Lettre eu
ont essayé de trouver un moyen terme entre le despotisme et la république ; il ne connaissait encore que les instiUitions de la monarchie traditionnelle et aristocratique, antérieures à Richelieu; mais déjà il avait remarqué le caraclère niveleur de cette autorité « qui avait tout abattu « ; déjà il pressentait, comme il le dira plus tard dans VEspi'it dés Icis, qu'elle tendait soit au despotisme soit à l'état populaire. Déjà aussi il avait ce don remarquable de saisir dans un (ait particulier et précis toute une série de causes et d'effets. C'est ainsi que l'invention des bombes lui paraît être une des causes qui ont amené en Europe la monarchie absolue. « Ce fut un prétexte pour eux d'entretenir de gros corps de troupes réglées, avec lesquelles ils ont dans la suite opprimé leurs sujets '. »
Néanmoins Montesquieu a très bien saisi la différence des monarchies européennes et des monarchies asiatiques. Il montre admirablement comment le pouvoir des monarques européens est en réalité plus grand que celui des despotes asiatiques, précisément parce qu'il est plus limité *.
Mais déjà on voit poindre dans Montesquieu le goût d'un autre état politique que celui de la monarchie absolue. Déjà la liberté anglaise exerce évidemment un grand prestige sur son esprit. 11 parle, non sans admiration secrète, « de l'humeur impatiente des Anglais qui ne laissent guère à leur roi le temps d'appesantir son autorité « ; et qui, se trouvant les plus forts contre un de leurs rois, ont déclaré « que c'était un crime de lèse-majesté à un prince de faire la guerre à ses sujets ». Il ne saisit pas bien encore les ressorts du gouvernement anglais, qu'il découvri[ a plus tard avec une merveilleuse profondeur: mais il est frappé du spectacle étrange qu'offre à ses yeux un pays « où l'on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sédition : le prince toujours chancelant sur un trône inébranlable; une nation impatiente, sage dans sa fureur môme. » A côté de ce