Tome xv
Un allemand nommé Petrua Portiua , autrement Pc" iruâ PUicentiua ^ a fait un petit poëmey dans lequel il drcrit Piignam /wrcorum j en 35o vers, qui commencent tous par un I'. l-n autre allemand, nomme Chrislianut Pieriua , a public un |)oeme sacre , intitulé ChrUtus crucijixuê^ d'environ mille vers, dont tous les mots commencent par C.
CurnU , CasialiitJês ; Christo comilante , ramena ^ Conceieùraiurœ r.unciarum rarmine certum Confugium coUapsorum , concurriU canius •
Je ne sarlic que les lirgnes qui puissent tirer quelque profit de la lecture à haute soix de pareils ouvages.
Vkrh I)B passage. ( Poésie. ) On nomme ainsi des Ters faibles dans une strophe ; il y en a beaucoup daoi les odes de Malherbe. On n'exigeait pas encore de son tems r|ue les poésies fussent toujours composées, pour ainsi diiCv de heautén conUgnëa : quelques endroits bril* lans hiifllsaicnt pour faire admirer toute une pièce* On excusait la faiblu.s.se des autres vers, qu'on regardait sett-* lement connue étant faits pour servir de liaison aux fUr miers; et on les appelait, ainsi que nous 1 apprenons dcf mémoires de Tabbé de Marolles , des verê de paêêogê»
Il est des strophes , dans les œuvres de Desportes et ds Bcrtaut, comparables à tout ce qui peut avoir été fait 3e meilleur depuis Corneille; mais ceux qui cntreprenneiitl la leclure entière des ouvra(;es de ces deux poètes sur 11 | (o\ de quelques fragmens quits ont entendu réciter, IV Dandonnent bientôt. Les livres dont je parle sont MB*
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blables à ces chaînes de montagnes , où il faut traverser bien des pays sauvages pour trouver une gorge riante.
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Vers rhopaliques. ( Poésie. ) Rltopalique vient de poircûov, une massue. On donne ce nom à Je» vers qui commencent par un mot monosyllabe , et c<>ntLnu^nt graduellement par des mots toujours plus grands les uns que les autres , jusqu au dernier , qui est le plus graijd de tous ^ de même qu'une massue commence par une queue assez faible^ et va en augmentant jusqu'à la tète, qui est le plus gros bout. Ce n'est que par hasard qu^on trouve dans les poètes quelques exemples de vers rhopaliques ; on cite seulement ce vers d'Homère , et le suivant , qui est latin :
Q fjLOxap ArpsiSfi ixoipiyî-Jiç oiS'coSaîJxcov.
Spes Deus œtema est stalionis conciliaiur*
Vers ( poésie du ). ( Art poétique. ) La poésie du Ters est la couleur , le ton , la teinte , qui constituent la d^ërence essentielle du vers d'avec la poësie.
On voit des vers qui ont la mesure et le nombre de pieds 9 qui ont les figures et les tours poétiques, outre cela de la noblesse, de la force ^ de la grâce, de l'élévation , et qui cependant n'ont pas ce goût , cette saveur qu'on trouve dans ce qui est réellement vers. Nous le sentons surtout dans la poésie française , dont nous sommes plua en état de juger que de toute autre. Qu'on attache des rimes et de la mesure à la prose toute poétique de Tidémaque , on n'a point pour cela des vers : on sent le ton prosaïque qui perce à travers les atours de la poésie. U y a plus y un vers de Molière est vers chez lui , et il
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sera prose dans G>menie; celui cle 0>me!lle sera ren dans le dramatique , ci cessera de VHre dans Tëpique.
Ce n'est point Tinvcrsion qui constitue Tesscnce da vers f comme prétend le P. Du G*rceau; car si cela était ^ de trente vers de nos meilleurs poètes , il s'en trouverait i peine cinq qui eussent ce caractère prétendu essentiel. L'inversion n'est qu'un sel du style poétique, qui doit être jeté avec discrétion de tcms en tcms pour soutenir l'attention de l'esprit , et prévenir le dégoût. Disons donc qu'un vers est poétique , quand l'eipression mesurée a une élévation , une force , un agrément dans les mots , les tours, les nombres, qu'on ne trouve point dans le même genre lorsqu'il est traité en prose; en un mot, quand elle montre la nature ennoblie, enrichie, parée ^ élevée audessus dVllc-même.
La prose a des mots, des tours, de l'harmonie; lapoi^ 916 du vers a tout cela , mais elle Ta dans un degré beaucoup plus parfait^ toutes les fois qu'elle le peut. Dans la langue grecque^ elle se fabriquait à elle-même des mots nouveaux : elle changeait , transformait , étendait , ressers rait à son gré les mots d'usage : elle allait jusqu'à dire, « les mortels parlent ainsi ; mais voici comme disent les dieux. » Chez les Latins , elle oublie l'ordre et la marche de la prose; elle emprunte des tours étrangers; elle frit un composé singulier des choses qui sont communes, afin de s'élever au-dessus du ton vulgaire. Dans l'une et dans l'autre langue , elle se forge des chaînes , au milieu desquelles elle fait gloire de conserver tant d'aisance et de liberté, qu'on y reconnaît plutôt la puissance d'une di^ vinité que les efforts de quelque mortel.
Enfin , c'est pour s'élever à cette sphère , qui est au-
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âessus de l'humanitë , que dans la langue française elle s'est assujettie à des symétries, des consonnances concertées entre l'esprit et l'oreille , qu'elle emploie des mots qui ne sont qu'à elle seule , qu'elle brusque les constructioÉSy etc»
Le Chevalier de Jaucourt.