‹ Esprit du p. FaberChapitre 131 sur 435 · LIVRE SIXIÈME. — DE BETHLÉEM A NAZARETH · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. — DE BETHLÉEM A NAZARETH

deux époux étaient de bonne famille, mais qu'ils étaient tombés dans la pauvreté. Telle serait la manière dont le monde enregistrerait la venue de son Créateur. Le monde est conséquent, mais il n'est pas possible de l'instruire. L'expérience ne lui a rien enseigné. Aujourd'bui encore; il l'enregistre de la même manière.

Arrêtons-nous sur le penchant de la colline. Considérons la nuit qui s'épaissit, et pensons à la vaste surface de la terre qui s'étend aux environs et bien loin de ce sanctuaire nouveau et obscur que Dieu va sanctifier au moyen d'une consécration aussi authentique. Une grande partie de la terre est occupée des affaires de Rome. Les courriers se pressent de tous côtés sur les grandes routes de l'Empire. Les intérêts des grandes colonies donnent de l'emploi et de l'occupation à un bon nombre d'hommes d'État et de gouverneurs. La grande cité de Rome elle-même est le centre d'une activité intellectuelle et pratique qui se fait sentir jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'Empire. Sur quelques intelligences, sur celles surtout qui sont douées d'une trempe plus philosophique, le développement de la corruption morale et certaines autres questions sociales aussi graves pèsent lourdement. Il y a aussi des hommes de loi qui concentrent toute leur application sur les causes qui leur sont soumises. D'immenses armées, véritables républiques, se lèvent rapidement pour être bientôt les capricieuses maîtresses du monde. Mais nulle part, dans la vaste étendue de la politique romaine, on n'aperçoit une trace de la grotte de Bethléem. Aucune ombre prophétique n'apparaît audessus de la scène. Toutes ces choses portent l'apparence de la stabilité. Le système, quelque vaste qu'il soit, agit comme une machine parfaitement construite. Personne ne se doute de quoi que ce soit. Il ne serait pas facile au monde d'être plus indifférent pour Dieu qu'il ne l'était alors. Il ne serait pas facile au monde d'avoir moins égard à Dieu qu'il ne l'avait alors. Personne ne cherchait à découvrir l'intervention divine,

si ce n'est peut-être quelques oracles qui, en bégayant la vérité, troublaient un cercle étroit, dont la superstition était dans le monde païen ce qui ressemblait le plus à la Religion. Dans le palais des Césars, qui pensait à ce César non encore né dans sa grotte ? Que de fois Dieu semble envoyer aux nations un esprit de torpeur qui les prive de leurs sens, précisément au moment où il est sur le point de les visiter. Et cette manière d'agir ne parait pas tant être un jugement exercé contre elles, qu'un désir jaloux d'assurer sa propre retraite et l'invisibilité de son action.

Il y a un monde grec aussi, au-dedans de ce monde romain. C'est un inonde d'intelligence, de pensée, de discussion, de distraction honorable pour les vaincus, refuge de ceux dont l'indépendance nationale a cessé d'exister. Il y a là bien des têtes qui bâtissent des systèmes. 11 y a là bien des hommes qui trouvent la vie suffisamment remplie par l'intérêt que leur offre un stérile éclectisme. Il y a là tout un monde de pensées sans nombre. Et cependant, daûs toute cette multitude de pensées, qu'il y en a peu pour Dieu ! Partout se voit une ombre de vérité défigurée ; partout se rencontrent des témoignages de ce que la raison peut exécuter, réunis avec les tristes indices de ce qu'elle n'a pas pu accomplir. Mais les systèmes les plus solides seront réduits en poudre par le Sage non encore né qui est caché dans cette Grotte. Sa philosophie sera opposée à la leur. L'enfant chrétien possède aujourd'hui dans sou catéchisme plus que Platon n'a jamais pu deviner, en même temps qu'il est doué d'une sagesse pratique que le stoïcien pourrait admirer et lui envier. En vérité, le monde de la philosophie avait besoin de l'enfant de Bethléem. Mais il n'avait pas la conscience de ce besoin, pas plus qu'il ne soupçonnait l'arrivée de cet Enfant. Quoiqu'il ait cherché la vérité pendant des centaines d'années, il ne la reconnaîtrait pas quand elle viendrait et qu'elle le regarderait en face. Le vent murmure à travers les plaines dépouillées de feuilles au milieu des-

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