Lettre
Il remplit le vide des autres étals '. » Des prêtres : « Les dervis ont entre leurs mains presque toutes les richesses do l'État : c'est une société de gens avares qui prennent toujours et ne rendent jamais ^. » Des riches : « A force de mépriser les riches, on vient enfin à mépriser les richesses. » Des fermiers généraux : « Ceux qui lèvent les tributs nagent au milieu des trésors : parmi eux il y a peu de Tantales ^. » De l'Université : « L'Université est la fille aînée des rois de France, et très aînée ; car elle a plus de neuf cents ans ; aussi rêve-t-elle quelquefois *. » Enfin l'abus des pensions et des faveurs royales lui suggère un morceau d'une ironie sanglante, inspirée à la fois par le mépris des cours et par l'amour du peuple ^.
Cet esprit de satire et d'ironie, dans ce qu'il a ici d'excessif, tient sans doute à la jeunesse; car Montesquieu nous a appris plus tard « qu'il n'avait pas l'esprit désapprobateur ». Mais quelques-unes des idées des Lettres persanes subsisteront et se retrouveront dans YEsprit des lois. L'une des plus importantes, c'est l'effroi du despotisme, et le sentiment des vices de^cette forme de gouvernement. Il voit déjà la pente qui entraînre^ les monarchies européennes vers le despostime : « La plupart des gouvernements d'Europe, dit-il, sont monarchiques, ou plutôt sont ainsi appelés; car je ne sais pas s'il y en a jamais eu véritablement de tels. Au moins est-il difficile qu'ils aient subsisté longtemps dans leur pureté. C'est un état violent qui dégénère toujours en despotisnie ou en république. La puissance ne peut jamais être également partagée entre le prince et le peuple. L'équilibre est trop difficile à garder ®. A cette époque Montesquieu n'est pas encore frappé du mécanisme gouvernemental par lequel les Anglais