‹ Esprit de Mme de GirardinChapitre 26 sur 31 · Victor Hrr.o, Les Contemplations, t. I , p. -io · texte numérisé non relu

Victor Hrr.o, Les Contemplations, t. I , p. -io

maladie mortelle. A demi couchée sur un divan et les pieds couverts d'une résille de laine blanche et rouge, elle avait plutôt l'air d'être convalescente que malade. — George Sand, qu'elle admirait sans aucune arrière-pensée, la vit souvent vers cette époque, et tandis que George fumait silencieusement sa cigarette, immobile et rêveur comme un sphinx, Delphine, oubliant ou cachant sa souffrance, savait encore lui adresser quelques flatteries ingénieuses, quelque mot charmant, plein de cœur et d'esprit.

Quoiqu'elle fût tendrement dévouée à son mari, dont elle avait épousé les luttes, que la gloire, le succès, la fortune, tout ce qui peut faire aimer la vie, lui fussent arrivés à souhait, que des amis fidèles et sûrs l'entourassent, elle semblait secrètement désirer d'en finir. Ce temps ne lui plaisait plus; elle trouvait que le niveau des âmes s'abaissait^ et déjà elle cherchait à pressentir l'autre monde, en causant avec les esprits qui habitent les tables : comme Léopard i , le poète italien, auquel A. de Musset, descendu hier dans la tombe, a adressé de si beaux vers, elle semblait rêver « le charme de la mort ». Quand l'ange funèbre est venu la prendre, elle l'attendait depuis longtemps \

1. Ces pages sont détachées de la belle notice que M. Théophile Gautier a con^^acrée au souvenir de M""" de Girardin, et qu'il faut lire tout entière, en y joignant les comptes rendus du mC'nie critique sur les pièces que cette femme éminente a données au théâtre. On les trouve dans ce livre immensément riche de verve et de science, VHistoire de l'art dramatique depuis vingt-cinq ans ( édition Hetzel ).

Page 1