LIVRE HUITIÈME. — L'EUCHARISTIE
milliers d'hommes peuvent en dépendre. En ce moment même, la plus grande partie des rapports de la terre avec le ciel ont lieu directement ou indirectement par le moyen des Sacrements. Il y a sur la terre un monde de douleurs bien sauvage et bien étendu; mais les Sacrements versent la rosée de la paix sur ses vastes régions. Ils sont à l'œuvre dans les scènes invisibles qui se trouvent au fond des cœurs, et ils y changent des citernes d'amertume en fontaines jaillissantes de rafraîchissement et de vie. Ils sèchent les larmes de la veuve, ils font naître des bienfaiteurs inattendus pour les orphelins, ils fortitifient les faibles, ils versent le baume dans les cœurs désespérés, ils raniment les tièdes, ils couronnent ceux qui luttent, et ils font tout pour ceux qui vont rendre le dernier soupir. De même que les animaux se présentèrent devant Adam pour recevoir un nom, ainsi les douleurs des mortels viennent à toute heure et en foule vers les Sacrements pour y recevoir la bénédiction du second Adam. Dans un endroit de la terre, en ce moment peut-être, une communion donne la vocation à un jeune apôtre, qui, dans quelques années, ira porter l'Évangile aux tribus populeuses des montagnes de FAsie, ou sur les bords des rivières récemment découvertes, en ces régions silongtemps inconnues de l'Afrique. Des multitudes dans les deux seront redevables de leur éternel bonheur à cette seule communion. Mais le monde des joies n'est guère moins vaste sur la terre que le monde des douleurs. Les Sacrements sont encore là, et ils purifient, ils élèvent, ils sanctifient, ils multiplient et ils surnaturalisent des multitudes de ces jouissances légitimes. 'Cependant il y a une différence entre l'action qu'ils exercent sur les peines et celle qu'ils exercent sur les joies. Ils ne causent pas de douleurs ; ils ne causent pas de deuil ; ils ne produisent pas de ténèbres ; tandis qu'ils sont une cause perpétuelle de contentement et de bonheur. De nouvelles splendeurs brillent en eux à chacun de leurs mouvements, et chacune de ces splendeurs est une jubilation nouvelle. Les
Sacrements sont des sources de bonheur pour toute la terre. Ils couvrent môme de verdure les sables monotones de la vie ; ils font fleurir le désert ; ils couronnent de fleurs les rochers arides, et ils embellissent de leur douceur les plus sombres solitudes. Qui peut dire quelle mélodie la bonté des hommes fait entendre en ce moment aux oreilles de Dieu, grâce aux joyeuses inspirations des Sacrements? En vérité, la joie humaine est une chose magnifique, un véritable hommage d'adoration offert au Créateur. En dehors de Dieu, il n'est pas de beauté qui puisse lui être comparée, si ce n'est l'éternel jubilé des Anges. Mais les joies que les Sacrements ont sanctifiées, et encore plus les joies que les Sacrements ont engendrées, qui peut dire leur suavité pour la tendre complaisance de notre Père céleste ?
Cependant, dans la vie de tous les hommes, il y a toujours le même retour des mêmes vicissitudes. C'est ce retour qui les ramène à l'unité malgré leur variété. C'est comme le refrain dans un chant, qui se représente avec autant d'à-propos après tous les couplets, qu'ils aient été inspirés par la joie ou par la douleur. Les vicissitudes communes à tous les hommes sont plus touchantes que celles qui sont seulement le partage de quelques individus. Elles donnent naissance à un sentiment plus profond ; elles sont plus touchantes, parce qu'elles sont plus naturelles. Ce sont des visites de Dieu plus divines, parce qu'elles sont plus générales. Et c'est à elles que les Sacrements s'attachent avec leurs instincts d'amour. Les temps, les vocations, les états, les crises de la vie humaine, sont étroitement serrées par la chaîne des Sacrements qui les environne de ses sept replis différents. Si nous nous arrêtons à toutes ces considérations, nous verrons qu'il n'y a aucune exagération à dire que l'existence seule des Sacrements rend la création toute différente de ce qu'elle aurait été sans eux.
Mais qui peut parler dignement des Sacrements?
(Le Précieux Sang, pp. 142-162.)