‹ Esprit du p. FaberChapitre 132 sur 435 · LIVRE SIXIÈME. — DE BETHLÉEM A NAZARETH · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. — DE BETHLÉEM A NAZARETH

quelles coule l'Ilissus; mais dans cette partie de la terre, qui pense que, lorsque minuit arrivera, le Dieu inconnu des écoles impuissantes d'Athènes sera un enfant, un petit enfant muet sur la terre ?

Tout autour, il y a le monde plus rapproché et plus étroit dans lequel s'agite le mécontentement des Juifs. Une nation vaincue offre toujours un spectacle pénible. Mais jamais le spectacle n'est plus triste que lorsqu'elle ne fait que s'agiter dans une sédition stérile et inefficace, sans jamais s'élever à l'héroïsme d'une généreuse croisade pour la liberté. Tel était l'état du peuple Juif pendant cette nuit. Le recensement déterminait sans doute bien des propos stériles au sujet des Maccbabées, parmi ceux qui ne jouissaient pas des revenus de quelque emploi romain. Il y avait l'obéissance rendue de mauvaise grâce à l'étranger, et l'ardeur brûlante des vieux souvenirs. Il y avait les intrigues des factions intérieures, et la petitesse d'une nationalité ombrageuse qui aime mieux entretenir ses griefs que de s'élever à cette patience énergique qui attend le moment convenable de frapper le grand coup pour la liberté. Comme toutes les nations mal à l'aise, les Juifs cherchaient à découvrir un libérateur, et ils s'imaginaient à chaque instant l'avoir trouvé. Mais ils avaient perdu le discernement. La magnificence spirituelle même de leurs anciennes prophéties les aveuglait. Ils regardaient dans toutes les directions plutôt que de se tourner vers la grotte de Bethléem. Lorsque le Messie vint, il fut pour eux une pierre de scandale plutôt qu'un sujet d'espérance ; et en même temps qu'ils versaient leur propre sang pour des prétendants, ils répandaient le sang de leur véritable roi dans le désappointement et le dégoût. La légion, si splendide et à l'air si martial, qui devait s'élancer pour conquérir et racheter le monde sortira de la grotte de Bethléem quand quarante jours se seront écoulés; mais le peuple déchu n'a pas d'yeux pour reconnnaitre la splendeur céleste de cette nouvelle tactique, qui ne remporte de tiïom

plies que dans les profondeurs de l'humiliation. Le nouveau Macchabée ne ressemble pas à ce que leur ont dit les traditions nationales.

Prenons une autre scène. Les nations de la terre ont beaucoup changé depuis cette époque. Mais considérez cet empire en quelque sorte immuable de la Chine, cette civilisation si avancée et cependant si immobile, cet empire qui parait s'être amusé à prendre le titre de céleste, parce qne son génie est si éminemment et si exclusivement matériel. Regardez ces rivières qui coulent à plein bord à travers des myriades de jardins et qui répandent incessamment la verdure sur des plaines dont les divisions artistement combinées et cultivées avec Tattention la plus minutieuse semblent former un magnifique tapis. Regardez ces gracieuses collines taillées en pentes et en terrasses, et où chaque petit coin de terre a été économisé, chaque petit filet d'eau mis à profit avec le plus grand soin. Voyez comme ce vaste royaume regorge de vie humaine, à tel point qu'il y a à peine place pour toute autre vie que la vie des hommes ; voyez encore avec quelle exigence et cependant, de quelle manière bizarre la tradition, la loi et la coutume ont divisé, organisé et perfectionné celte vie humaine. La masse môme de ces corps réunis en aussi grand nombre amène à notre esprit la pensée douloureuse de tant d'âmes qui, malgré leur multitude, sont considérées séparément et individuellement par l'œil de Dieu, âmes qui périssent faute de l'application du Précieux-Sang. La Chine a fait naître, dans notre peu de foi et dans notre étroite charité, plus de pensées téméraires par rapport à Dieu que toutes les autres nations de la terre réunies ensemble. Nous sommes embarrassés lorsque nous venons à méditer sur cet énorme essaim de vie humaine, où les âges ont suivi les âges et où Dieu est encore si méconnu. Comme la Chine sentait peu la nécessité d'un Rédempteur pendant cette nuit de décembre ! combien peu elle la sent encore actuellement ! Il n'est peut-être pas de coin sur la terre

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