‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 49 sur 62 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

A lE MORALE. ( Philosophie. ) On appelle vie morale ^ celle qui s'étend avec gloire au-delà du tombeau.

La comparaison de la briëveté de cette vie mortelle , avec l'éternité d'une vie morale dans le souvenir des hommes» était familière aux Romains , et a été chez eux la source des plus grandes actions. Le christianisme mal entendu a contribué à faire perdre ce noble motif , si utile à la société. Il est pourtant vrai que l'idée de vivre glorieusement dans la mémoire de la postérité, est une chose c[ui flatte beaucoup dans le tems qu'on vit réel* lement. C'est une espèce de consolation et de dédommagement de la mort naturelle, à laquelle nous sommes tous condamnés. Ce ministre d'état, ce riche financier, ce seigneur de la cour , périront entièrement lorsque la mort les enlèvera. A peine se souviendra-t-on d'eux au bout de quelques mois ; à peine leur nom sera-t-il pro* nonce. Un homme célèbre, au contraire, soit à la guerre , soit dans la magistrature , soit dans les sciences et les beaux-arts , n'est point oublié. Les grands du monde qui n'ont que leur grandeur pour apanage , ne vivent que peu d'années. Les grands écrivains du monde , au contraire , sont immortels ; leur substance est par conséquent bien supérieure à celle de toutes les créatures périssables. Quo mihi rectius v'uleiurj dit Sallusté, ingenii quàm viriutn opibiùa gloriani quœrere , et quoniam vita ipsa qua

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fruimur brpuis est^ memoriani nostri quàrn nuixlmc longam efflccre. Telle cét aussi la pensée de Virgile :

Stat sua cmque dits : hrepe et irreparabiie Umpus Omnibus est vitœ ; sedfamam exUndere factis , Hoc pirtutis opus*

YiE. ( Morale. ) Ce mot se prend, en morale, pour la vie civile et les devoirs de la société , pour les mœurs , pour la durée de notre existence, etc.

La vie civile est un commerce d'offices mutuek , où le plus honnête met davantage; en procurant le bonheur des autres, on assure le sien.

L'ordre des devoirs de la société est de savoir se oon* duire avec ses supérieurs % ses égaux , ses inférieurs : il fiiut plaire à ses supérieurs sans bassesse ; montrer de l'estime et de l'amitié à ses égaux ; ne point faire sentir k poids de son rang ou de sa fortune à ses inférieurs.

Les mœurs douces , pures , honnêtes , entretiennent la santé , donnent des nuits paisibles , et conduisent à la fio de la carrière par un sentier semé de fleurs.

La durée de notre existence est courte ; il ne faut pa3 l'abréger par notre dérèglement , ni l'empoisonner par les Payeurs de la superstition. Conduits par la raison, et tranquilles par nos vertus ,

AUendoDS que la Parque»

Tranche d'uD coup de ciseau Le fil du môme fuseau Qui dévide les jours du peuple et du monarque *, ' Lois satisfaits du tems que nous aurons vécu , liendons grâces à la nature , Kt remettons-lui sans murmure Gu que nous en avons reçu.

Quand lame n'est pas ëbranlëe par un grand nombre le sensations, elle s'envole avec moins de regret; le corps 'este sans mouvement, on jette de la terre par-dessus , et m voilà pour une éternitë*

Vie privée des Romains. ( HisL anc. ) Nous entendions par ce mot , la vie commune que les particuliers u-dessus du peuple menaient à Rome pendant le cours le la journée. La vie privée de ce peuple a été un point m peu négligé par les compilateurs des antiquités ro^ naines, tandis qu'ils ont beaucoup écrit «ur tous les au* res sujets*

Les mœurs des Romains ont changé avec leur fortune* Is vivaient au commencement dans une- grande simpliiHém L'envie de dominer dans les patriciens , l'amour de 'indépendance dans les plébéiens^ occupèrent les Ro^ oains de grands objets sous la république ; mais dans les ntervalles de tranquillité , ils se donnaient tout entiers à agnculture. Les illustres familles ont tiré leurs surnoms le la partie de la vie rustique qu'ils ont cultivée avec le Hns de succès; et la coutume de faire son principal séjour

h campagne prit si fort le dessus^ qu'on institua des flSders subalternes nommés viateursy dont l'unique em^ loi était d'aller annoncer aux sénateurs les^ jours d'asetnblée extraordinaire. La plupart des citoyens ne veaient à la ville que pour leurs besoins et les affaires du ouvemement.

Leur commerce avec les Asiatiques corrompit dans la nite leurs mœurs , introduisit le luxe dans Rome , et les ^ujettit aux vices d'un peuple qu'ils venaient d'assujettir leur empire. Quand la digue fot une fois rompue , on

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Si ccn grantlrs causes manquaient ( ce qui arrivait rarement depuis que les Romains furent en possession deli Sicile, lie la Sarilaignc, de la Grèce, de la Macédoine, de TAfrique , de TAsie • de TKspagne et de la Gaule ) , on uen passait pas moins la troisième, la quatrième et la cinquième beure du jour dans les places , et malbenr alors aux magistrats dont la conduite nV-tait pas irréprochable ; la rccliercbc les épargnait d'autant moins , qu'il n y avait aucune loi qui les en mit à couvert.

Quand les nouvelles de la ville étaient épuisées , on passait à celles des provinces, autre genre de coriositc (piî n^était pas indifférent , puisque les Romains regardaient les provinces du même œil qu'un fils de famille regarde les terres de son père ; et d'ailleurs elles étaient la demeure ùxe d*une infinité de chevaliers romains qui y faisaient un commerce aussi avantageux au public , que lucratif pour eux particuliers.

Quoique tous les citoyens généralement parlant , donnassent ces trois heures ù la place et à ce qui se passait « il y en avait cependant de bien plus assidus que les autres . Horace les appelle Jorenses , Plante et Priscieu sublyasilicani ^ et M. Cœli us , écrivant à Cicéron, subros' irani ou suhrostrarii. Les autres . moins oisifs , s'occupaient suivant leur condition, leur dignité et leurs desseins. Les chevaliers faisaient la banque, tenaient r^istresdes traités et des contrats. Les prétendans aux charges ot aux honneurs mendiaient les suffrages. Ceux qui avaient avec eux quelque liaison de sang, d'amitié^ de parti on de tribu. U'S sénateurs mêmes de la plus haute considération, par aflVclion ou par complaisance pour ces candidats, les accom^uguaicut dan^ les rues, dans les places, dans les

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temples, et les recommandaient à tous ceux qu'ils rencontraient. Comme c'était une politesse chez les Romaixis d'appeler les gens par leur nom et par leur surnom , et qu'il ëtait impossible qu'un candidat se fût mis tant de différens noms dans la tète , ils avaient à leur gauche des nomenclateurs qui leur suggéraient tous les noms des passans.

Si, dans ce tems-là , quelque magistrat de distinction revenait de la province , on sortait en foule de la ville pour aller au-devant de lui^ et on l'accompagnait jusque dans sa maison , dont on avait pris soin d'orner les avenues de verdure et de festons. De même , si un ami partait pour un pays étranger y on Tescortait le plus loin qu'on pouvait y on le mettait dans son chemin, et l'on faisait en sa présence des prières et des vœux pour le succèa de son voyage et pour, son heureux retour.

Tout ce qu'on vient de dire s'observait aussi-bien pendant la république que sous les Césars. Mais , dans ces der niers tems , il s'introduisit chez les plus grands seigneurs une espèce de manie dont on n'avait point encore vu d'exemple. On ne se croyait point assez magnifique , si Ton ne se donnait en spectacle dans tous les quartiers de la ville avec un nombreux cortège de litières, précédées et suivies d'esclaves lestement vêtus. Cette vanité coûtait cher; et Ju vénal, qui en a fait une si belle description, assure qu'il y avait des gens de qualité et des magistrats que l'avarice engageait à grossir la troupe de ces indignes courtisans.

Enfin , venait la sixième heure du jour , c'est-à-dire midi ; à cette heure , chacun songeait à se retirer chez soi, dînait légèrement et faisait la méridieime.

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