LIVRE SIXIÈME. — DE BETHLÉEM A NAZARETH. i-i
de toutes les âmes qui quittaient la terre en ce moment. Mais il n'y avait pas de place pour eux. Le village était occupé d'autres choses plus importantes selon la manière du monde d'estimer ce qui est important. Les officiers impériaux, préposés au dénombrement, étaient là les homme;? importants. Les visiteurs riches réclamaient naturellement ce que les hôtels pouvaieot offrir de meilleur. La plupart des maisons particulières avaient reçu des parents de la campagne. Chacun était occupé. Ce groupe obscur de Nazareth, ce charpentier de Galilée, cette femme mère, ce Verbe caché, il n'y avait pas de place pour eux. Ils ne la réclamaient pas d'ailleurs avec assez de polie importunité. 11 est rare que la modestie soit persuasive. Un extérieur réservé est peu éloquent auprès de la généralité des hommes. Si Dieu ne produit pas du bruit dans son propre monde, il est ignoré ; s'il en produit, il est regardé comme importun et tyran. Voici que vient à Bethléem le véritable Cé.;ar, le Roi de tous les Césars romains, et il n'y a pas de place pour lui, et on ne le connait pas. « C'est sa faute, dira le monde. Il « vient d'une manière qui n'est pas digne. Il n'apporte aucune « preuve authentique de ses droits. Il commence par se mettre « dans une fausse position : car il vient se faire enrôler comme « sujet, au lieu de réclamer les hommages comme souverain. « En agissant ainsi, il espère que nous le comprendrons : il « croit sans doute que nous saurons où regarder pour le trou - « ver et à quel moment nous devons l'attendre. » Il y avait, même dans la faible lumière qui environnait Bethléem cette nuit, une ombre du Calvaire. De même que personne à Jérusalem ne voudra le recevoir pendant la semaine sainte, ni lui donner à manger ( si bien qu'il sera obligé chaque soir de retirer à Béthanie), ainsi personne à Bethléem ue voudra le recevoir, ni lui donner un abri à l'ombre duquel il pu
naître
[Bethléem, I.pp. 163-165.)