règfient qu*& la faveur de« erreura qu*ib accr4:ditent* I^ noire jalomie ne lainte A Socratc mourant pour la véritd, que Ja gloire pure et dé«int4^'retaéc d'no biefifait tana reconnaisflance*
lia vérité jkoïtfv. i non rrcliercliea a<iui un aipect diff^ n;nt dnni Ica divcra ordrca de noa (u^nnaiaiaitcea ; nain toijjoura f;llc cat oiractériace jmr Ica idi;es foiidamentaki lïexUUfmre et A'UUniiU.
Vaï niéta|)Iiyaic|uc ^ ce aoni dea attrlbuta qni conaUtuent un £trc qu4:lconquc ; en maihématiquea ^ c*eal Tafliniui' tion ou la n(;galion d'identité entre deux quantiUb aba« Iraitea ; en pliy«i(|ue , c*eat rcxiatence dea aubatancei, dea Mîuaationsy de la force et de la réaction) dana Tordre moral , cVal la loi (|iii dirige Texcrcicc de noa fâcultéaiiaturellra. La vériti: de caractère eat le noble reapeci de aoif qui croirait , eu ae drguiaant aux yeux d'autrui^ perdre le droit précieux de a'eatimcr aoi-m/^mc. Souveraine daoi lea arta comme dana lea aciencea , la fable même n'a droit de plaire que quand elle aoumet aa marche aux loia de la %fériii.
J)e la vérité méiaphyêique. Ne tirofia point du profond oubli Aucpicl ila aont juatement condamnéa, lea mota b«r« banrf et vidca «le him% <|ui étaient toute la métapbyâi(}ue du p«Ti|mtétiame moderne. Un génie créateur a Jii5ip<''
DE l'encyclopjîîdje. 5i3
ces ti^nèbres , et levé d'une main hardie le voile qui enveloppait les premiers principes des choses. Quelques ëtincelles avaient prëcédé cette masse de lumière $ mais Léibnitz a poli les diamans bruts que les anciens avaient puisés dans le sein générateur de la nature. Un principe, paiement simple et fécond , lui a servi de (il : rien ne peut exister sans raison suffisante. Ce trait de lumière , qui éclaire toutes les sciences , porte spécialement sa clarté sur Fobjet que je traite.
Pour éclairer et convaincre , il faut suivre pas à pas la progression des idées , et sacrifier à la précision dans une matière où le sens vague des mots laisse peu de prise à l'exactitude du raisonnement.
D'après les expériences métaphysiques de Locke , sur les idées matrices auxquelles il a réduit nos connaissances par une exacte analyse , il faut supposer qu'elles doivent leur origine à nos sensations ; le désir de se rappeler tons les individus et l'embarras de la multiplicité , forcent à les diviser en certaines classes par les dififérences et les ressemblances ; on sent qu'ici le premier pas seul a coûté ; l'abstraction la plus simple est un effort plus étonnant de l'esprit humain que l'abstraction la plus compliquée. A force de composer , on est parvenu à l'idée de pure substance , et enfin à l'idée infiniment simple d'esséité. Arrivés à ce point , les philosophes ont construit à leur gré dans l'espace chimérique que le délire de la réflexion avait créé ; ils ont oublié que l'abstraction était l'ouvrage de l'esprit , qu'il n'existait dans la nature que des individus ^ que si un homme était moins dissemblable à un homme qu'un ours , il en était tout aussi distinct. Ils ont appelé leurs abstractions les essences des choses ^ caracté-
TrA vsvnrt
risiS les essences par la pouibiliti^ , la possibilité par b compniibilitë des attributs ; mais interroges, quelle compa* tibilité d'attributs IVsprit peut apercevoir dnns Tidée infiniment simple et'génëralisf^e iieaêéiiéj ils se sont aperçus qu'ils n avaient réussi c|u'â éloigner la difficulté pour y retomber : semblables au sophiste indien, qui, pressé de dire sur quoi s'appuynit la tortue immense qui portait Télépliant qui soutenait la terre , répondit que c'était un mystère.
Revenons à la nature : tout composé suppose des composa ns y puisffu'il en est le résultat ; donc tout composé se résout en Êtres simples. La conséquence la plus immédiate de la simplicité des substances est la simplicité des essences ; outre que la décomposition à l'infini répugnerait également dans l'un et l'autre cas. Or les idées ou essences simples n'existent pas dans le néant , car le rien n*a point de propriétés ; elles ne sont pas non plus une pure abstraction, puisqu'elles sont la vraie représentation des substances simples ; leur vérité métaphysique est donc la raison suffisante de leur esséité dans le sens que l'une n'est plus distincte de Tautre, par la raison sans réplique que, dans le dernier anneau de la chaîne^ la cause et l'effet doivent nécessairement se confondre , et qu'à ce point l'être résulte de sa nature.
La noble simplicité de ce principe , sa suffisance à eiplîqu(T tous les problèmes métaphysiques et physiques, doit convaincre tous les esprits. Malheur et mépris à la faiblesse d'âme qui fait rejeter un principe lumineux par l'opposition des conséquences aux opinions reçues. Faudra-t'II donc vieillir dans l'enfance des préjugés, ou plu* tôt dans l'épouvante des pubsans qui les accréditent?
DE l'encyclopédie. 325
Êtres pusillanimes, vous dégradez la noblesse indépendante de la raison , pour vous faire des motifs de crédibi. lité de la crainte où de l'espérance !
De la 'vérité mathématique. Newton à Londres , et Leibnitz à Leipsick , calculaient l'infini géométrique , parvenaient aux mêmes résultats par une même méthode diversement présentée, s'éclairaient et ne se contredi-» saient point. Dans la même ville , l'altier courtisan , Pin* soient millionnaire , l'humble manœuvre , rassemblés dans le réduit d'un philosophe et interrogés sur le sens du mot décence y disputent et ne s'entendent pas. C est que les géomètres parlent tous une même langue ; mais les hommes, en traitant de la morale ^^ ne prononcent que les mêmes sons ; leurs idées varient suivant le mode et le degré d'opposition de l'intérêt de chaque individu à l'intérêt général.
Le mathématicien suppose une quantité physique abstraite y la définit d'après la supposition , £^rme la définition et le défini réciproquement l'un de l'autre. Aussi ses spéculations ne seraient-elles qu'une science de mots , si réduit aux suppositions rigoureuses, l'à-peu-près n'exislail pas dans la nature. Mais de IVpplication des principes mathématiques , il résulte quelquefois dans la physique des approximations si voisines de la précision , que la différence est nulle pour l'expérience et l'utilité.
J^ai dit quelquefois .* car il faut distinguer les occasions où le géomètre physicien peut calculer la quantité physique et l'effet de la force dominante , sans alliage de circonstances oi\ ses spéculations sont subordonnées à la nature des substances , et aux inégalités qui résultent dans l'aperçu de Teffet général de l'aclion des causes im-
médiates. Après avoir calculé en mécanique Teffct de la pesanteur et de la force de rélasticiié, le géomètre attend^ pour fixer son résultat , «pie Texpérience Tinstruise de l'effet de la résistance, de la contraction et de la dilatation des métaux , des frottemens , etc. ; et souvent il a décidé à l'académie ce que l'artiste dément avec raison dans son attelier. Voyez les liqueurs dans de grands canaux se soumettre aux lois de Téquilibre , que la nature semUe violer dans les tubes capillaires. C'est qu'ici l'inégalité des parois , unies seulement en apparence t devient plus efficace par le rapprochement : lattraction latérale balance la force centrale : l'air s'échappe avec moins de acilité ; l'esprit humain humilié voit ses efforts échouer fcontre le jeu le plus léger de la nature : il semble ne pouvoir braver la difficulté que dans l'éloignement.
Alors voyez par quelle longue série de conséquences il va appliquer ses principes avec certitude. Il mesure la distance des planètes, et dissipe les frayeurs qu'inspiraient k l'ignorance leurs périodiques interpositions. Il dirige la course, et prescrit la forme de ces bâtimens agités qui unissent les deux mondes pour le malheur de Tun et la corruption de l'autre; il divise en portions égales la mesure commune de nos plaisirs et de nos peines. L'écrit i dans des points aussi éloignés, ou des circonstances aussi compliquées, aurait-il aperçu sans peine que le tout est plus grand que sa partie , ou égal à toutes ses parties prises ensemble ? etc. Il faut donc soigneusement distinguer en mathématiques la simplicité évidente de la périté^ de la difficulté de la méthode.
De la mérité physique. Les vérités physiques sont garanties par le sens intime, quand elles sont calculées
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d'après les impressions des objets extërieurs sur nos sens ' ou d'après les effets immédiats de nos sensations. S'il s'élève deux opinions opposées , la contradiction n'est que dans les mots , et natt de la diversité d'impression que le même objet fait sur deux organes différens.
Mais si trompant les intentions de la sage nature, qui ne nous avait formés que pour jouir, nous voulons nous connaître; si non contens d'éprouver les effets, nous cber* dions à approfondir les causes et à développer la nature des substances, tout devient conjecture et système : îe moyen cesse d'être proportionné à nos recbercbes. Inutiles théoriciens, osez- vous vous en plaindre ? après avoir marqué du sceau de l'évidence les connaissances de premier besoin, que devait la nature à la curiosité et au superflu?
La wriié physique se réduit donc à la réalité de nos sensations , à l'action et à la réaction des substances simples.
Mais nos sensations sont-elles produites par les objets extérieurs, ou ceux-ci ne sont-ils que des phénomènes intellectuels , que Tâme réalise hors d'elle-même par une propension invincible? Barclay a bravé l'opinion générale , et soutenu le dernier sentiment.
1^ Parce quHl n'y a nulle conséquence forcée de nos sensations à l'existence des objets extérieurs; elles peuvent être produites en noua par l'opération de l'Etre suprême : elles peuvent être aussi une suite de notre nature.
2^ n est absurde de transporter à des êtres composés les modifications quelconques d'un être simple; or, toutes nos sensations sont des modifications successives de notre âme.
S'iR IC.HPHIT
3" La «<!ii^Atioii (11! IrtmcliiG clvvimi contradictoire ^ quatiil elle CAt n'flliAi'e liorn ilr iiotn* Ame* On cli^niontre pour et roiitre , In diviAihililr h rinfini fli»A Mutittnncet MtppoareA (Uniiliicfi. INVflt'il |mfi rinîr rpie lu dîvMibilitd k rinrini uvai r(inA(*r|iienl(* i\itl\ Vulve »lMtrfi!tc cle In icn« Mtton cl» IMteudue i et ipir Ii!a preiiviM do Lcibnilx ne portent «pie nur k*ji AiiliManerA nVlIri ?
4" Len dîiïrrenn'A (prou oliM^rvr l'iilre IVtit de rAre et r^ïliiî de rcveîl y ne drlriiî.'iriil pnint rnrgnnient cpie tire Hnrelny de TilluKion drn Aon^ri. (^>ii*il y nit plun ou moini d*(irdre dnnn noe M^nfl/itiom, il nVftt pfiA nioin^ inrontei-i table que prndnnt le Aoniriiril , TAme Ica rprouve en Teb* fence dcA olijrtfi rxt«:rîenrA : iU n\'ii Jioiit donr pus le einme. I)*HilleurAy A (|M(*I nrilirtypi* primitif ponvoii«i-noiii rrinifinror ]vn nforli(iriiliori*i dr iinlrr Amr, pour pigrr de leur liniiion? lii* dé^iordre nppnrent du rrve nV/^i-il pan rrlMlifn Tordre prrictidudu réveil? Or, relui-ci, ipii peut le {',ai*'iiitir ?
(iroyoïi^ doiM'., livre lliirrlfiy , «pir iinR nf'ti*i;%\\nim n'ont ri ne pfMiv<'iit /i\oir iiidlr mh\v iVnimh}{(iv rrpirMrnlnlivr avrc \vH tt\}\v\H rxtrririirfi: mniIh tir diMitons tmn nup. \r» HuhHinuvvH iiiniplrf» dniM'fn iU' Un'cv ^ n^t^iAH(•|lt et ne r<!ii« f'/iH^^nt r.oiitiinirllcrrirtit \vh iiijca »ur let fiulren; et rpie celte action 9 toute dillerenle de iioa Aen^alioiiA, vn e.it eependaiit la eau^e. («oniment eonrevoir , narii eelii , In liaiAon nér.e«Aaire rpii forme la eliattie de toua le» f'Aren, et d'où niitl la belle harmonie de la nature ?
J*aî ioAiftlf'; sur une (pieAlion niseuie, maift nb>itrAitr, par la seule tiilces.iité de ne lèiisser aueuu vide. Que fait an liouheur des bonnries IVxiftteiie.e ou la non existcnre deH r(/rp.i? Im félieilé ne réstdte-l-elle pas de Ja manière
DE l'encyclopédie. 32g
[ont on est intérieurement affecté? La puissance et la )onté du Souverain de la nature serait-elle moins démontrée par l'ordre de nos sensations que par celui quiré^e hxïs les objets extérieurs ?
De la ^vérité moralem Ici tout devient intéressant. Le cœur d'un philosophe sensible s'ouvre au plaisir de dé7 montrer aux humains que la félicité de tous , par chacun , est le seul et doux hommage qu'exige la nature , et que les )réceptes de la vertu ne diffèrent pas des moyens d'ètrp leureux.
Ceux qui , pour expliquer la loi primitive y eurent rerours aux relations essentielles^ aux sentimens innés, ftûx ris intérieurs de la conscience , cédèrent au désir d'é- Jouir par l'impuissance d'éclairer. C'est dans la volonté le l'homme et dans sa constitution , qu'il faut chercher ? principe de ses devoirs. Les préceptes moraux , sensi* les à tous ^ doivent porter avec eux-mêmes leur sancion, faire par leur propre force le bonheur de qui les bserve , et le malheur de qui les viole.
Je considère l'honmie isolé au milieu des objets qui l'enourent. Il est averti d'en user par l'instinct du besoin; t\ ^ est invité par l'attrait du plaisir. Mais dans la jouisftiice de ces biens , l'excès ou la privation sont également nuisibles. Placé entre la douleur et le plaisir , l'organe lu sentiment prescrit à Thomme l'utile tempérance à la- [Uella il doit se soumettre.
Si , comparant un homme à un homme , je parviens à ^ état de société quelconque , mes idées se généralisent , ^ sphère de la loi primitive s'étend avec le désir et Tesoir d'une félicité plus grande; je vois la nature prompte 6e développer y toujours persuasive quand elle présente
53o ESPRIT
i nos amcs Timage sctluisaiitc du bonlicur ; elle forme e rctserre la chatne qui lie ensemble tous les humains.
L'homme est attendri par le malheur de iliomme ; il a retrouTe dans son semblable souffrant, et l'espoir d'à aeconrs utile le rend lui-même secourable : aemenœs précieuses de la sensibilité.
Ea violant les droits d'autrui 9 il autorise autrui k tio- 1er les siens; la crainte salutaire qui le retient, est le gemu de la justice.
Le père revit dans ses enfans, et leur prodigue 1 dsa un âge tendre, les secours dont il aura besoin quand k vieillesse et les infirmités lui auront ravi la moitié de 109 être. Ainsi se resserrent les doux nœuds de la filiale et paternelle.
Abrégeons d'inutiles détails. Pratiquer toutes les tus y ou choisir avec soin tous les moyens d'être sol ment heureux, c'est la même chose. Telle est, sans phisme et sans obscurité , la vraie loi de nature. Le lieur qui en résulte pour qui l'observe, est la sanction* la loi , ou, en termes plus simples, le motif pressant dei soumettre. Par ces principes, tout s'éclaircit; et la t^ morale devient susceptible d'un calcul exact et J'en assigne les données , d'une part , dans le bien ph] que de l'être sensible ; de l'autre , dans les relations la nature a établies entre lui et les êtres qui l'cutoareiiti
Mais le forcené s'avance ije ne puis être IveurtHS par le maUieur de mon semblable xje ^veux jouir de^ femme , violer aea filles , piller ses greniers. Le phik phe X « mais tu autorises ton semblable à t'accabler mêmes maux doul tu le menaces. » Le forcené : rii porte y je veux me satisfairc'yje'^c puis cire heures
DE l'encyclopédie. 53i
ftt'à ce prix ; v! as-tu pas dit que telle était la loi de na^ }ure? Le philosophe : <( eh bien , achève , et que ton sort jastifie mes paroles. »
' Le forcené sourit de fureur et de dëdain ; mais dans le ocmrs de ses attentats , le citoyen outragé , ou le gUive des lois , vengent la nature ; et le monstre n'est plus.
De la vérité dans les beaux-arts. Avant qu'il existât jks académies ou des arts poétiques, Homère, Âpelles et Thidias , instruits et guidés par la nature , avaient fait li^iier dans leurs productions deux sortes de vérités ; la Bremière » d'effet et de détail , qui donne l'existence et la Rie à chaque partie ; la seconde , d'entente générale et Vensembley qui donne à chaque personnage l'action et l'expression relatives au sujet choisi. Il ne suffit pas que àuis le tableau ou la scène du sacrifice d'Iphigénie , mon BBil voie une princesse , une reine , un guerrier , un grand- {krètre, des groupes de soldats; il faut que Calchas, l'oeil terrible et le poil hérissé , plein du Dieu vengeur qui l'acte , tienne sous le couteau sacré une victime innocente y pli y levant les yeux et les mains vers le ciel , craint de tisser échapper un murmure ; il faut que Clytemnestre , plie et défigurée , semble avoir perdu , par la douleur , la brce d'arracher sa fille aux Dieux barbares qui Fimmobnt; il faut que l'artiste, désespérant de peindre l'acca- Uement d'Âgamemnon, lui fasse couvrir son visage de >es mains; il faut que chaque soldat, à sa manière, palisse gémir sur le sort d'Iphigénie , et accuser l'injustice les Dieux. Après cette esquisse rapide , quelle âme froide Bt mal organisée oserait , en voyant l'exemple^ demander a raison du précepte?
L'application s'en fait aisément en peinture et en sculp-;
35a ESPRIT
ture ; en po&ie , la magie de Texpression pittoresque , esi la vérité de détail. La iférité de relation et d'ensemble consiste dans la correspondance des paroles , des sentimcns et de Faction , avec le sujet. Phèdre, en entrant sur la scène j ne dit point qu'une douleur sombre et cachée lui fait voir avec horreur tout ce qui l'entoure ; mais el exprime cette haine , suite nécessaire d'un sentimmt profond et malheureux : Que ces vaina ornemensj que ced nmlee me pèsent! etc. Partout ^ dans ce rôle sublime , seiiliment se développe , jamais il ne s'annoace.
Ce principe fondamental s'étend jusqu'aux plus détails. Voulez-vous rendre une chansonnette inté santé , choisisses un sujet ^ faites disparaître l'auteur poi ne laisser voir que le personnage ^ sans quoi l'intérêt avec l'illusion. .!
Chaque sous-division effleurée de cet article , ponrfaiÉ devenir le sujet d'un ouvrage intéressant. Resserré pin d'étroites bornes, on n'a osé se livrer aux détails; HT champ vaste s'est ouvert, on a à peine tracé quelques M gncs pour diriger la course des génies sublimes qui oseront le parcourir.
De Souberav. 1
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