‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 201 sur 279 · LIVRE XI, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE VI

de Crète et de Lacédéraoae, où les cosmes'^ et les dphores^ ne rendaient point compte de leur administration.

Mais, quel que soitcet examen, le corps législatif ne doit point avoir le pouvoir de juger la personne, et par conséquent la conduite de celui qui exécute. Sa personne doit être sacrée, parce qu'étant nécessaire à l'Etat pour que le corps législatif n'y devienne pas tyraiinique, dès le moment qu'il serait accusé ou jugé, il n'y aurait plus de liberté.

Dans ces cas l'Etat ne serait point une monarcliie, mais une republique non libre. Mais comme celui qui exécute ne peut rien exécuter mal sans avoir des conseillers méchants et qui baissent les lois comme ministres, quoiqu'elles les favorisent comme hommes, ceux-ci peuvent être leclierchés et punis. Et c'est l'avantage de ce gouvernement sur celui d^ Gnide, où la loi ne permettant point d'appeler en jugement les amymones^, même après leur administration*, le peuple ne pouvait jamais se faire rendre raison des injustices qu'on lui avait faites.

Quoique en général la puissance de juger ne doive être unie à aucune partie de la législative, cela est sujet à trois exceptions fondées sur l'intérêt particulier de celui qui doit être jugé.

Les grands sont toujours exposés à l'envie; et, s'ils étaient jugés par le peuple, ils pourraient être en danger, et ne jouiraient pas du privilège qu'a le moindre des citoyens dans un Etat libre, d'être jugé par ses pairs. Il faut donc que les nobles soient appelés, non pas devant les tribunaux ordinaires de la nation, mais devant cette partie du corps législatif qui est composée de nobles^

Il pourrait arriver que la loi, qui est en môme temps clairvoyante et aveugle, serait, en de certains cas, trop rigoureuse. Mais les juges de la nation ne sont, comme nous avons dit, (jue la bouche qui prononce les paroles de la loi, des êtres inanimés qui n'en peuvent modérer ni la force ni la rigueur. C'est donc la partie du corps législatif que nous venons de dire être, dans une autre occasion, un

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