CHAPITRE VI
De la corruption du principe de la monarchie.
Comme les démocraties se perdent lorsque le peuple dépouille le sénat, les magistrats et les'juges do leurs fonctions, les monarchies se corrompent lorsqu'on ôto peu h. peu les prérogatives des corps ou les privilèges des villes. Dans le premier cas, on va au despotisme de tous; dans l'autre, au despotisme d'un seul.
« Ce qui perdit les dynasties de Tsin et de Soui, dit un auteur « chinois, c'est qu'an lieu de se borner, comme les anciens, à « une inspection générale, seule digne du souverain, les princes « voulurent gouverner tout immédiatement par eux-mêmes 3. » L'auteur chinois nous donne ici la cause de la corruption de presque toutes les monarchies.
1. Venise est une des répuMiques qui a le mieux corrigé, par ses lois, les rnconvénifnts de l'aristocratie liéiéililaire.
2. Justin attribue à la mort d'F.paminondas l'extinction de la vertu à Athènes. N'ayant plus d'émulation, ils d(;|)pnscr(Mit leurs revenus en fêtes : Fréquent iui cœnam quam castra visentes, i> fréquentant les festins plus que les campsi. Pour lors les Macédoniens sortirent de l'obscurité. (Liv. VI.)
3. Compilation d'ouvrages faits sous les Mitig, rapportés par le P. Duhalde
La monarchie se perd lorsqu'un prince croit qu'il montre plus sa puissance en changeant l'ordre des choses qu'en le suivant ; lorsqu'il ôte les fonctions naturelles des uns pour les donner arbitrairement à d'autres ; et lorsqu'il est plus amoureux de ses fantaisies que de ses voloniés.
La monarchie se perd lorsque le prince, rapportant tout uniquement à lui, appelle l'État à sa capitale, la capitale à sa cour, et la cour à sa seule personne.
Enfin elle se perd lorsqu'un prince méconnaît son autorité, sa situation, l'amour de ses peuples, et lorsqu'il ne sent pas bien qu'un monarque doit se juger en sûreté, comme un despote doit se croire en péril.