V. ses Entretiens avec Eckerniann (^l janvier
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sants que ses livres nous oll'rent. Quel répertoire de malices, d'apophthegmes comiques ou sérieux, de naïvetés douloureuses, de ravissantes folies, de sages propos sous forme de gaietés capricieuses! Bien médité, ce livre-ci en apprendrait terriblement long aux plus habiles sur les ridicules, les joies, les hasards et les fins de la vie humaine. Madame de Girardin n'était pas une femme ermite; elle savait le monde, elle l'exprime, elle le juge, sans avoir pourtant le dessein de le changer; car, ainsi qu'elle le disait dans sa préface du Lorgnon : « L'auteur n'a pas prétendu corriger la société; il serait, au contraire, désolé qu'elle changeât, car elle lui plaît telle quelle est, elle Tamuse. elle l'inspire: il chérit tous les ridicules qu'il découvre en elle. >■> Mais le sentiment du comique n'est pas le seul qu'elle ait possédé; tout en riant, elle a souffert, et bien souvent sous la frivolité badine du langage on saisit une impression douloureuse qui commence. Qui pourrait dire si ce n'est pas un peu le portrait du peintre, cette figure qui se montre dans une de ses meilleures œuvres et qu'elle a étudiée avec tant de soin : « La gaieté de madame Charles de Viremont était factice et nerveuse. C'était ce douloureux courage d'une âme brisée qui n'espère rien , qui ne désire rien, qui ne cherche plus le bonheur parce qu'elle l'a perdu, parce qu'elle sait qu'on ne l'entrevoit sur la terre un jour, une heure, que pour le perdre. C'était la fermeté stoïque. la résolution violente d'une femme désenchantée, qui supporte la vie par devoir, mais qui trouve la force de vivre dans une volontaire insensibilité, dans une complète abnégation. » Klle ajoutait : « Il n'y a que deux manières de traiter la douleur : par V abrutissement ou par Vetourdisseiiieiit. Il faut, si l'on est libre de souffrir, se livrer à elle comme une proie, comme la victime est livrée au bourreau.
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se lai-îser par elle tourmenter, déchirer, torturer; lui donner à la fois tout son sang et toutes ses larmes. Alors on tombe devant elle épuisé, anéanti, abruti... mais soulagé. Si l'on n'est pas libre de lui appartenir tout entier, c'est elle, au contraire, qu'il faut tourmenter, repousser, chasser, étouffer, c'est elle qu'il faut vaincre à force d'occupations, de mouvement et de bruit. Il faut alors avoir recours à toutes les distractions périlleuses, comme les luttes politiques, les affaires, les voyages ; à toutes les agitations indifférentes, comme les plaisirs delà vanité, les obligations du monde, les travaux d'artistes, les études scientifiques ; enfin, à toutes ces occupations intéressantes oii le cœur n'entre pour rien, mais qui emploient les heures, qui nourrissent les yeux d'images variées . qui captivent la mémoire par des mots nouveaux, qui entraînent l'esprit observateur malgré lui, qui étourdissent les souvenirs, qui vieillissent les impressions, qui ne consolent pas sans doute, mais qui du moins ne laissent pas le temps de penser et de souffrir. Ce rapide mouvement qui emporte votre existence semble en précipiter le cours; on se fait illusion. On finit par croire qu'en vivant si vite on mourra plus tôt'. «
Puisque nous avons déjà vu comme une confidence dans ces lignes d'un de ses écrits, nous nous hasarderons à prendre encore pour un essai autobiographique une espèce d'apologie personnelle, ou plutôt pour un idéal de son propre caractère, ce que madame de Girardin dit quelque part d'une de ses héroïnes, la première, madame de Clairange : (( Comme toutes les femmes supérieures, elle avait des ennemis et de plu< des amis qui redoutaient son regard d'aigle. Ils savaient iv pouvoir lui Cricher leur faiblesse. Inir ingra-