Tome xv. 5o
466 ESPiirr
Le personnage que les Romains jouaient apràs âtner > était aussi naturel que celui qu'ils jouaient le matin ëtait compose. Celait cliez eux une coutume presque générak de ne rien prendre sur raprès*midi pour les aflaires, comme (le nerieu donner de la matinée aux plaisirs* La paume OU le ballon, la danse, la promenade à pied ou en char , rem- ])lissaiont leur après-midi. Ils avaient des promenoirs particuliers et de publics, dans lesquels les uns passaient quelques heures en des conversations graves ou agréables , tandis que les autres s'y donnaient en spectacle au peuple avec de nombreux cortèges , et que les jeunes gens s'exerçaient dans le Champ-de-Mars à tout ce qui pouvait les rendre plus propres au métier de la guerre.
Vers les trois heures après midi , chacun se rendait en diligence aux bains publics ou particuliers. Les poètes trouvaient là tous les jours un auditoire à leur gré , pour y débiter les fruits de leurs muses. La disposition même du lieu était favorable à la déclamation. Tout citoyen j quel qu il fût , manquait rarement aux bains. On ne s'en abstenait guère que par paresse , et non par nonchalance, si Ton n^était obligé de s'en abstenir par le deuil public ou particulier.
Horace , qui fait une peinture si naïve de la manière libre dont il passait sa journée, se donne à lui-mfimeœt air d'homme dérangé qu'il blâme dans les autres poëtes, et marque assez qu'il se souciait peu du bain. •
Secreia petit loca , halnea vitat,
La mode ni les bienséances ne me gênent point , dit-il ; je vais tout seul où il me prend envie d'aller; je passe quelquefois à la halle , et je m'informe de ce que coûtent le
DE l/ESpCyCLOPÉDIE. 46/
bled et les légumes. Je me promène vers le soir dans le cirque et dans la grande place , et je m'arrête à écouter un diseur de bonne aventure , qui débite ses visions aux curieux de l'avenir. De là je viens chez moi , je fais un souper frugal y après lequel je me couche et dors sans aucune inquiétude du lendemain. Je demeure au lit jusqu'à la quatrième heure du jour, c'est-à-dire, jusqu'à dix heures, elc. Vers les quatre heures après midi , que les Romains nommaient la dixième heure du Jour , on allait souper. Ce repas laissait du tems pour se promener et pour vaquer à des soins domestiques. Le maître passait sa famille et ses affaires en revue , et finalement allait se coucher. Ainsi finissait la journée romaine.
www^^mvwww
Vies. ( Histoire.) On appelle vies , des histoires qui se bornent à la vie d'un seul homme , et dans lesquelles on s'arrête autant sur les détails de sa conduite .particulière, que sur le maniement des afiaires publiques , s'il s'agit d'un prince ou d'un homme d'état.
Les anciens avaient un goût particulier pour écrire des vies. Pleins de respect et de reconnaissance pour les hommes illustres , et considérant d'ailleurs que le souvenir honorable que les morts laissent après eux , est le seul bien qui leur reste sur la terre qu'ils ont quittée, ils se faisaient un plaisir et un devoir de leur assurer ce faible avantage. Je prendrais les armes , disait Cicéron , pour défendre la gloire des morts illustres , comme ils les ont prises pour défendre la vie des citoyens. Ce sont des leçons immortelles, des exemples de vertu consacres au genre humain. Les portraits et les statues, qui représentent les traits cor-.
porels des grands hommes , sont renfermés dans les nuà-* sons de leurs enfàns , et cx]>osés aux yeux d^on petit doiih brc d*amis ; les él(^es , placés par des plumes habiles, re^ présentent Tâme même et les sentimens vertueux. Ils se multiplient sans peine ; ils passent dans toutes les langues^ Tolent dans tous les lieux , et servent de maîtres dans tons les tems.
Cornélius Nepos, Suétone et Plntarque, ont préféré ce genre de récit aux histoires de longue haleine. Us peignent leurs héros dans tous les détails de la vie , et attachent surtout Tcspritjde ceux|qui cherchent à connaître lliomme. Plutarque j en particulier, a pris un plan également étendu et intéressant. Il met en parallèle les hommes qui ont brillé dans le mi^me genre. Chez lui Cicéron 6gure à côté de Démosthène, Annibal à côté de Scipion. Il me peint tour à tour les mortels les plus éminens de la Grèce et de Rome; il m'instruit par ses réflexions, m'étonne par son grand sens , mVnchantc par sa philosophie vertueuse , et me charme par ses citations poétiques , qui , comme autant de fleurs, émaillcnt ses écrits d'une aimable variété.
« Il me fait converser délicieusement dans ma retraite gaie , saine et solitaire , avec ces morts illustres , ces sages de l'antiquité révérés comme des Dieux, bienfaisans comme eux , liéros donnés à l'humanité pour le bonheur des arts, des ai*mcs et de la civilisation. Concentré dans ces pensées motrices de l'inspiration , le volume antique me tombe des mains; et méditant profondément, )e crois Toir s'élever lentement , et passer devant mes yeux surpris ces ombres sacrées, objets de ma vcnératioD.
(( Socrate d'abord, demeure seul vertueux dans un état corrompu; seul ferme et invincible , il brave la rage
DE l'encyclopédie. 4^9
^es tyraDfi ^ sans craindre pour la vie ni pour la mort , et Bc connaissant d'autres maîtres que les saintes lois d'une vaison calme, cette voix de Dieu qui parle intérieurement à la conscience attentive.
« Sblon, le grand oracle de la morale, établit sa république sur la vaste base de l'équité ; il sut par des lois . douces réprimer un peuple fougueux , lui conserver tout son courage et ce feu vif par lequel il devint si supérieur dans le champ gWieux des lauriers, des beaux-arts et de la noble liberté , et qui le rendit enfin l'admiration de la Grèce et du genre humain.
<( Lycurgue ,. cette espèce de demi-dieu ^ sévèrement sage, qui plia toutes les passions sous le joug de la discipline y ôta par. son génie la pudeur à la chasteté , choqua tous les usages , confondit toutes les vertus , et éleva 3parte au plus haut degré de grandeur et de gloire.
<c Après lui s'offre à mon esprit Léonidas , ce chef intrépide^ qui s'étant dévoué pour la patrie^ tomba gloûeusemcnt aux Thermopyles , et pratiqua ce que l'autre n'avait qu'enseigné.
(( Aristide lève son front où brille la candeur , cœur vraiment pur , à qui la voix sincère de la liberté donna le ^rand nom de juste : respecté dans sa pauvreté sainte et majestueuse , il soumit au bien de sa patrie jusqu'à sa .propre gloire, et accrut la réputation de Thémistocle, son rival orgueilleux.
« J'aperçois Ci mon, son disciple, couronné d'un rayoa plus doux ; son génie s'élevant avec force , repoussa au loin la molle volupté : au dehors il fut le fléau de l'orgueil des Perses ; au dedans il était l'ami du mérite et des arts ; modeste et simple au milieu de la pompe, et de la ricbesscu
tt PdricIiB) tyran ddsannt!, rival de Cimon, nibiagna ta i>atrie par son (*loquencc^ rcmbellit de œnl merveilles: et après un gouvernement heureux » finit ses jours de triomphe 9 eu se consolant de n'avoir fait prendre le manteau noir à aucun citoyen.
« Je vois ensuile paraître et marcher pensifs les derniers hommes de la Grèce sur son dëdin , hëros Mppdis trop tard a la gloire, et venus dans des tenis malhenreux, Timolcon , l'honneur de Corinthe , homme henreosemeDt né , également doux et ferme ^ et dont la haute générosité pleure son frère dans le tyran qu'il immole.
« Pélopidas et Épaminondas, ces deux Thébains éffm aux meilleurs , dont l'héroïsme combiné éleva leur pays  la liberté 9 à Tempire» et à la renommée,
a Le grand Phocion , dans le tombeau duquel l'honneur des Athéniens fut enseveli $ sévère oonune homme public, inexorable au vice» inébranlable dans la vertu; mais sous son toit illustre , quoique bas , la paix et la sagesse heureuse adoucissaient son front ; Famitié ne pouvait ctrc plus douce, ni l'amour plus tendre.
« Açis , le dernier des fils du vieux Lycurgue j fut la g('n('rcus(! victiiiic de l'entreprise toujours vaine de sauver un élal corrompu ; il vit Sparte toème perdue dans l'avarice scrvllc.
« 1a s deux frères Âchaïens fermèrent la scène : Âratos, qui ranima cjuciquc tems dans la Grèce la liberté expirante ;
« Va l'aimable Philopémen, le favori et le dernier espoir (le son pays, (|ui ne pouvant en bannir le luxe et k pompe, le tourna du côté des armes; simple et laborieux à la <;ampagnc , clicl habile et hardi aux champs de Mars*
DE l'encyclopédie. 4;!
ii Un peuple puissant, race de béros, paraît dans le même paysage- pour m'offrir des pièces de comparaison y et me mettre en état de juger le mérite entre les deux premières nations du monde •
« Il me sembler que le front phii9, sévère de ce dernier peuple n'a d'autre tacbe qu'un amour excessif de la pairie f. passion trop ardente et trop partiale. Numa , la Ikimière de Rome, fut son premier et son meilleur fondateur , puisqu'il fut celui des mœurs. Le roi Servius posa la base solide sur laquelle s'éleva la vaste république qui domina l'univers Viennent ensuite les grands et vénérables consuls.
<( Junius Brutus,. dans qui le père publia, du baut de son redoutable tribunal, fit taire le père privé.
«• Camille^, que son pays ingrat ne put perdre, et qui Me sut venger que les injures de sa patrie.
a Fabricius , qui foule aux pieds l'or séducteur.
<c Cincinnatus ,. redoutable à l'instant où il quitte sa^ «barrue.
« Coriolan, fils soumis, mari sensible^ coupable seule- Bient d'avoir pris le parti des Volsques contre les Romains.
« Ijc magnanime Paul Emile cend la liberté à toutes, fes villes de Macédoine..
« Marcellus défait les Gaulois, et s'empara de Syracuse , en pleurant la mort d'Ârchimède.
« Et loi surtout ,, Régulus , victime volontaire de Garthage , impétueux à vaincre la nature > tu t'arracbes aux. larmes de la- famille pour garder ta foi , et pour obéir à la voix de l'honneur.
Les vies du philosopbe de Ghéionée offrent encore à:
4^9 EaPRIT
met réflexions « Marins fuyant , et se cachant dans kf marais de Mintume; Sylla» son successeur , dont Fabdication noble , hardie , sensée , Tcrtueuse ^ rendit son nom célèbre dans Rome jusqu^à la fin de sa vie.
« Les Gracques , doués da don de la parole , sont pleins de feu ^ et d'un esprit d'autorité tribunitienne qui leur fut fatal; esprit toujours turbulent , toujours ambitieux, toujours propre & produire des tyrans populaires. . « LucuUus est malheureux de n'être pas mort dans le tems de ses victoires.
« Sciplon , ce chef également brave et humain , parcourt rapidement tous les différens degrés de gloire sans tache. Ardent dans la jeunesse y il sut ensuite goûter les douceurs de la retraite avec les muses , l'amitié et la philosophie.
« Serlorius, le premier capitaine de son tems, tout fugitif qu'il était, et chef de barbares en terre étrangère, tient tiHc à toutes les forces de la république, et périt par l'assassinat d'une de ses crcaturcs.
« Cicéron , ta puissante éloquence arrêta quelque tems le rapide destin de la chute de Rome.
« Caton, tu es la vertu môme dans les plus grands dangers !
« Et loi, malheureux Brutus, héros bienfaisant, ton bras tranquille, pousse par l'amour de la liberté, plongea 1 t'pcc romaine dans le sein de ton ami! Voilà les hommes dont Plularque a fait le tableau. »
Le Chevalier de Jaucourt.
DE l'encyclopédie. 473