Tome xv
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syllabes que le Tcrs masculin, et de plus, sa finale muette ou brève.
Les *verê masculins sans mélange auraient une marche brusque et heurtée ; les vers féminins sans m<Siange auraient de la douceur^ mais de la mollesse. Au moyen du retour alternatif ou périodique de ces deux espèces de vers, la dureté de Tun et la mollesse de Tautrc se corrigent mutuellement; et la variété qui en résulte est, je crois , un avantage de notre poésie sur celle des Italiens , dont la finale est toujours faible, excepté dans les ver» lyriques.
On a voulu jusqu^à présent que la tragédie et Fépopée fussent rimées par distiques , et que ces distiques fussent tour ù tour masculins et féminins. On a permis les rimes croisées au poëme lyrique, à la comédie, à tout ce qu'on appeWc poésUs familières et poésies fugitives . Ainsi, la gène et la monotonie sont pour les longs poëmes, et le» plus courts ont le double avantage de la liberté et de la variété. N'est-ce pas plutôt aux poèmes d'une longue étendue qu^il eût fallu permettre les rimes croisées ? Je le croi'« rais plus just(!, non-seulement parce que les vers masculins et féminins entrelacés n'ont pas la fatigante mcmotonie des distiques , mais parce que leur marche libr9« rapide et fiërc , donne du mouvement au récit , de la véhémence à l'action , du volume et de la rondeur à la pé* riode poétique. On a pris pour de la majesté la pesantenrj des vers qui se tiennent comme enchaînés deux & deos J et qui se retardent Tun lautre : mais la majesté amsistcj dans le nombre^ le coloris, Téclat et la pompe du styl Le morciMU le plus majestueux de la poésie française, prophétie de Joaij , dans yttlialie , est écrit en rimes croi-
DE l'encyclopédie. SSg
sées , et , qui plus est , eu vers de douze et de huit syllabes , entrelacés. J'ajouterai que la nécessité gênante et continuelle de deux rimes accouplées amène souvent des vers faibles et superflus.
Les vers à rime croisées sont tantôt de la même mesure^ tantôt de mesure inégale ; et dans l'un et dans l'autre cas^ ils sont ou symétriquement ou librement entremêlés : symétriquement , comme dans les stances ; librement ^ comme dans les pièces de vers qui ont pris le nom de poésies libres.
Dans les stances , les vers de mesure inégale qui s'entremêlent avec le plus de grâce et d'harmonie, sont les vers de douze et de huit , et les vers de douze et de six. La cadence des vers de sept brise celle des vers de huit , et n'est point analogue à l'harmonie du vers de douze 5 les vers de 6ept ont une marche sautillante qui leur est propre , et ils veulent être isolés.
Le vers de dix syllabes se mêle quelquefois aux vers de douze , mais en laissant une mesure vide , ce qui est péni^ ble à l'oreille , et ce n'est jamais dans la stance que ce mé^* lange doit avoir lieu.
Les vers de mesure inégale , bien assortis dans les poésies familières , en font l'harmonie et le charme.
Dans le poème lyrique , et singulièrement dans le récitatif 9 cet art d'entrelacer des vers d'inégale mesure, et d'en croiser les rimes pour donner à la période une forme plus élégante , exige une oreille exercée. C'était l'un des ittcrets de la magie de Quinault.
Quelqu'un cependant s'est moqué de l'attention qu'on, y donnait , et a demandé si , sans ce mélange de rimes , les Grecs ne faisaient pas de bonne musique? Que ne de-
3io KflPRIT
innn(l«iit-il de m^nie si , 6iiti.s la forme rjuc Malherbe avait donn(Seunos stances françaises , Pindare et Horace n'avaient pas fait de belles odes ? Assurément la rime n'est pas plus nécessaire à lafpo<Ssic qu'à la musique : niais si dans une langue la podsie est telle qu'au défaut d*one prosodie régulière et sensible , la rime en marque la mC" 5urey les intervalles et les repos ; et si par habitude l'oreille s'est Ciit un plaisir de ces finales consonnanles ; le sentiment de l'harmonie naît en partie de cet enlacement , et Quinault « ainsi que Malherbe , a eu quelque mérite a Fy faire contribuer. Il doit y avoir entre la phrase poétirjuc et la phrase musicale une exacte correspondance. L'une se modèle sur l'autre : c'est la coupe des vers qui en décide • la forme; c'est la rime qui la divise, et qui en marque a j l'oreille les articulations. Il n'est donc pas indifférent au musicien ((ue le poëte , dans le mélange des yers et l'entrelacement des rimes^ ait bien ou mal dessiné , divisé, j développé, circonscrit la phrase ou la période poétique; et nous parler de la musique grecque à propos de la nôtre, i pour nous ])ersuader rpie des rimes entremêlées au hasard, | ou des rîmes artist(*ment entrelacées dans nos vers, sont une chose indifférente , c'est en même tems se moquer de la rime et de la raison.
Mais de quelque façon qu'on entrelace les rimes , l'oreille exige qu'il n'y ait jamais de suite deux finales pleines ni deux muettes de différens sons , comme vainqueur et combat , comme victoire et couronne. Elle demande aussi que la rime ne cliange qu'au repos absolu» Cest une règle trop négligée.
Dans les wvs rimes deux a deux , le sens peut finir an premier , et le second peut commencer une nouvelle pé-
DE l'encyclopédie. 54 1
rlocle ; mais dans les vers entrelaces , la rime et la pensée doivent se clore ensemble ; si l'on veut que la période poétique soit nombreuse et bien arrondie. C'est ce qu'on désire souvent dans les poésies dç Chaulieu. Qui croirait , par exempte , que ces vers fussent d une pièce rimée?
Il faut encor que mon exei^ple , Mieux qu'une stoïque leçon, T'apprenne à supporter le faix de la vieillesse » A. braver l'injure des ans.
Si la rime enjambe d'un sens à l'autre , la pensée a par- €30uru son cercle avant que l'oreille ait achevé le sien : l'esprit est en repos , l'oreille est encore en suspens.
Quoique nos vers niaient point de mesure précise , le Kîaractére qui les distingue jne laisse pas de se faire sentir, plie veirs de douze syllabes (l'alexandrin) a de lanoblesse» £k la pompe , de l'harmonie , et malgré cette égalité con-< Rtniue et invariable de ses deux hémistiches y qui semble pe rendre monotone , un écrivain » qui a de l'oreille et as- IpE d'art pour donner à son style le mouvement de la pen- ^ëe ou du sentiment qu'il exprime , saura bien varier enbore la coupe et le rhythme du vers. J'en indiquerai les ■poyens avant de finir cet article.
Le vers français de dix, syllabes répond au vers héroïque
lien, que les Anglais ont adopté ; avec cette dilTérencc , dans le vers français 9 le repos est constamment apiès
quatrième syllabe ^ et que le vers italien s'appuie tantôt la quatrième , tantôt sur la sixième ; eu sorte qu'il est
isé par son repos en quatre et six , ou eu six et quatre, changement de coupe répugnerait à notre oreille:
ii3 les vçrs héroïques italiens étant féminins , sans me-
34j i:si»uit
lange, iU mTaiciit mouotoiics 8*iU avaioiii toua la nii^i
coupe ; au lieu que de notre vrra de dix syllubeA la marc
est rc^gulitTC» et nVst {>oint fatigante : il eoule de sourc
il est doux sans lenteur, il est rapide sans cascade; i
l'inifgalitë des deux hémisticlies , avec le mélange i
finales alternativement s({hores et muettes, suffît poi
le sauver de la monotonie.
Le pera de huit syllabes, qui rdpond au vers glyo
nique,
CuiflaQQm retigas comam.
a du nombre et de l'impulsion^ et il est susceptible i tous les momvemens de la passion et de lenthousiasin Le vers de sept syllabes a de la vitesse , de la légéseXé , la gaieté surtout en est le caractère. Qu'un poëte, avcct Foreillc , ait bien dtudid les dldmens de l'harmonie ( notre langue, il trouvera donc aisément c|pn8 nos vers i moyens de tout exprimer.
J'ai observé que le vers métrique des anciens, mtme ])lus régulier \ l'hexamctrc, n'était pas toujours hamK nieux , et la raison en est que la précision de la meitti ne suffit pas à rharmonic de la parole. Elle y contribo elle y ajoute ; mais, san^i le choix des mots les plus eiprei sifs par le son en uii^nie teins que par le nombre f sani mélange et la succession des voyelles et des consonsef l plus sensiblement analogues au caractère de la pensa du sentiment ou de l'image , la mesure seule, en poÀH serait ce qu'elle est en niu.sicjiie, lorsqnellc cstdénui^e^ charme de la mélodie et de rcxjircs.sion de l'accent.
De même aus.si (|ue la musique, sans être mesura* peut être harmonieuse par Theureux choix des moJul tions et des accords , la poésie , sans observer une mcsu
DE l'encyclopédie. 543
eicactc, un mouvemenl réglé, peut se donner une harmonie très-sensible ; et nos beaux vers en sont la preuve. Les nombres n'en sont pas égaux ; maïs lorsqu'ils sont mis à leur place , et qu'ils ont ensemble un rapport assez marqué avec le mouvement de la pensée , du sentiment ou de l'iinâge, l'oreille en est encore ravie : ainsi , sans être comparable aux vers de Virgile du côté du rhy thme , les vers de Racine ne laissent pas d'avoir une harmonie enchanteresse : et celui qui , comme B.acine , saura donner à un certain nombre de syllabes , sans mesure précise ^ cette harmonie plus libre , et cependant si rare encore » aura tin très-grand avantage à écrire en vers plutôt qu'en prose. C'est ce que Là Motte n'a pas senti. J'ai observé d'ailleurs que la rinie a pour nous l'attrait d'une curiosité piquante , et que la surprise que nous cause cette difficulté vaincue par une adresse ingénieuse ^ est pour nous enôoYe un plaisir. J'ai reconnu de plus qu'on était quelquefois redevable à la ritne d'une heureuse singularité d'idées incidentes, ou de mots imprévus qu'elle faisait trCmver. Enfin je n'ai rien dissimulé de ce qiui la rend chère à Poreille , et secourable pour la méhioire.
J'ajoute encore qu'il dépend de nos poètes de donner à leurs vers^ sinon toute la précision du nombre et de la mesure , au moins une apparence de cadence métrique qui en impose agréablement à l'oreille. Et ce que je n'ai fait qu'énoncer ailleurs , je vais tâcher de le rendre sen-sible*
Je fonderai mes observations sur la récitation la plus cadencée , sans dissimuler cependant qu'il serait mal de l'affecter, soit au théâtre, soit à la lecture. Mais quoiqu'il faille scander les vers latins pour en faire sentir exacU»-
544 ESPKIT
ment le nornlire, ralldraluiii (juc la in(*sure cprouve quatid on récite naturellement , nVmpôehe pas une orcilla délicate et juste de sentir la rondeur |ic'riudîque du vers; et de deux morceaux di* poésie récités avec la même négligence pour la mesure ^ la multitude même ne laissera pas de distinguer le plus harmonieux. Il eu est du vers français comme du vers latin : (|uoi(|ue l'on donne au sens et à Texpression , la beauté physique du nombre n'échappe jamais à Toreille ; et le vers dont la scandaison a le plus dliarmonie , est encore celui qui en a le plus , naturellement déclamé.
J'ai dit que le vers asclépiade des anciens avait servi de modèle au vers héroïque français ; et eu eflTet un asclépiade est un vers français de la plus parfaite régularité*
Pàstôr , cûm tràhërèt pèr fréta nàvl bus.
Mais cela n'est pas réciproque. Dans l'un et l'autre la quantité numérique des syllabes et le repos sont bien les mômes ; mais la valeur prosodique des sons et la place de chaque nombre est déterminée dans le latin et ne l'est pas dans le français : il est môme impossible y vu la rareté de nos dactyles , de faire continûment dans notre langue ^ des asclépiades réguliers; et quand cela serait facile, il faudrait l'éviter : en voici la raison. L'asclépîade est invariable dans toutes ses parties , et par conséquent monotone : aussi ne l'employait-on jamais que dans de petits poèmes lyricjues, et le pi us souvent môle de quelque autre espèce de vers. Nous avons destiné au contraire notre vers de douze syllabes, sans aucun mélange , à l'épopée, à la tragédie, aux poèmes dont Tctcnduc exigerait le plus de variété.
D'ailleurs, plus l'asclépiade est compassé dans sa meire , plus il s'ëloigae de la liberté du langage naturel : il e convient donc point à la poésie dramatique dont le :yle doit (^tre si près de la nature ; et dans toutes les scènes Tii animent l'épopée , elle est dramatique elle-même. Enin le caractère de notre langue est d'appuyer sur la pénulième ou sur la dernière syllabe des mots; et presque tous es pieds de l'asclépiade s'appuient sur l'antépénultième , e glissent sur les deux suivantes. C'en est assez pour faire entir que nous ne pouvons ni ne devons affecter l'ascléliade^ur.
Mais n'y aurait-il pas moyen de varier les nombre s de asclépiade sans en altérer le rhythme, comme on varie les lûtes de musique sans altérer la musique du chant? C'est :e que j'ose proposer. Et si quelqu'un regarde cette idée ^omme fantasque et chimérique , je le préviens que dans îlacine, Voltaire, La Fontaine, Quiuault, que j'ai acnellement sous les yeux , il y a mille vers mesurés comme 'entends qu'ils peuvent l'ôtre. Je n'en cherchais que quel- [ues exemples , j'en ai trouvé sans nombre ; et je ne propose aux jeunes poètes que d'essayer par réflexion ce que eurs maîtres ont fait sans y penser , et par un sentiment sxquis de la cadence et de l'harmonie. Figurons-nous d'abord les deux pieds de l'asclépiade.
N'est-il pas vrai que , sans altérer la mesure de ces deux (-nombres isochrones , on peut les remplacer par l'un de [c« équivalens ?
^ yj <u v./.
54fi ICA t> KIT
Prenons etisuito un nAcli^pinde pur ,
GSns hwnànà rùii jwr vètïiùm nëfàs,
ci n y changeoni que les dactyles »
Au êèin tumùltiieÛT M là gUérrë cMle,
Ile sont ênsihfëlh moum là mû/nS pUMÛnir.
Il part, Dàn» vë miimënt ttEârtrên ës^ûnoutr.
Leur cours ne chîtngë point ; ëî %foui avez ahângê.
M*est-ce pas encore le mime rhyUime, quoique les pic( soient diffiérens!
Changeons à présent le spondcie de rasclépiade en da tyle» et le premier dactye en spond(;e«
Rien ne mëjaît rougir qutt la hontff de vivra.
Supposons encore le second lidmisticlie composé i* spondde et d*un dtpyrridie ,
Kt ja luijwrtff anfin mon coeur à dëi^orër.
ou d'un dipyrriche et d*un spondée.
f^iant cnjlammt.r mon tang et dtivôrër mon coeur
I^s comhinttisons difFérentes qui auront varié les ne bres du vers, en nurontelles changé le rbythmei et n'est pas toujours lu ni6nie somme de tems, divisée de iniiii Voilà ce cfue i'nppclle Taschtpittde franc^ais^ et un vers U harmonieux. Ce n*esi pas tout.
L'asclépiade est coupé à rhémistiche par un repof < iîiit un vide de deux teuts , ci ce hUchvàs , joint it la sylk longue qui ifmr({ue lu ccmuh;, forme une mesure compU Mais si dans noire vers le silence nVst pas amipt^^ou occupe une mesure eut ière^ le premier hémistiche slor»
Diî l'e.vcyclopédie. 547
saisissant de la syllabe superflue, ne formera que deux pieds absolus > et se divisera en deux et quatre , en quatre et deux , ou en trois et trois.
Division en deux et quatre.
Enfin je me dérobe à la foule importune.
Division en quatre et en deux.
Ce que là nàit dès temps enferme dans ses voiles.
Division en trois et trois.
Le moment où je parle est déjà loin de moi. Sa crôupë se recourbe en replis tortueux. Mais le zëphîr léger et Vende fugitive. Anime F univers, et vit dans tous les cœurs. Je souhaite , je crains , je veux , je me repens.
Enfin j parmi les tems du vers , peuvent être comptés les petits silences de la récitation ; et c'est un des moyens qu'emploient les botis lecteurs , même ^àns s'en apercevoir, pour donner à nos vers une marche nombreuse.
On a voulu réduire nos vers héroïques à la mesure de Tiambe trimètre ; mais l'analogie n'en est pas la même qu avec l'asclépiade ; et aucun poëte , en les récitant , ne leur donne la coupe de Tianfibe. J'en excepte les occasions où le rhythme , changé d'un hémistiche à l'autre , rend l'harmonie imilative , comme dans l'expression des mouvemens passionnés.
Ils nous ont appelés cruels , tïràns , jàloûx.
On emploie aussi quelquefois ces caidences rompues ^ pour donner à l'expression le caraclère de l'image.
Traçât apàs\tàrdifs unpénibte^ siUon,
54lJ ESPlilT
La preuve que Boilcau mcsurail ce premier hemisliche en ïambe» c'est qu'il ne s'aperçut pas de cette cacophonie ^ traçât à pas tar , que lui reprochait un mauvais poëte; et c'est ainsi qu'en tronquant le rhythme et en altérant la mesure, un critique mal intentionncS ou mal instruit^ gâterait de beaux vers.
Voyons à présent si tous nos vers français sont , comme le vers héroïque , réductibles aux lois du nombre.
Le vers de six syllabes n'est que le second hémistiche
du vers de douze ; et de là vient qu ib se marient si bien.
Mais elle était da monda où les plui ballet cbosea
Oot la pira deitin ; Et rota 9 alla a ?écu ca que Tifant lat rotat»
L'atpaca d'uD mttio. (Malibabb.)
Ed Tain , pour tatitfaira k not lAchat antiat ,
n out pattont prêt det loU tout le tamt âe not viat
A souffrir des mépris , k ployer las genoui.
Ca qu'ils peuvent n'est rien ; iU sont ca que nous sommet >
Véritablement hommes.
Et meurent comme nous. (Malibabi. )
Le vers de dix syllabes est aussi le vers de douze , auquel il manque un pied , s'il est frappé sur la seconde et mesuré en îambique ; et un dcmi-picd , s'il est frappé suc la première et mesuré en asclépiude.
Iambique de dix syllabes, L* Amour est nû ; mais il n'est pas crôtle. Iam,biqcie de douze.
Le dieu d'Amour est nû ; mais il ncôl pas crdlle Asclépiade tronqué, jblu 6 r Amour qiœlqiif Jais je dcsir^.
AscUpidde plein*
Lès armes de V Amour quelquefois je désire.
Le vers que les Italiens appellent hendécasyllabe , n'est :jue notre vers de dîx syllabes ïambique , à finale brève ^ mais coupé tantôt à la cinquième , comme le saphique :
Pindarum quisquis siudet œmulan\
3U comme lalcaïque :
Qualem ministrumfulminis aliiem.
ianlôt coupé à la sixième , comme le pbalcuque j qui , lans Catulle , a tant de mollesse et de grâce :
Passer mortuus est puellœ meœ.
variété sans laquelle il serait monotone , par Tuniformité le ses désinences tombantes.
Le vers français de dix syllabes n'a pas la même diversité de coupe ; son repos est à la quatrième. Cependant , -omtne je l'ai dit , il est sauvé de k monotonie par Finejalité de ses deux hémistiches , par la diversité de ses désinences, et singulièrement par la variété de rhythmc îont il est susceptible, selon qu'il est coupé en ïambes ou 2n dactyles. Moins majestueux que le vers de douze ^ il a sur lui l'avantage d'un mouvement plus vif et plus pressé dans le passage d'un vers à l'autre 5 et par là il me semble convenir beaucoup mieux à la poésie familière et légère. Ceci demande à être expliqué.
Quand les vers débutent par une mesure complète , l'intervalle de l'un à l'autre est un vide absolu de l'espace ^ uu pied 5 au lieii que si le vers commence par une me-.
5/io icuntiT
kuns troni|ii/i?, Ii: ftilenci; <ruii ifuru k rmitrr uen «rra fjiKf U: rompl^iriHit. Vur irxcrmpli? , ftî un yar^ iliJxiciH|iic» <L(^ liuU; |)ur un Yninlfe, riiili'rvall« nV'*l i{ue d^uii itnuê, Ut' quiri, avec lek troi» U'fn» diî rMiiiliCf forme une uumurt cotit|itèU% Auui noft ver» <le dix *ylliilM;», iUtm leur Mie* ce«#iuri rii|iiiie, Mini'iU |>lu« «uftceiitibleii dVrijatfikeilwol <|ue nott ver» héroïque» , dont l'intervalle e*t pltM nurquir*
Le vistM de *e|>t Ji^llalM*» a, «ur le ver* de kuit| ce même nvfintfi^e dVrtre nioin% *Uft|>en(lu et nioin» ralenti dani M eour«e. Il Mrndile avoir pri» |>our nuidêle U; ver» anacnSoO' tique; et »elon quM e»! frappi^ »ur la preDii/;re ou «iir I» ftcconde, il a le mouvi^tneut ou du clion^e, -*^, ou de rmnibe, ^-
Le rli^llime du cliorée e^t plu» favorable à la poéût italienne qu'A la nAtre ; i'* parce que le chon:e e»t ai«» rare dan» notre lan(;ue , et trè»-frdquent dan» la langue italienne : F aura ^ Conda^ caro^jonië ^ pianto^ sorti ^ vuntit^ trfitno, hkhU^ numil. Une foule de noni», une firale de verbe» itidien» »ont jet<^» dan» ce moule , et au contraire , le peu que nou» avon» de cborée» dan» noire liO' (^ue y »ont encore le plu» souvent priScéd^» d*UQ artide ou i\\x\\ pronom qui le» altère , û moin» qu il ne »Vlide; la pUUntfi y meti lantum ^je tremble j tu fCoëeê^ ete, ? 'i^ par»; que Ve muet qui, dan» notre langue, e»t Uli' nale ilu cbor^e, n'a pa» autant de »on que la brève iU" lieniie , et ne nou» donnerait qu'une cadoice fiiibk f^ languiftftante, »i elb; estait continue : 5* parce fjue le veiv tiocbaïque italien ,
In'vtni't Cundà , munca Vàrlil, u quatre hu'fiure» ('onq»U*:!(^«; hu lieu que le ver» U^W^^
DE L'ENCYCLOPÉDIE. 55 t
;ept syllabes , mesuré en trochées , n'est que de trois ures et demie , lorsqu'il n'a pas la finale muette :
Belle nimphë , tes attraits,
qui fait réellement un ^ers tronqué , comme l'appelt les Italiens. Il est bien vrai que , par un silence , LS l'intervalle d'un vers à l'autre^ la mesure est remplie ; is ce silence même retarde la course du vers; et ces its vers doivent courir.
[I n'en est pas de même de l'ïambe : i*' il abonde dans langue française : arnant , soupirs , repers , déairs , wur^ f attends^ venez ^ volez ^ rivaux^ etc. 2 2** il itient la voix , et marque la cadence par une vpyelle lore : 3" nos articles et nos pronoms concourent eux- ^mes à le former en se joignant à des monosyllabes : la ort, le tems^ ma foi ^ je plains ^ tu vas y il est : 4^ W rs de sept j mesuré en ïambes , a , comme le vers anaéontique, une syllabe superflue ; mais , au lieu que dans nacréontique , cette syllabe est la dernière ^
ms le nôtre 9 c'est la première; car c'est sur la première lie le vers est frappé :
Pènsëz^vôus que rhimënèe N'ait pas éteint ^ônjlàmhèau ?
) où il résulte que j dijL vers féminin au masculin ^ le massage est sans intervalle ; car la finale muette de l'un va ^ joindre immédiatement k l'initiale de l'autre, et forme un ïambe avec elle : ainsi le nombre roule sans aucune
interruption.
Au reste , il est aisé , mâm« dans notre langue , d«
7}[y2 i:.SI»KIT
renverser le niouvc nient «lir ee» deux nomlirr.s ; un niorio- .syllal)c longf plaei* nviint de.'. ïjinil>eA, en fera des cliorm; un monosyllabe href , pince: nvant des chorées, 'Cn fera des ïumtM's; et sans pri-tendn; qiril soit possible de donner (Constamment si nos vers ni Tun ni Taulrc de ces deux rhytlimes, je crois devoir recommander de s'en occuper quelquefois. Dans le lyrique, ils ont tant d'Influence sur le caractère du chant , qu'on doit avoir appris à 1rs v adapter au besoin ; et dans Tode elle-même, celui des deux qui dominera, se fera sentir à Toreille, ou par un mouvement ]ilus soutcmu et plus majestueux , si ccst l'ïambe, ou si c est le ehoree, par un mouvement plus léger.
J'ai dit que dans le vers anacréontiquc, cVst la finale qui est isolée, et que dans notre vers de sept syllabes, cest l'initiale qui doit letre. Or, & cette syllabe isolée, a}out(rz-en une rpii la précède et qui fasse avec clleime mesure pleine; vous aurez le vers de huit syllabes, lequel répond à riunibe triniètre, ou au glyconicpie des anciens, .le ne dis pas encore qu^il soit possible de l'assimiler coiistanunent à ces vers ; mais ])lus il en approche , et plus il est harmonieux, (cependant il faut convenir que, sans aflecter aucun rliytlnne, le vers de huit syllabes a singulièrement le don criniposer à lOreille, et qu'avec toute la liberté cju'il se donne d'associer des nombres contraires, il parait encore très-nonibn^ux. Cette illusion vient de ee qu'en récitant les belles odes dont ee vers compose les stances , ou les beaux vers lyrifpies |)armi les(|uels il est nièlé, on profile t\c. Tindécision de nos quantités prosO' di(|UOs y pour lui donner une e.idenee artifieiellr, Los poc'lc.s (pli iOnl employé, connue Mallierbe et lUnisscau,
DE l'encyclopédie. 555
ïi'ont rîen négligé pour le rendre sonore, pompeuic, éclatant ; ils en ont formé les plus belles périodes poétiques, les stances les mieux divisées et les mieux arrondies ; et par l'entrelacement des rîmes, le jeu symétrique des désinences, l'éclat des paroles, enfin par la facilité d'y soutenir la voix et de lui donner le degré de lenteur ou d'impulsion que demande le sentiment, l'image, ou la pensée, on en a fait le plus imposant de nos vers.
Serait-il plus harmonieux encore, si l'on y observait le nombre? Celui qui fera cette question n^a point d'oreille, et mes raisons ne lui en donneront pas.
Cependant je ne dois pas dissimuler qu'il y a des nombres composés dont l'effet est sensible et la catise inconnue ; et c'était surtout de ces nombres que les anciens faisaient usage pour émouvoir les passions. Platon les trouvait si dangereux , qu'il déclarait sérieusement jue la république était perdue si la poésie employait ces lombres; au lieu, disait -il, que tout ira bien, si on l'emploie que des nombres simples. Obsetvoiis que ces lombrés composés sont des mesures irrégulières qui renversent le mouvement donné et qui déconcertent l'oreille} els, par exemple, que le bacche, ^-*-, le crétique, -'^-,
e coriambe , - ^ ^ - , le dicborée , - ^ - ^ , l'épitrite , ^ ,
es pœans, composés de trois brèves et d'une longue dans
eurs quatre combinaisons, le dîspondée, -, lé me-
odactyle, ^-^v^-, etc. C'était ce trouble des cadences rompues et des mouvemens opposés que Platon redoutait pour les esprits et pour les âmes. Il s'en faut bien que nous soyons susceptibles de ces impressions qui dans la Gi'èce changeaient les mœurs des peuples et la fortune «PS états : nos législateurs peuvent se dispenser de régler