CHAPITRE PREMIER
Tiiel talisman peut éiîoler la pénétration d'une femme qui a intérêt à deviner?
Les hommes se croient bien forts, bien ingénieux, et ils n'ont pas une bonne idée qui ne leur vienne des femmes.
Lliomme le plus profond est un innocent à côté do la plus simple femme.
Pauvres femmes, qu'elles sont courageuses! car les femmes ont beaucoup plus de courage que les hommes : on avouera cela un jour. Regardez la rue, un jour d'orage : les hommes passent en cabriolet, les femmes s'en vont à pied dans l'eau et dans la boue. Sur dix passants, il y a huit femmes. Ce ne sont point des élégantes, non, sans doute; mais ce sont de braves mères de famille laborieuses, qui courent pour affaires, des ouvrières consciencieuses qui reportent leur ouvrage à l'heure dite , des gardes-malades qui rejoignent un lit de douleur, de jeunes filles artistes qui regagnent leur atelier. Ceci est un indice infaillible; vous ne risquez jamais de vous trompe-r en vous intéressant a la femme que vous voyez courir dans la rue par une averse. Le motif qui la fait sortir par ce temps-la méritera toujours votre intérêt et quelquefois votre admiration.
Les jeunes gens du jour ne savent plus ni souffrir, ni travailler; ils ne savent rien supporter, ni la douleur, ni la pauvreté, ni l'ennui, ni les humiliations honorables, ni le chaud, ni le froid, ni la fatigue, ni les privations; excepté quelques injures, ils ne savent rien endurer.
Voilà pourquoi les femmes ont été forcées de se métamorphoser ; elles ont acquis des vertus surnaturelles, et qui certes ne leur convenaient point. Elles sont devenues couraseuses, elles dont les fraveurs puériles avaient tant de grâce; elles sont devenues raisonnables, elles dont la légèreté avait tant d'attraits : elles ont renoncé à la beauté par économie, à la vanité par dévouement; elles ont compris^ avec ce pur instinct qui est leur force, que dans le ménage humain il faut que l'un des deux époux travaille pour que l'enfant soit nourri. L'homme s'étant croisé les
bras, la femme s'est mise à louvTage, et c'est pourquoi la femme n'existe plus.
Étudiez les mœurs du peuple; voyez la femme de cet ouvrier, elle travaille, elle élève ses enfants, elle s'occupe de la boutique et de son çiénage, elle n'a pas dans tout le jour un seul moment de repos. — Que fait donc son mari ? Où est-il ? — Au cabaret.
Regardez cette jeune fille, elle est couturière en linge. Son teint est pâle, ses yeux sont rouges, elle a dix-huit ans, elle n'est déjà plus jolie. T'.lle ne sort jamais, elle travaille nuit et jour. — Et son père ? — Il est là dans l'estaminet voisin, occupé à lire les journaux.
Suivez cette belle femme. Comme elle marche rapidement! elle regarde à sa montre avec inquiétude, elle est en retard, elle a déjà donné depuis ce matin quatre leçons de chant, elle en a encore trois à donner. C'est un métier bien fatigant. — Et son mari, que fait-il donc ? — Elle vient de le rencontrer; il se promène sur le boulevard avec une actrice de petits théâtres.
Regardez encore cette pauvre femme : comme elle a lair de s'ennuyer: C'est une victime littéraire qui tâche de se faire une existence en écrivant. Ses médiocres ouvrages, qui se vendent assez bien, l'aident à vêtir convenablement sa petite fille. — El son mari, où est-il donc? — il est au café là-bas, (jui joue au billard, en faisant des plaisanteries contre les femmes auteurs.
Voyez encore chez tous les ministres courir, s'agiter, parler cette petite femme; elle est riche, elle n'a pas besoin de travailler; mais son mari est un homme tout à fait nul, qui ne parviendrait à rien sans elle. Elle veut le faire nommer à telle place, et elle va solliciter pour lui, pendant qu'il joue au whist dans quelque club.
Eh ! pensez-vous que ce soit pour leur plaisir que les femmes se fassent ainsi actives et courageuses ? Croyezvous qu'elles ne préféreraient pas mille fois redevenir nonchalantes et petites-maîtresses, et qu'il ne leur semblerait pas infiniment plus doux de passer leurs jours étendues sur de soyeux divans, avec des poses de sultane, entourées de fleurs, parées des plus riches étoffes et n'ayant autre chose à faire que de plaire et d'être jolies! En changeant leur nature, elles font un très-grand sacrifice, et qui leur coûte fort, croyez-le...
Ah ! vous ne savez pas ce qu'il faut de courage à une femme pour se dévouer à être toujours vêtue humblement; vous ne sa\ez });is à quelles innombrables et irrésistibles tentations il lui faut à tout moment résister! En fait de parure^ être sage, c'est être sublime ! Passer devant une boutique engageante et voir suspendu derrière la glace un délicieux ruban bleu de ciel ou liias, un ruban provocateur qui vous excite à l'admirer; dévorer du regard cette proie charmante; bâtir toute sorte de châteaux en Espagne a son sujet; se parer en idée de ses nœuds coquets et se dire : « Je mettrai deux rosettes dans mes cheveux ; le grand ruban sera pour la ceinture, le plus petit servira pour la pèlerine et pour les manches... »et puis tout à coup s'arracher violemment à ces coupables rêveries, se les reprocher comme un crime et fuir courageuse et désolée loin du ruban tentateur, sans même vouloir le marchander: cela seul demande plus de force d'àme que les plus terribles combats; et ce mot plein de stoïque résignation et de noble humilité que nous avons entendu l'autre jour nous a plus touché le cœur que toutes les belles paroles des héroïnes de Sparte et de Rome. Une femme devait aller à un bal, à une fête magnifique; elle était occupée à choisir des
fleurs. Après avoir admiré ces couronnes à la mode qui sont si jolies, dont la forme est si gracieuse, elle en demanda le prix. Les belles fleurs, les fleurs flnes sont très-chères cette année, et ce prix trop élevé l'effraya. Alors, posant tristement la couronne de roses sur le comptoir, elle dit avec un soupir :« C'est trop cher; je mettrai ma vieille guirlande! »
Ma vieille guirlande! Sentez-vous ce qu'il y a de douleur et de poignante résignation dans ces deux mots : ma ^^eille guirlande ! Cela fait venir les larmes aux yeux.
Oui. les femmes ont perdu en attraits tout ce qu'elles ont gagné en qualités. Chose étrange ! elles ont plus de valeur, elles ont moins de puissance; c'est que leur puissance à elles n'est point dans l'activité qu'elles déploient, mais dans l'influence qu'elles exercent; les femmes ne sont point faites pour agir, elles sont faites pour commander, c'est-à-dire pour inspirer : conseiller, empêcher, demander, obtenir, voilà leur rôle: agir, pour elles, c'est abdiquer.
Dans le monde on exclut la jeunesse de rame :
On veut que la langueur soit l'amour d'une femme;
On la juge insensible alors qu'elle sourit :
On ne croit pas qu'elle aime en gardant de l'esprit.
L'ironie est souvent la coquetterie des femmes spirituelles et sensibles, de même que la langueur est celle des femmes qui n'aiment rien.
Il y a des femmes ([uo lembarras embellit et d'autres qu'il neutralise ou qu'il métamorphose entièrement.
Malgré sa beauté et son esprit, les femmes
aimaient Yalentine. parce qu'elle savait mieux qu'une autre faire valoir leurs avantages, et elles lui pardonnaient son amabilité, parce qu'elle ajoutait à la leur.
Toutes les fois qu'il faudra agir avec la divination et avec l'instinct, les femmes seront supérieures aux hommes; toutes les fois qu"il faudra agir avec le raisonnement, avec la science, les hommes auront sur elles une formidable supériorité. Les femmes ne veulent pas assez comprendre que toute leur force est dans leur faiblesse, dans l'exquise délicatesse de leurs sens, dans la maladive irritabilité de leurs nerfs. Une femme bien organisée, qu'une instruction malfaisante n'a pas encore dénaturée, possède tous les dons merveilleux des dormeurs lucides, tous les phénomènes intelligents des animaux privilégiés. Comme le somnambule, malgré la volonté, elle sait lire dans la pensée; comme l'aigle, à travers la nue. elle sait pressentir sa proie dans l'espace ; comme le cheval au milieu des ténèbres, elle sait marcher à travers les précipices; elle aspire et reconnaît comme lui le souffle des abîmes; elle sait tout, quand vous ne lui apprenez rien. Toute femme en naissant contient une pythonisse, et c'est un grand tort qu'elle a d'étouff'er en elle la voix vibrante du Dieu qui lui dicte la vérité, pour écouter la voix nasillarde des pédants qui lui serinent les vains mots de leur inutile et fausse science.
Aussi l'influence des femmes n'est-elle grande et salutaire que précisément dans les choses auxquelles elles n'enten-
dent rien du tout. En politique et en atfairos, par exemple, les femmes sont quelquefois très-heureusement inspirées. Là, comme leur instinct n'est point foussé par un demisavoir, il les guide merveilleusement; elles ont alors des hallucinations fiévreuses qui les avertissent avant tout le monde des événements qui sont dans Tair... Elles ont des frissons prophétiques qui leur annoncent bien avant l'heure le danger qui est menaçant... Elles ont des répugnances mystérieuses et invincibles qui leur font pressentir les trahisons avant que les traîtres eux-mêmes n'aient arrêté leur plan de perfidie. En politique et en affaires, le jugement des femmes n'est pas à dédaigner. Mais dans les choses qu'elles croient de leur compétence, et cependant qui exigent des connaissances étendues, des études approfondies, comme les arts et la littérature, l'influence des femmes est toujours mauvaise. Leur demi-instruction les égare, elles prennent leurs opinions toutes faites dans les livres, et elles perdent ainsi ce qui donnerait de la valeur à leur jugement : la fraîcheur et la sincérité de leurs impressions.
Molière avec raison consultait sa servante.
Sa servante, oui; mais il ne consultait pas sa femme. Les femmes bien élevées ont, en général, le goût faux en littérature. 0 poêles ! aimez-les, chantez-les, mais ne les consultez pas. Demandez-leur des inspirations toujours, ne leur demandez jamais de conseils; ce sont souvent des muses bienfaisantes, ce sont rarement des juges éclairés. Écrivez pour elles, mais malgré elles. Chaque fois que l'on remarque une mode monstrueuse, un excès de ridicule dans une époque littéraire, on doit tout de suite en accuser les femmes de ce temps-lii]; elles seules en sont coupables.
N'en déplaise à M. E. 3Iennechet, qui célébrait l'autre jour avec tant d'esprit et d'enthousiasme l'influence des femmes sur la littérature, — l'autorité de l'hôtel de Rambouillet a été funeste à la langue française, elle l'a privée de ses mots les plus sonores, de ses plus poétiques images. L'influence des femmes en littérature n'est guère plus salutaire aujourd'hui. C'est à cette douce influence que nous devons les horreurs à la mode. Ces adorables créatures aiment les crimes, les descriptions détaillées des lieux infâmes; on les sert selon leur goût. Tous criez contre les auteurs et contre les journalistes ; est-ce leur faute s'ils sont forcés de vous offrir de telles peintures! Ils avaient tous commencé par de riants tableaux, on ne les a point regardés : alors il leur a bien fallu chercher d'autres sujets pour attirer les }'eux.
Est-ce que les femmes doivent jamais venir en aide à ceux qui abjurent? La véritable mission des femmes, au contraire, est de secourir ceux qui luttent seuls et désespérément; leur devoir est d'assister les héroïsmesen détresse; il ne leur est permis de courir qu'après les persécutés; qu'elles jettent leurs plus doux regards, leurs rubans, leurs bouquets, au chevalier blessé dans l'arène, mais qu'elles refusent un applaudissement au vainqueur félon qui doit son triomphe à la ruse. Oh ! le présage est funeste ! ceci n'a l'air de rien, eh bien, c'est très-grave; tout est perdu, tout est fini dans un pays oîi les renégats sont protégés par les femmes; car il n'y a au monde que les femmes qui puissent encore maintenir dans le cœur des hommes, éprouvé par toutes les tentations de l'égoïsme, cette sublime démence qu'on appelle le courage, cette divine niaiserie qu'on nomme la lovauté.
Depuis quelques années, le courage et la droiture sont entièrement passés de mode; les fourbes sans çsprit, les intrigants moroses sont en tous lieux les favoris des belles. 11 faut flétrir ce favoritisme dangereux; il ne faut pas permettre qu'il s'établisse, ce règne brutal^ le règne des envieux et des traîtres. Dieu siit où il nous mènerait !
Le courage des femmes est si capricieux ! telle perd la tête dans un incendie, qui a été sublime dans un naufrage; telle autre, très-brave au milieu des flammes, ne peut entendre un coup de fusil sans s'évanouir; un danger qui est un souvenir, pour Tune est un motif de sécurité; pour une autre, précisément, c'est un motif de crainte invincible; il y a des mères qui sont courageuses parce que leurs enfants sont là et qu'il s'agit de les protéger; il y en a d'autres, au contraire, qui sont folles d'efl'roi parce que leurs enfants sont près d'elles, et que l'excès de leur tendresse leur fait perdre toute énergie, toute présence d'esprit.
Il y a des jeunes filles qui ont peur des voleurs, des revenants, des crapauds, des souris, et qui se voient emporter par un cheval fougueux sans pâlir. Interrogez les femmes, elles vous feront toutes une réponse différente : — Moi. je n'ai pas peur des revenants, mais j'ai peur des voitures; je reste une heure avant de me décider à traverser le boulevard, et quelquefois j'y renonce. — Moi. je n'ai pas peur des voitures; je n'ai peur que des chemins de fer. — Moi, j'ai peur sur un balcon, sur une montagne, j'ai le vertige. — Moi. j'ai peur des voleurs; je ne pourrais j)as dormir sims une lampe dans ma ch;imbre. — Moi, je n'ai peur que des morts; je ne peux pas traverser un cimetière sans frémir. — Moi. j'ai i)eur des fous. — Moi. des gens
ivres qui chantent des chœurs. — Moi, des boeufs. — Moi, des chauves-souris. — Moi, des araignées. — Moi, des couleuvres. — 3Ioi, des ennuyeux. — El vous, madame, oh! vous êtes calme, vous navez peur de rien? — Moi ! si, j'ai peur des lâches. — Et moi, j'ai peur de tout ce que vous venez de nommer. — A la bonne heure, vous n'êtes pas une femme inconséquente, vous !
Une femme égoïste, non-seulement de cœur, mais d'esprit, ne peut pas sortir delle-mème. Le moi est indélébile chez elle. Une véritable égoïste ne sait même pas être fausse.
C'est là un des principaux ennuis du grand monde : entendre quelquefois, pendant une soirée entière, des femmes jeunes et vieilles, même des jeunes filles, parler fortune, dots, rentes, héritages, propriétés, maisons de rapport, usufruits, substitutions, etc.. etc., avec un intérêt toujours croissant et une connaissance des faits admirable. Que des gens d'affaires, des commerçants s'appliquent à connaître la fortune de tous ceux qui les entourent, cela est tout simple : quand on a pour métier de vendre, il faut bien s'informer si ceux à qui Ion vend ont de quoi payer; mais dans un salon, mais pour des personnes qui ont la prétention d'être futiles et généreuses, cette science de la fortune générale, cette étude du bilan universel a quelque chose de dégoûtant et de misérable. 0 gens bien élevés! si votre vénalité vous porte à acquérir cette triste science, du moins que votre bon goût vous empêche de la faire valoir avec lant de pompe.
Les femmes!... Leur vanité est un abîme où Ton se perd!
Novembre 1836,
M. Janin a fait un article fort amusant sur le nouveau drame de MM. Ancelot et Paul Foucher, représenté dernièrement au Vaudeville. M. Janin reproche à M. de Balzac d'avoir inspiré : 1° la comédie de madame Ancelot; 2° le drame de M. Ancelot; 3° l'amour de toutes les femmes de quarante ans. C'est bien dur! Selon lui, on doit à M. de Balzac la découverte de la femme de quarante ans; il l'appelle le Christophe Colomb de la femme de quarante ans. « La femme de trente à quarante ans, dit-il, était autrefois a une terre à peu près perdue pour la passion, c'est-à-dire « pour le roman et pour le drame; mais aujourd'hui, grâce « à ces riantes découvertes, la femme de quarante ans règne « seule dans le roman et dans le drame. Cette fois le nou- (c veau monde a supprimé l'ancien monde, la femme de qua- « rante ans l'emporte sur la jeune fille de seize ans. — Qui « frappe? s'écrie le drame de sa grosse voix. — Qui est là? « s'écrie le roman de sa voix flùtée. — C'est moi, répond « en tremblant la seizième année aux dents de perle, au « sein de neige, aux doux contours, au frais sourire, au « doux regard : c'est moi! J'ai l'âge de la Junie de Racine, « de la Desdemona de Shakspeare, de l'Agnès de Molière, « de la Zaïre de Voltaire, de la Manon Lescaut de Prévost, « de la Virginie de Bernardin de Saint-Pierre. C'est moil <f j'ai l'âge, le bel âge fugitif et enchanté de toutes les jeunes « filles de l'Arioste, de Lesage, de lord Byron et de Walter
« Scott. C'est moi! je suis la jeunesse qui espère, qui est « innocente, qui jette sans peur dans l'avenir un regard « beau comme le ciel! j'ai l'âge de Cymodocée et d'Atala, « l'âge d'Eucharis et de Chimène! J"ai l'âge de tous les « chastes penchants, de tous les nobles instincts, l'âge de la « fierté et de l'innocence. Donnez-moi place, monseigneur! « Ainsi parle le bel âge de seize ans aux romanciers et aux « dramaturges; mais aussitôt romanciers et dramaturges « de répondre : Nous sommes occupés avec votre mère, (f mon enfant; repassez dans une vingtaine d'années, et « nous verrons si nous pouvons faire de vous quelque « chose. »
Eh ! mon Dieu ! est-ce la faute de M. de Balzac, si l'âge de trente ans est aujourd'hui l'âge de l'amour? M. de Balzac est bien forcé de peindre la passion oii il la trouve, et, certes, on ne la trouve plus dans un cœur de seize ans. Autrefois, une jeune fille se faisait enlever par un mousquetaire; elle s'enfuyait du couvent par-dessus le mur, à l'aide d'une échelle; et les romans de cette époque étaient remplis de couvents, de mousquetaires, déchelles et d'enlèvements. Julie aimait Saint-Preux à dix-huit ans; à vingt-deux, elle épousait par obéissance M. de Volmar : c'était le siècle. Dans ce temps-là le cœur parlait à seize ans; mais aujourd'hui le cœur attend plus tard pour s'attendrir. Aujourd'hui Juliej, ambitieuse et vaine, commence par épouser volontairement, à dix-huit ans, M. de Volmar; puis à vingt-cinq ans, revenue des illusions de la vanité, elle s'enfuit avec Sainl-Preux, par amour. Car les rêves du jeune âge maintenant sont des rêves d'orgueil. Une jeune fille n'épouse un jeune homme qu'à la condition qu'il lui donne un rang dans le monde, une belle fortune, une bonne maison. Un jeune homme qui n'a que des espérances est refusé; on lui pré-
férerait un vieillard qui n'a plus rien à espérer. Vous parlez des auteurs anciens, ils peignaient leur temps. Laissez M. de Balzac peindre le nôtre. La Janie de Racine, dites-vous? — Mais aujourd'hui elle choisirait bien vite Xèron pour être impératrice. — Manon Lescaut? — Mais vous la voyez mettre à la porte Desgrieux pour un vieux maréchal de l'empire. — Virginie? — quitterait Paul pour épouser M. de Labourdonnaie. — Atala? — Atala, elle-même, préférerait au beau Chactas le père Aubry, si le vieillard n'avait fait vœu de pauvreté. — Mais voyez donc un peu les femmes passionnées qui. de nos jours, font parler d'elles : toutes ont commencé par un mariage d'ambition ; toutes ont voulu être riches, comtesses, marquises et duchesses avant d'être aimées. Ce n'est qu'après avoir reconnu les vanités de la vanité qu'elles se sont résolues à l'amour ; il en est même qui ont recouru naïvement après le passé, et qui, à vingthuit ou trente ans, se dévouent avec passion au jeune homme obscur qu'à dix-sept ans elles avaient refusé d'aimer. M. de Balzac a donc raison de peindre la passion où il la trouve, c'est-à-dire hors d'âge. M. Janin a raison aussi de dire que cela est fort ennuyeux: mais, si cela est fort ennuyeux pour les lecteurs de romans, c'est bien plus triste encore pour les jeunes hommes qui rêvent l'amour, et qui en sont réduits à s'écrier dans leurs transports : « Que je l'aime! Oh! quelle a dû être belle! »
... Que madame une telle est gracieuse, ce soir! — Ah! mon Dieu ! vous m'alarmez, son mari va rentrer aux affaires. — Pourquoi? — C'est un symptôme; madame une telle n'es jamais polie que dans l'espérance.