TON
JLoN. ( Littérature. ) Dans le langage, on appelle la», le caractère de noblesse , de familiarité, de popularité, I degré d'élévation ou d'abaissement qu'on peut donner ï rélocution , depuis le bas jusqu'au sublime» Ainsi, Ton di que le ton de la tragédie et de l'épopée est majestnenxi que celui de lliistoire est noble et simple ; que œlni de k comédie est familier , quelquefois populaire.
Ton se dit aussi des autres caractères que l'expressÎM reçoit de la pensée , de l'image , du sentiment. Le tai triste de l'élue , le ton galant du madrigal , le ton 1^ de la plaisanterie, le ton pathétique , le ton sérieux, etCt
On voit par là , que non-seulement le style peut aTofay mais qu il doit avoir plusieurs tons , relativement aux iUr )ets que Ton traite et aux personnages qu'on fait parier. Et non-seulement dans les divers genres et sur des sujeli différens , mais dans le même genre et dans le même ouvrage, le style doit prendre, sans détonner, différenlfl modulations.
Trisiia mœsimm
Vêiàiun peria decad ; iraitun j pleaa mioarum ;
DE l'encyclopédie. 45
LudenUm , tascwa; seœrum , séria dictai
( HOBAT. )
Ces règles de convenance ne se bornent pas aux sujets
^IW traite , elles s'étendent jusqu'aux personnes qu'on
K tdessein d'intéresser ou de persuader en écrivant ; et c^est
dans ces rapports que les bienséances du style sont ce que
^Part d'écrire a de plus difficile et de plus essentiel : Caput
ûrtis decere. ( Cic. )
[ Dans le même sens , le langage delà société a son hon ion et son maupais ton» Le naturel dans la politesse , la dâicatesse dans la louange , la finesse dans la raillerie , la légèreté dans le badinage , la noblesse et la grâce dans la nterie 9 une liberté mesurée et décente dans le langage les manières , et par-dessus tout une attention imperle de distribuer à cbacun ce qui lui est dû de dis-* ions et d'égards; c^est là, par tout pays, ce que Ton t appeler le bon ton .- le mauvais ton est tout le con- Ire; et jusque-là le bon ton n'est autre cbose que le bon mis en pratique* S'il est do^c vrai qu^il y ait un bon reconnu par toutes les nations cultivées , il sembleque , pour s'assurer d'avoir le bon ton , il suffirait d'acie bon goût. Mais malbeureusement il n'en est pas i; il y a des tems où le bon ton n'a presque rien de ^Qmmim avec le bon goût.
Les bienséances , qui sont les premières règles du bon Mt^ ne sont pas toujours celles du bon ton. U y a des Indécences dont la tournure est du meilleur ton dans le loode y comme il y a des politesses du ton le plus pro-* înciaL Le bon ton^ dans ce qui s'appelle la bonne compagnie,
4G F.St'KIT
est un systrme de convenances qu'elle Best fait à elle-, même, et qui lui est particulier. 11 interdit en gênerai nitfj familiarité déplacée, et par conséquent tous les mots, les tours de phrase qui supposent , dans celui qui pideJ la négligence des égards qu'il doit à la société. Rien nV plus juste que cette loi, lorsquMIe n est pas trop sé?in| mais quelquefois elle est minutieuse, et se ressent dekl petitesse et de la vanité de Tesprit qui Ta faite. D*un M-l trc côté , il consiste dans une aisance noble f qui marqWt dans celui qui parle, un usage fréquent du monde; it cette aisance a ses degrés de réserve, de modestie y iê liberté , de familiarité , qui distinguent , par des nnanccf » le bon ton de l'inférieur , du supérieur, et de F^al, Je: contenterai d*en indiquer quelques exemples*
Lorsqu*un inférieur parle à un homme qualifiéy et nVil point par son nom , c'est par sa qualité que Tlisafe fClt quil rappelle ; et au contraire, lorsque des gens de lité parlent entre eux , c'est rarement par leur qu'ils s^appellent • c'est par leur nom ; ils tnmi trop d'affectation à se renvoyer mutuellement leon ti«| très.
Dans le style même de la tragédie , rien de pins en nH|B ï que de di*^ en parlant aux personnages les pins ûtfiê,\ «v^ir pfnf , iv^/Tf JîIj . votre wtur , votre mère z ci dsw ! le monde * rien n'e^t du plus mauvais ton« SI tous Ptfls d'une mère à sa fille , ou d'an fils à son père, on cTnn fite; à » soeur . le boa ton ^eut que vous disiez : TnonsieurvBÊLi tel « TuuLz/ruf une telle . comme sTLs ne loi étalent rien*
L on voit mOme des zen^i qui ne venlent pas tee apW* fe* mun per- et vui su^re par lenr^ en£uij : monnmr d *tuidsi:fbe leur semblent moins ûmobles. pfau Al^^f^aygi^
ï)E l'encyclgpédie. 4f
Mais y a-t-il rien de plus commun , de plus avili que ces r «ppeliations ? et les substituer aux noms sacrés de la na^ fore, n'est-ce pas la plus ridicule des inventions de la vanité.
Le bon ton du supérieur est de questionner souvent. lie hon ton de l'inférieur est de ne questionner jamais, ou le plus rarement possible.
Ijc privilège de l'égalité, de la familiarité, de la supério*rite, est de parler à la seconde personne ; la déférence , le re^>ect, la grande politesse^ veulent qu'on parle & la troi- ■ième. C'est un Usage qui nous est venu d'Italie , avec Texcellence , Véminence et Yaltease^ En Allemagne , on «*. renchéri sur cette formule de politesse , en ajouta'bt le pluriel i la tierce personne , quoiqu'on ne parle q^'à une ■eule. Que veulentrih ? Quordonnent-elleë ?
Parmi les gens qui ne sont pas très-familiers ensemble , la politesse la plus commune défend d'appeler par éon Bon celui à qui on adresse la parole directement et sans équivoque ; mais on affecte de nommer celui à qui l'on veut faire sentir sa supériorité : cela est du bon ton.
Si dans le monde on vous demande des nouvelles de votre femme 9 de vos enfans , de votre père ; si l'ov» vous pstle de votre procès, de la perte que vous avez faite au jeu, de l'incendie de votre maison; il est du bon ton de répondre froidement, légèrement, et en peu de mots. Rien de plus ennuyeux pour les autres que de les occuper de soi. Toutes les questions qu'on vous fait sur vos ÎBtérèts personnels , sont des formules de politesse dont vous devez savoir ne jamais abuser : mais ai l'on veut sa*voir la nouvelle du jour, ou une aventure plaisante, ou Due anecdote scandaleuse; élcndezrvous tout à votre aise :
les déUîU sont peirois, ils sont même importans; tmh ayez soin de les choisir. Rien de commun ^ rien d'iaiK pidct rien de triste et de languissant. La grâce « la gaieiéf la Gncsse pic{uantc , le sel de renjouement , le sel pins vif encore d'un sërieux malin ; et» soit dans vos récits « soit dans vos entretiens , une attention délicate & ne pas ab»* ser de celle qu'on tous donne , et & ne l'occuper qu'antanl que TOUS pouvez l'intéresser : ce sont la quelques unes da règles du bon ton*
Depuis la cour jusqu'à la coterie la plus bourgeoise 1 1< prétention du bon ion s'étend. Tout le monde, il est vrai convient que la cour en est le modèle , mais de proche ei proche, on se flatte d'avoir pris le langage et les manière de ce grand monde. C'est le ridicule que Molière a iow tant de fols , sans avoir pu le corriger.
Tel homme nous parie sans cesse du ton de la bonni compagnie , qui passe sa vie dans la mauvaise ; telle femmi Mi croit l'arbitre des bienséances , avec qui jamais une femme décente n'a osé paraître en public.
Mais la cour elle-même est-olic toujours un juge in&il' lible, un modèle des convenances du langage? Elle a ni ton qui la distingue, et qui est comme son symbole; mai) son ton est aussi changeant que son esprit et que seê mœofi lAi Ion d'une cour galante et voluptueuse n'eat pas h ton d'une cour guerrière ou dévote. Le ton de la cxHir à Henri III n'était pas le ton de la cour de Henri IV ; et, i bien des égards, le ton de la cour de Louis XIY sous ma* dame de Montespan n'était pasle même quesous mada» de Maintenon. Ce règne cependant avait pris un caractèfi de dignité qui Bti souiiiil, et qui fut véritablement ui modèle de bienséance.
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Louis XIV, naturellement porté, par Pëlëvatîoi) de son âme^ à tout ce qui était noble et décent, avait perfectionné ce goût naturel dans la société des Mortemart, qui éïsïit l'école de l'esprit le plus épuré , le plus délicat^ le plus aimable. De là cette politesse exquise , cette galante^ rie ingénieuse , dont il donna le ton à sa cour ; et ce ton une fois donné, fut bientôt celui de la ville. Ninon Lendos l'avait reçu de ses amans; madame de Maintenon ra*" Tait pris dans le monde et chez Ninon même. Il s'altéra sous la régence ; encore le retrouvait-on dans la liberté même des soupers du régent; et le tour d'esprit de ce prince en était un précieux reste : mais les jolies femmes qui égayaient ses soupers , ne laissaient pas d'être d'assez mauvais modèles des bienséances du langage ^ et ce n'était pas dans leur société que Fontenelle en prenait des le- ^ns.
Dans une cour polie, éclairée, élégante, le bon ton sera comme la quintessence du bon goût; mais pour le rendre inaltérable, il faut, au centre même de cette cour, une société spirituelle et dominante, qui serve de modèle et qni donne l'exemple. Alors le soin de plaire et le désir de ressembler engagera le reste du grand monde à se former sur ce modèle; et le ton général de la cour sera bon. Mais à moins d'un foyer où le goût s'épure et se conserve comme le feu sacré , et d'où il se répande et se communique , il n'est pas sûr de regarder le ton même de la cour conune une régie constamment bonne à suivre : car il peut arriver que la cour soit diversement composée ; et si le boa esprit et le bon goût n'y font la loi , il est possible que le hon ton n'y soit qu'une mode fantasque et passagère, qu'un caprice aura établi , et qu'un caprice fera changer.