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LES CLOCHES DE L'INCARNATION DANS L'ANTIQUE ANGLETERRE

Il fut un temps, dans les siècles de foi, où le pays ne serait pas demeuré silencieux, comme il Test maintenant en ce jour, la veille du vingt-cinq mars. La suave et religieuse harmonie de cloches sans nombre annoncerait les vêpres de la glorieuse fête de l'Incarnation. De l'Orient, du centre de la foi, de Rome, la grande nouvelle viendrait vers le déclin du joui* De cités en cités, de villages en villages, elle descendrait les pentes des Alpes, traverserait les flots azurés des mers, et elle passerait par-dessus les forêts encore dépouillées de leurs feuilles et les monceaux de neige encore gelés sur les montagnes incultes de la France. Les vagues glacées se couronneraient d'une brillante écume au moment où le carillon joyeux traverserait l'étroit canal qui nous sépare. Et si c'était au temps de Pâques, elle doublerait pour les hommes les joies de la résurrection ; et si c'était dans la sainte quarantaine, elle serait un véritable avant-goût des solennités pascales.

A un instant donné , la première cloche d'Angleterre n'aurait pas encore retenti, et puis Calais aurait annoncé la nouvelle à Douvres , et l'église et les chapelles n'auraient pas tardé à la communiquer joyeusement à l'antique métropole saxonne de Cantorbéry. De là, semblable à une tempête d'harmonie, la nouvelle de ce décret éternel du Dieu dont émane toute la création, se serait répandue sur la surface de File chrétienne. Les saints « dans leurs lits » se réjouiraient de l'entendre : Augustin, Wilfrid et Thomas à Cantorbéry; Edouard à Westminster ; notre chevaleresque premier martyr, toujours sous les armes, parmi les prés fleuris, dans su grande abbaye de Saint-Alban ; Osmond à Salisbury, Thomas à Herttord, Richard le Merveilleux à GMcaester, Jean

à Beverley ; tout un chœur de Saints, avec le doux saint William à York, et plus loin le glorieux saint Cuthbert, reposant en paix dans la pompe pontificale sous les fortifications de son abbaye, qui est assise sur les sept collines de Durham. Avec la fraîche brise du soir, le vaste concert des joyeuses tours se répandrait sur les forêts du comté de Kent, parmi leurs chênes que la mousse couronne et sur lesquels s'agite l'antique gui des druides. Les humbles et basses églises de Sussex le porteraient, lorsque le jour approcherait de sa fin, à Salisbury, à Exeter et au comté de Cornouailles, fier de son titre de vassal de saint Michel. Avec la rapidité de l'éclair, il remonterait la Tamise jusqu'aux nombreuses églises de Londres, dont les clochers, aussi serrés que les mâts des vaisseaux qui remplissent ses ports, s'animeraient de l'harmonie triomphante de leurs carillons aériens, auxquels viendrait se mêler la voix grave et solennelle de la grande cloche nationale dans la tour de Fantique cathédrale de Saint-Paul. Maint temple majestueux dans les comtés de Suffolk'et de Norfolk prolongeraient leurs accents jusqu'à ce que, quittant les bords de la mer, ils pénétreraient dans les régions intérieures émaillées de monastères et fières de leurs églises paroissiales, qui seraient ailleurs de magnifiques cathédrales. Cependant ils continueraient à remonter la Tamise par Windsor, l'abbaye de Reading et les tours grisâtres d'Abingdon ; Oxford, avec ses cent cloches, les ferait entendre par-dessus les plaines et les marais à Gloucester, à Worcester, et même jusqu'à Warwick et Shrewsbury ; tandis qu'au midi leurs sons se mêleraient avec les accords venus directement de Cantorbéry, à travers le fertile comté de Somerset, dont les églises portent le sceau des Tudors, au pied de l'antique enceinte légendaire de Glastenbury et sur les quais de Bristol, dont les marchands princiers ont abjuré le commerce des esclaves à la voix de saint Wulstan. Au centre du grand marais, à l'endroit où les rayons de la lune traversant le brouillard semblent transformer eh un pays féerique les

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