ToME XV
ment cle justice et dliumanîtë ; tels sont cependant les résultats in^TÎtables des principes que nous combattons. I..es crimes les plan atroces^ les parjures, les calomnies ^ les trahisons, les parricides ; tout est justifia par la canse^ tout est sanctifié par le motif. L'intérêt de ll*!glise, la né— cessité d'étendre son règne, et de proscrire à tout priic ceux qui lui résistent , autorise et consacre tout : étrange? renversement d'idées , abus incompréhensible de tout ce qu'il y a de plus auguste et de plus saint I la religion donnée aux hommes pour les unir et les rendre meilleurs , devient le prétexte môme de leurs égaremens les plus affreux ; tous les attentats commis sous ce voile sont désormais légitimes, le comble de la scélératesse devient le comble de la vertu; on fait des héros de ceux que les juges du monde puniraient du dernier supplice ; on renouvelle pour le Dieu des chrétiens le culte abominable de Saturne et de Moloch ; l'audace et le fanatisme triomphent^ et la terre voit avec horreur des monstres déifiés. Qu'on ne nous accuse point de tremper notre pinceau dans le fiel , nous ne pourrions que trop nous justifier de ce reproche, et nous frissonnons des preuves que nous avons en main : gardons-nous cependant de nous en prévaloir , il vaut mieux laisser dans l'oubli ces tristes monumens de notre honte et de nos crimes, et nous épargner à nous-mêmes un tableau trop humiliant pour ' Inhumanité. Toujours est -il certain qu'avec l'intolérance vous ouvres une source intarissable de maux ; dès lors chaque partie s'arrogera les mêmes droits^ chaque secte emploiera la violence et la contrainte; les plus faibles , opprimés dans un lieu, deviendront oppresseurs dans Tautre; les vainqueurs auront toujours droit, les vaincus
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seront les seuls hérétiques, et ne pourront se plaindre mie de leur faiblesse ; il ne faudra qu'une puissante armée pour établir ses sentimens ; et confondre ses adversaires ; le destin suivra celui des combats , et les plus féroces mortels seront aussi les meilleurs cro.yans : ou ne verra donc de toutes parts que des bûchers , des échafauds j des proscriptions, des supplices. Calvinistes, romains , luthériens, juifs et grecs , tous se dévoreront comme des bètes féroces; les lieux où règne l'i^vangile seront marqués par le carnage et la désolation ; des inquisiteurs seront nos maîtres ; la croix de Jésus deviendra l'étendard du crime , et ses disciples s'enivreront du sang de leurs frères ; la plume tombe à ces horreurs., cependant elles découlent directement de l'intolérance ; car je ne crois pas. qu'on m'oppose Fobjection si souvent foudroyée, que la véritable église étant seule en droit d'employer la violence et la contrainte , les hérétiques ne pourraient sans, crime agir pour l'erreur , comme elle agit pour la vérité ; un sophisme si puérile porte avec lui sa réfutation. Qui ne voit , en effet, qu'il est absurde de supposer la question même, et de prétendre que ceux que nous appelons hérétiques se reconnaissent pour tels , se laissent tranquillement égorger^ et s'abstiennent de représailles?
Concluons que l'intolérance , universellement établie , armerait tous les hommes les uns contre les autres, et ferait naître sans fin les guerres avec les opinions^ car, en supposant que les infidèles ne fussent point persécutés par des principes de religion, ils le seraient du moins par politique et par intérêt 5 les chrétiens ne pouvant tolérer ceux qui n'adoptent pas leurs idées, on verrait avec raison tous les peuples se liguer contre eux , et conjurer la ruine
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datmif • ; àe calomnier rÉrangile ; et cle confondre le filf de Marie arec Tcnfant d7amaifl ; car, enfin , de quel droit en apptfJlertez-roui au premier et aux moyens dont il i*eit aervi pour établir sa doctrini* , si roua suivez les traces de Taulre? Vos principes marnes ne sont- ils pas Votre con» damnation ? Jrnus , voire nKMW*le , n*a jamais employée que la douceur et la |)ersuasion ; Mahomet a siSduit les uns et forciS les autres au silence ; Jc'sus en a appelé & ie$ ceuvret, Mahomet i son épée ; Jésus dit : vivez et croyez ; Mahomet, meurs ou crois. Du quel vous montrez-vous les disciples ? Oui 9 je ne saurais trop raffîmier , la vérité diffère autant de Terreur dans msb nioyenu que dans son essence; la dottcirur « la |N*rsua»Ion , la liberté , voilà êcn divins caractères; quVIle «\iirre donc ainsi L nies yeux , et soudain mon cœur se sentira entraîné vers elle; mais la où régnent la violence et la tyrannie, ce nest point ellci c'est son fimt6me que je vois. Eh ! peiuez-vous , en effet » que dans la loliranvti universelle que nous voudrions établir , noua ayonii plus dVjjard aux progrès de Terreur qu*i ceux de la vérité ? Si tous les hommes adoptant nos principes , s'accordaient un mutuel support , se défiaient de leurs pré-^ jugés les plus chers 9 et regardaient la vérité conune un bien commun» dont il serait aussi injuste de vouloir priver les autres , que de s'en croire en fKMsession exdu- • sivement & eux ; si tous les hommes , dis-je » cessant d'àbouder en leur sens, se répondaient des extrémités de la terre, pour se communiquer en paix leurs sentimens^ lenra opinions, et les peser sans partialité dans la balance du doute et de la raison, croit-on que, dans ce silence una* nime des passions et des préjugés , on ne vtt pas, au contraire ^ la vérité reprendre %e% droits , étendre insensi-
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blement son empire » et les ténèbres de Terreur 3'éconler et fuir devant elle , comme ces ombres légères à l'approche du flambeau du jour?
Je ne prétends pas cependant que l'erreur ne fît alors aucun progrès I ni que l'infidèle abjurât aisément des mensonges rendus respectables à force de prévention et d'anticpiité : je soutiens seulement que les progrès de la vérité en seraient bien plus rapides , puisqu'avec son ascendant naturel ^ elle aurait moins d'obstacles à vaincre pour pénétrer dans les cœnrs. Mais rien , quoi qu'on eq. dise , ne lui est plus opposé que le système de l'intolérance qui tourmente et qui dégrade l'homme en asservissant ses opinions au sol qui le nourrit ^ en comprimant dans un cercle étroit de ses préjugea son active intelligence , en lui interdisant le doute et l'examen comme un crime> et en l'accablant d'anathémes y s'il ose raisonner un instant et penser autrement que nous. Quel moyen plus sûr pou** vait-on choisif" pour éterniser les erreurs et pour enchaîner la vérité ?
Mai^ ^ sans presser davantage te système des intoléransy jetons un coup d'ceil rapide sur les inconséquences qui en découlent y et jugeons de la cause par les effets. On ne peut faire un plus grand mal aux hommes » que de con* fondre tous les principes qui les gouvernent ; de renverser les barrières qui séparent le juste et l'injuste , le vice et la vertu ; de briser tous les ncsuds de la société ; d^anner le prince contre ses sujets , les sujets contre leur prince ; les pères, les époux, les amis, les frères les uns contre les autres; d'allumer au feu des autels le flambeau des furies ; en un mot, de rendre l'homme odieux et barbare à l'honune même , et d'étouffer dans les cœurs tout senti-
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rien n'est plos libre (fue les seiitîniciiH ; nous [>ouvons extérieurement et (le bouche accfuiesccr aux opinions d'un autre; mais il nous est aussi impossible d'y acquiesrer intérieurement et contre nos lumières, (|uc de cesser d'ttre ce que nous sommes. Quels seraient d'ailleurs les droits du magistrat, la force et l'autorité? mais la religion se persuade et ne se commande pas. (Test une vérité si simple, que les apAtres marnes de l'intolérance nVsent la désavouer , lorsque la passion ou le prrju{;é fcTooe cesse d'ofrus({uer leur raison. Knfni, si dans la religion la force pouvait avoir lieu^ si môme ( r{u'on nous ])ermettc cette absurde supposition ) elle pouvait persuader , il faudrait, pour être sauvé, naîln; sous un prince orthodoxe ; le mérite du vrai chrétien serait un hasard de naissance : il y a plus, il faudrait varier sa croyance pour la conformer h celle des princes qui se succèdent ; ôtre catholique sous Marie, et protestant sous rllisabcth; quand on abandonne une fois les principes , on ne voit plus où arrêter le mal.
III. Kxpliquon.s-nous donc librement , et empruntons le'lanf^iige i\t V auteur i]u (yonlrat aoriuL Voici comme il s'expli(|ue sur ce point. « Le droit que le pacte social » donne au souverain sur les sujets , ne passe point le» » bornes de Futilité pubhque ; les sujets ne doivetit donc > compte au souverain de leurs opinions, qu'autant que )> ccïs opinions importent a la communauté. Or , il ini- » porte bien à TFitat que chaque citoyen ait une religion )> qui lui fasse aim<'r5(c.s devoirs ; mais le» dogmes de cette » religion n*intéress<:nt TKtat ni ses membnrs, (ju'autant » qu'ils se rapportent à la société. Il y a une profession de u foi purem(*nt civile, dont il appartient au souverain de
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y^ fixer les articles, non pas précisément comme dogmes » de religion, mais comme sentimens de sociabilité, sans )> lesquels il est impossible d'être bon citoyen, ni sujet )) fidèle, sans pouvoir obliger personne à les croire ; il peut » bannir de FÉtat quiconque ne les croit pas ; non conmie 7> impie , mais comme insociable , comme incapable d'ai- » mer sincèrement les lois de la justice , et d'immoler au îi besoin sa vie à son devoir. »
IV. On peut tirer de ces paroles ces conséquences légitimes. La première , c'est que les souverains ne doivent point tolérer les dogmes qui sont opposés à la société civile; ils n'ont point, il est vrai, d'inspection sur les Gonsciencjes , mais ils doivent réprimer ces discours téméraires qui pourraient porter dans les cœurs la licence et le d^oût des devoirs. Les athées , en particulier , qui enlèvent aiix puissans le seul frein qui les retienne , et aux faibles leur unique espoir^ qui énervent toutes les lois humaines en leur ôtant la force 'qu'elles tirent d'une sanction divine, qui ne laissent entre le juste et Tinjuste qu'une distinction .politique et frivole, qui ne voient l'opprobre du crime que dans la peine du criminel : les athées , dis-je, ne doivent pas réclamer la tolérance en leur faveur ; qu'on les instruise d'abord , qu'on les exhorte avec bonté; s'ils persistent, qu'on les réprime; enfin rompez avc^c eux, I>anni8sez-les de la société , eux-mêmes en ont brisé les liens. 2** Lès souverains doivent s'opposer avec vigueur aux entreprises de ceux qui couvrant leur avidité du pré« texte de la religion, voudraient attenter aux biens ou des particuliers , ou des princes mêmes. 5° Surtout qu'ils poscrivent avec soin ces sociétés dangereuses , qui soumettent leurs membres à une double autorité , forment
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