‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 137 sur 279 · Histoire de Nicéphore, patriarche de Constantinople · texte numérisé non relu

Histoire de Nicéphore, patriarche de Constantinople

« l'a-t-on mis là ? dit-U. — Sire, lui dit-on, c'est parce qu'il a fait «des libelles contre vos ministres. — Le grand sot! dit le roi : « que ne les écrivait-il contre moi, on ne lui aurait rien fait. »

« Soixante-dix personnes conspirèrent contre l'empereur Basile* : « il les fil fustiger, on leur brûla les cheveux et le poil. Un cerf « l'ayant pris avec son bois par la ceinture, quelqu'un de sa suite « lira son épée, coupa sa ceintui e et le délivra : il lui fit trancher « la tôle, parce qu'il avait, disait-il, tiré l'épée contre lui. » Qui pourrait penser que sous le même prince on eût rendu ces deux 'ugements !

C'est un grand mal parmi nous de faire subir la même peine à celui qui vole sur un grand chemin et à celui qui vole et assassine. Il est visible que, pour la sûreté publique, il faudrait mettre quelque différence dans la peine.

A la Chine, les voleurs cruels sont coupés en morceaux 2 ; les autres, non : cette différence fait que l'on y vole, mais que l'on n'y assassine pas. En Moscovie, où la peine des voleurs et celle des assassins sont les mêmes, on assassine toujours. Les morts, y dit-on, ne racontent rien.

Quand il n'y a point de différence dans la peine, il faut en mettre dans l'espérance de la grâce. En Angleterre, on n'assassine point, parce que les voleurs peuvent espérer d'être transportés dans les colonies; non pas les assassins.

C'est un grand ressort des gouvernements modérés que les lettres de grâces. Ce pouvoir que le prince a de pardonner, exécuté avec sagesse, peut avoir d'admirables effets. Le principe du gouvernement despotique, qui ne pardonne pas, et à qui on ne pardonne jamais, le prive de ces avantages *.

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