LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE MARIE ET S. JOSEPH
temps ! Elle prit naissance au sein d'une confrérie, dans la blanche cité d'Avignon, et fut bercée par le courant rapide du Rhône, ce fleuve sur les flots duquel surnage la mémoire de tant de martyrs, qui arrose Lyon, Orange, Vienne et Arles et se jette dans cette mer qui baigne les rivages de la Palestine. La terre que la contemplative Madeleine avait consacrée par sa vie solitaire, où Marthe et son école de vierges avaient chanté les louanges de Dieu, où Lazare avait porté une mitre à la place d'un suaire, fut aussi le lieu où celui qui avait réuni en lui d'une manière si merveilleuse la double dévotion de Marie et de Marthe reçut ses premiers honneurs. C'est là que son culte prit naissance, pour se répandre ensuite dans l'Église universelle. Gerson fut suscité pour être le docteur et le théologien de cette nouvelle dévotion, sainte Thérèse pour en être la sainte, et saint François de Sales pour l'enseigner et la répandre parmi le peuple. Les maisons du Garmel furent pour elle comme la sainte maison de Nazareth, et les collèges des Jésuites le lieu paisible de son séjour au milieu de la sombre Egypte. Les âmes contemplatives la reçurent et en firent leur nourriture ; celles qui aimaient une vie active s'en saisirent et allèrent en son nom soigner les malades et donner à manger à ceux qui avaient faim. Le peuple des travailleurs s'y attacha : car le saint et son culte lui appartenaient à des titres égaux. Les jeunes gens se laissèrent aller à son attrait, et elle les rendit purs; les vieillards se reposèrent sur elle, et ils trouvèrent la paix dans son sein. Saint Sulpice l'adopta, et elle devint l'esprit du clergé séculier, et lorsque la grande société de Jésus eut cherché un refuge dans le Sacré-Cœur, et que ses membres, dispersés sous le nom de Pères du Sacré-Cœur, entretenaient leurs lampes allumées afin qu'elles fussent prêles au jour de la résurrection de la Compagnie, ils demandèrent à la dévotion à saint Joseph leur repos et leur consolation, et ils jetèrent les semences d'une nouvelle dévotion au cœur de saint Joseph, qui promet de produire un jour des fleurs et des fruits.
C'est ainsi que la belle dévotion à saint Joseph attira à elle les Ordres religieux et les Congrégations, les grands et les petits, les jeunes gens et les vieillards, les ecclésiastiques et les laïques, les écoles et les confréries, les hôpitaux avec les salles d'asile et les pénitenciers ; c'est ainsi qu'on la voit partout soutenant Jésus, partout marchant auprès de Marie, et projetant partout la douce image duPère Éternel. Puis, lorsqu'elle eut rempli toute l'Europe de ses suaves parfums, elle traversa l'Atlantique, s'enfonça dans les forêts vierges, embrassa tout le Canada, devint pour les missionnaires un auxiliaire puissant, et des millions de sauvages firent retentir, au coucher du soleil, les bois et les prairies du nouveau monde des hymnes en l'honneur de saint Joseph et des louanges de ce Père nourricier de Notre-Seigneur. . .
Se (Laint-Sacrement, i, pp. 193-199.)
MARIE CORÉDEWPTRICE
Quand nous réfléchissons aux moyens de décrire, le mieux possible, les douleurs de Marie, nous reconnaissons de plus en plus qu'elles sont en réalité indescriptibles. Nous n'en voyons que l'apparence extérieure, et il n'y a point de signes par lesquels cette apparence même puisse être représentée. Celui qui jette les yeux sur le vaste Océan Atlantique voit une immense quantité d'eau qu'entoure de toutes parts un blanc horizon ; mais cette vaste étendue d'eau ne dit rien ni de la vie aux formes variées et nombreuses qu'elle renferme dans son sein; ni des jardins maritimes et enchantés, remplis d'herbes aux vives couleurs ; des bois de pourpre ; des épais buissons d'un vert doré ; des grottes creusées en de fantastiques rochers et