‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 48 sur 62 · VICTIME · texte numérisé non relu

VICTIME

Victime humaine. ( Iliatoire. )

Sœpiùs olim Relligiopeperil srderosa atque impiaf acta,

(LrctiT. 1. 1, ▼. 83. )

« Depuis long-tems la religion superstitieuse a produit des actions impies et dclcstables. » La principale est certainement les sacrifices humains faits aux Dieux, pourleor plaire ou pour les apaiser. L*histoire nous offre tant de faits contraires à la nature , qu'on serait tenté de les nier, s'ils n'étaient prouvés par des autorités incontestables : la raison s'en étonne , Thumanité en frémit ; mais, comme î après un niùr examen , la critique n'oppose rien aux té- | moins qui les attestent , on est réduit à convenir en gémissant , qu'il n'y a pas d'action atroce que l'homme ne

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se commeltre, quand le cruel fanatisme arme sa main»

C'est lui qui dans Baba , sur les bords de TArDon, Guidait les descendans du malheureux Ammon, Quand à Moloc leur dieu , des mères gémissantes Offraient de leurs enfans les entrailles fumantes^ Il dicta de Jepbté le serment inhumain : Dans le cœur de sa Glle il conduisit sa main. C'est lui qui de Calchas ouvrant la bouche impie, Demanda par sa voix la mort d'Iphigcnie. France , dans tes forêts il habita long-tems ; A l'affreux Teu talés il offrit ton encens ; Tu n'as pas oublié ces sacrés homicides ^ Qu'à tes indignes Dieux présentaient les Druides. Dans Madrid , dans Lisbonne , il allume ces feux , Ces bûchers solennels , où des Juifs malheureux Sont, tous les ans, en pompe envoyés par des prêtres^ Pour )i'a voir point quitté la foi de leurs ancêtres.

(Hbnbiadb, chant i. )

Nielle peinture poétique est tirëe des annales de l'hisc, qui nous apprennent que les autels des Dieuic furent refois souillés presque en tous lieux par le sang innot des hommes. La certitude de cet usage est trop bien blie pour qu'on puisse en douter. En matière de faits , raisonnemens ne peuvent rien contre les autorités : les férentes sciences ont chacune leur façon de procéder à recherche des vérités qui sont de leur ressort ; et Hiisre , comme les autres , a ses démonstrations. Les noignages unanimes d'auteurs graves , contemporains , sintéressés ^ dont on ne peut contester ni la lumière ni la »nne foi , constituent la certitude historique ; et ce serait le injustice d'exiger d'elle des preuves d'une espèce difrente. Les auteurs dont les témoignages concourent à 'ouver cette immolation des victimes humaines , se pré-

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sentent en foule. Ce sont Manethon^ Sanchoniatbon , Hérodote. Pausanias« Josepbe, Pliilon, Diodore de Sicile, Denis d'Halicarnassc , Strabon , Cicdron, César, Tacite, Macrobe , Pline, Tite-Live, enfin la plupart des poëte» grecs et latins.

De toutes ces dispositions jointes ensemble, il rànlte que les Pliénicicns , les Kgyptiens , les Arabes , les Gantiiéens , les babitans de Tyr et de Cartilage , les Perses, les Atlu:niensy les Lacédcmoiiicns, les Ioniens, tous les Grecs du continent et des tics , les Romains , les Scjrtbes , la Albanais, les Germains, les anciens Bretons, les Espagnols, les Gaulois, et pour passer dans le Nouveau- Monde, les babitans du Mexique ont été légalement pion* gés dans cette affreuse superstition : on peut en dire ce que Pline disait autrefois de la magie^ qu'elle avait prcouru toute h terre, et que ses babitans^ tout inconnus qu^ils étaient les uns aux autres , et si différens d aillems d'idées et de scntinicns , se réunirent dans cette pratique nmlbcurcuse ; tant il est vrai quil n'y a presque point eu de |>euples dans le monde dont la religion n'ait été inbu-* maine et sanglante.

Comment a-t-elle pu devenir meurtrière? Rienn'e'liit plus louable et plus naturel que les premiers sacrifices des païens ; ils n'oflraient à leurs Dieux que du laurier on de Tberbe verte ; leurs libations consistaient dans de Teia tirée d'une claire fontaine , et qu'on portait dans des rases d'argile. Dans la suite , on employa pour les offrandes, la farine et des gâteaux qu'on pétrissait avec du sel et quon cuisait sous la cendre. Insensiblement on joignit i ces offrandes quelques fruits de la terre , le miel , Yhviw et le vin ; rencins nu:mc n était point encore venu des

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U de TEuplirate , ni le costus de rextremitd de l'Inde, r Être brûlés sur les autels ; mais cpiaud l'usage des saces sanglans eut succédé, reffusion du sang des ani- X occasionna Timmolation des victimes humaines. >n ne sait pas qui le premier osa conseiller cette bar^ c ; que ce soit Saturne , comme on le trouve dans le caent de Sanclionialon ; que ce soit Lycaon^ comme sanias semble l'insinuer, ou quelque autre enfin qu'on Ira 4 il est toujours sûr que cette horrible idée fit for* >• Tantua fuit perturbatœ nientU et aedibua auia vefurorj ut aie DU placarentur^ queniadmodum ne ùnea quidem aœpiuntj dit h merveille saint Augustin cipit. Zteif L VI, cap, lo). Telle était l'extravagance es insensés , qu'ils pensaient apaiser les Dieux par des 8 de cruauté, que les hommes mêmes ne sauraient 3 dans leurs plus grands emportcmens.

j'immol;ition des victimea liumainea que quelques îles vinrent à prescrire , faisait déjà partie des abomions que Moïse reproche aux Âmorrhéens. On lit aussi s le Ltévitique^ cap. 20 , que les Moabites sacrifiaient 8 enfans à leur dieu Moloch.

)n ne peut douter <{ue cette coutume sanguinaire ne établie chez les Tyriens et les Phéniciens. Los Juifs -mêmes l'avaient empruntée de leurs voisins : c'est un roche que leur font les prophètes; et les livres histoaes de l'Ancien Testament fournissent plus d'un fait ce genre. GVst de la Phénicie que cet usuge passa dans jrrèce^ et de la ( irèce, les Pélasges la portèrent i\ïi Italie, On pratiquait h Rome ces aifroux sacrifices dans des casions extraordinaires, conitiie il |)araît par le témoi-' ■fie de Pline, 1. XXVIII, cap. •->• Entre plusieurs exem-

ToMlC XV. '^'\J

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pies que lliistoire romaine en Ibiimit, un des plus frap-' pans arriva dans le cours de la seconde guerre punique. Rome f consternée par la défaite de Cannes , reg&rda ce revers comme un signe manifeste de la colère des Dieux , rt ne crut pouvoir les apaiser que par un sacrifice humain. Après avoir consulté les livres sacrés, dit Titc-Live, 1. XXII I cap. 57 « on immola les vlciinieâ prescrites en pareil cas. Un Gaulois et une Gauloise , un Grec et nne Grecque furent enterrés vifs dans une des places publiques, destinée depuis long-tcms à ce genre de sacrifices si contraires à la religion de Numa. Voici l'explication de ce fait singulier.

I.ies décemvirs ayant lu dan» les livres sibyllins que les Gaulois et les Grecs s*em|)areraient de la ville , urbem occupaturoêj on imagina que pour détourner leffet de cette prédiction, il fallait enterrer vifs, dans la place publique 9 un homme et une femme de chacune de ces deux nations , et leur faire prendre ainsi possession de la ville. Toute puérile qu'était cette interprétation , untrès' grand nombre d'exemples nous montre que les principes de Tart divinatoire admettaient ces sortes d'accommodémens avec la destinée.

Tite liive nomme ce barbare sacrifice, sacrum minime romanum : cependant il se répéta souvent dans la faite* Pline (1. XXX , cap. 1 ) assure que l'usage d'inunoler des *victime8 humaines au nom du public , subsista jostpi'i Fan 95 de Jésus - Christ , dans lequel il fut aboli par un sénatus- consulte de l'iin 8.^7 de Rome; mais on a des preuves qu'il continua dans les sacrifices particuliers de quelques divinités, comme, par exemple , de Bellone. Le* édits renouvelés en dilFérens tems par les empereurs, ne

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purent mettre un frein à cette fureur superstitieuse ; et à r^ard de cette espèce de sacrifice humain, prescrit en conséquence des vers sibyllins , Pline avoue qu'il subsistait toujours , et assure qu^on en avait vu de son tems des exemples , etiam noatra œtas vidit.

Les sacrifices humains furent moins communs chez les Grecs ; cependant on en tix)uve l'usage clabli dans quel* ques cantons : et le sacrifice d'Iphigénie prouve qu'ils furent pratiqués dans les tems héroïques , où l'on se persuada que la fille d'Agamemnon déchargerait, par sa mort, l'armée des Grecs des fautes qu'ils avaient commises.

Et casia inceste , nubendl iempore in ipso , Hostia concideret mactaiu masta parentis,

( Ldc&bt« 1* I9 V. 99 , 100* )

(( Cette chaste princesse^ tremblante au pied des autels, y fut cruellement immolée dans la fleur de son âge par l'ordre de son propre père, >>

Les habitant de Pella sacrifiaient alors un homme à P41ée; et ceux de Ténuse, si Ton en croit Pausanias, offraient tous les ans en sacrifice une fille vierge au génie d'un des comp9gnons d'Ulysse qu'ils avaient lapidé.

On peut assurer, sur la parole de Théophraste^ que les Arcadiens immolaient de son tems des victimes hulllfdi)e$ djans les fêtes nommées lycœa. Les victimes étaient presque toujours des enfans. Parmi les inscriptions rap- ' portées de Grèce par l'abbé Fourmont, est le dessin d'un ha3*relief trouvé en Ârcadie , et qui a un rapport évident à cies sacrifices.

Cartilage, colonie phénicienne^ avait adopté Tubage de sacrifier des victimes humaines ^ et elle? ne le conserva que

trop long-trm». IMatoti, S#i|i|j#>i:l«; v\ Dioflorc; ilc Sicile le rli'fjurcnt en IrrmifS formcN. iN'atirait-il pas miirux valu jKiur les Girtlifflj;inoi» , dit l'Iutarquc, de SuptratUiorut^ avoir (^ritian ou l)ia(;oras {Kiur li-gi^lateur , r|uc de faire ;'i Saturne !<:« *>jicr!(i<:eA de leurs propres enCins, parlésquels ils pri^tendent Thonorer? I.a su[>erfttilion, continue-i-ily armait le |H>re contre huti fiK, el lui mettait en main le couteau dont il devait IVgorger. (leux qui «étaient sans enfans, arlietaient d^une tnire pauvre la lûctinie an, sacriiici: ; la mère de IVnfant qu^>n immolait , devait soutenir la vue d*un si affreux spectacle sans verser des Igrme^;Ai la douleur lui en arrachait, elle perdait le prix dont on (iUiit convenu , et Tenfant n*cn était {>as plui rpargné. Pendant ce tems, tout retentissiiit du bruit des instrumens et des tamlniurs; ils craignaietit que les lamentations de ces fTîtcs ne fuss<;nt entendues.

Gélon 9 roi de Syracuse , apnVs la défaite des Carthagi* iiois en Sicile, ne l<;ur accorda la paix qu^à condition qu'ils r<*noncernienl a ces sacrifices odieux de leurs ciifans. (i est là sans doute le plus hcrau traité de paix dont l'biftoire ait parlé, (lliosi* admirable! dit Montesquieu. Âprif avoir défait trois coui mille (Carthaginois , il exigeait nne condition qui n'était utile r{u à eux , ou plutôt il stipulait pour le genre humain.

llemarquons cependant rpie cet article du traitd ne ])OUvait regarder que les ('arthaginois établis dans Ttleet inattres de; la partie occidentale du pays; car les sacrificei humains suhsi.staiciit toujours à (jarthage* Comme ils faisaient partit? (1(* l;i rcjii^ion phénic:ictine, les lois romaines r[ni les prohcri virent lont;- tcms après, ne purent It'S abolir entièrement, l'.n vain 'J'ibère fil périr dans les

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supplices les ministres inhumains de ces barbares cére-* Diouies. Saturne continua d'avoir des adorateurs en Âfri^ que ; et tant qu'il y en eut , le sang des hommes couler secrètement sur ses autels.

Enfin 9 les témoignages positifs de César , de Pline , de Facite et de plusieurs autres écrivains exacts, ne permet- :ent pas de douter que les Germains et les Gaulois n'aient mmolé des victimes humaines , non-^seulement dans des lacrifîces publics^ mais encore dans ceux qui s'ofi'raient >our la guérison des particuliers. C'est inutilement que lous voudrions laver nos ancêtres d'un crime dont trop le monumens s'accordent à les charger. La nécessité de «s sacrifices était un des dogmes établis par les Druides , bndés sur ce principe, qu'on ne pouvait satisfaire les 3ieux que par un échange , et que la vie d'un homme !tait le seul prix capable de racheter celle d'un autre. Dans les sacrifices publics , au défaut des malfaiteurs , on EBmolait des innocens ; dans les sacrifices particuliers, on igorgeait souvent des hommes qui , volontairement , s'éaient dévoués à ce genre de mort..

Il est vrai que les païens ouvrirent enfin les yeux sur inhumanité de pareils sacrifices. Un oracle, dit Plu-* arque , ayant ordonné aux Lacédémoniens d'immoler me vierge , et le sort étant tombé sur une jeune fille ' lommée Hélène , un aigle enleva le couteau sacré et le KMa sur la tôte d'une génisse qui fut sacrifiée à sa place. *

Le même Plutarque rapporte que Pélopidas , chef des lliébains, ayant été averti eu songe, la veille d'une ba-^ %\\le contre les Spartiates , d!immoler une vierge blonde Ux mânes des filles de Scedasus , qui avaient été violées t mo^sAcvées dans ce même lieu , ce commandement lui

'SM i:.si*HiT

lA»rM|uc toulck les Gt^miioiiirs i In sacrifice ctaiciil rait4*fl, on amcnail la viclinu* Anus ^tre li('«:^ parce i^iW fallait que Ton crût (|uVlle ullaii lilirciiirtit et »:iii9 contrainte à la moi't. I^ ftacriii(*uj|f;ur commenrait h faire IVpreuve de la yictime, en lui versant de* leau lustrale sur la t£te^ et en lui frottant le front avec du vin, selon la remarque de Virgile ,

Froniîque injungit vina saterdos.

On dgorgeait ensuite Taniinal ; on en examinait toutes les parties ; on les couvrait d*un gAteau fait avec de la farine et flu sel : ce i|ue Servius a exprimé sur le sixième livre de V Enéide , par ces mots : inactativt est Uiuruê nfino , moiaquefaha.

Après avoir allumd le feu qui devait consumer la victime, on la jetait dans ce feu sur un.aulel. l'andis qu'elle se consumait , le pontife et les prêtres faisaient plttsieVi eifusions de vin autour de l'autel , avec des encensemens et autres cérc^monics.

On n^immolait pas indKTrremment toutes sortes de victimes; il y en avait (rafTrctdes pour certaines divinités. Aux unes, on suerifiait un taureau ; aux autres, une chèvre , etc. Les victimes de.H di<>ux infernaux dtaicnt noires^ selon le témoignage de VirgiU; dans le liv. III de Y£niide*

Quatuor hic prinuim m'gra rites lerga juvencos (JortsiiluiL

On immolait aux Dieux les mAles , et aux déesses les femelles. 1/âge des victimes h'ohservait exactement; car c était une chose essentielle pour rendre le sacrifia agréable.

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Entre les victimes ^ les unes étaient sacrifiées pour tâcher d'avoir , par leurs entrailles , la connaissance . de l'avenir ; les autres, pour expier quelque crime par Feffusion le leur sang , ou pour détourner quelque grand mal dont m était menacé. Elles étaient aussi distinguées par des loms particuliers.

Fïctimœ prœcidaneœ étaient celles qu'on immolait )ar avance ; ainsi , dans Fesins ^ prœcidanea porca , une ruie immolée avant la récolte.

Bidentes ; les uns veulent que l'on nommât ainsi toutes iortes de bétes à laine i les autres , les jeunes brebis.

Injuges , les bétes qui n'avaient pas été mises sous le oug , comme dît Virgile , 1. IV de ses Géorgiques.

Eiintacta ioiidem ceivice juoencos.

Mximiœ , les victimes que l'on séparait du troupeau , )Our être plus dignes d'être immolées , è grege extractœ. -le même Virgile dit , Géorg.j 1. FV:

Quatuor eodmios prœstarUi corpore iauros.

Succidaneœ ; ce sont les victimes qu'on immolait dans infécond sacrifice, pour réparer les fautes que l'on avait aites dans un précédent.

Arnbarvàlea , victimes qu'on sacrifiait dans les procesions qui se faisaient autour des champs*

Prodiguœ , celles qui , selon Festus , étaient entièrement constimées.

Piaculares^ celles qu'on immolait pour expier quelque ^and crime.

Harnigœ; on appelait ainsi , selon Festus, les victimes lont les entrailles étaient adhérentes.

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