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LA TRANSSUBSTANTIATION

La Transsubstantiation est le résumé de tous les miracles, et ce mystère peut se décomposer en douze miracles ou actions miraculeuses. Je ne m'arrêterai pas à discuter la signification précise et technique du mot « miracle. » Supposons que nous le prenions dans le sens le plus large. Parmi ces douze miracles, deux ont rapport à la substance du pain et du vin, deux aux espèces, six au corps de Notre-Seigneur et à ses « concomitants, » deux autres enfin au prêtre qui consacre. Nous allons parler de chacun d'eux en particulier.

Le premier miracle consiste dans la destruction, l'anéantissement, la disparition de la substance du pain et du vin. Il n'est pas ordinaire, dans le langage théologique, de dire que ces deux substances sont anéanties, parce que, dans l'intention

de Dieu, la cessation de leur existence n'aboutit pas au néant, mais à une substitution: c'est le corps et le sang de Jésus-Christ qui ont pris leur place. Néanmoins, il ne demeure rien de ces substances, du pain, par exemple; il n'en demeure ni forme ni matière, ni existence, à quelque degré que ce soit; mais le tout disparaît complètement et semble anéanti comme si rien ne devait le remplacer. Nous savons que, si Dieu allait restreindre ou comprimer l'énergie et l'action dont il remplit l'univers, celui-ci retomberait dans le néant d'où la volonté du Tout- Puissant l'a jadis évoqué. L'influx de Dieu, dans la création, pour nous servir d'un mot emprunté à l'École, est nécessaire, non-seulement pour en retenir - ensemble les diverses parties, mais pour en assurer l'existence. L'action de Dieu pénètre le monde entier, circule dans toutes ses parties et leur communique son indicible Yitalitè,sub$tanti fiant, (pour nous servir d'un autre terme peu gracieux, mais expressif, du langage scolastique), tout ce qui se trouve en contact avec elle. Or, c'est précisément cet influx, c'est cette action qu'il supprime, qu'il retire, contrairement à ses lois générales, aux substances du pain et du vin dans l'adorable sacrifice. Elles perdent aussitôt leur privilège de créatures, se flétrissent, périssent et retombent dans leur néant primitif. Ce miracle est un exemple de ce que Dieu pourrait faire du monde entier, s'il le traitait comme il traite ces substances. Mais il l'a créé pour exister à jamais, et, hormis le cas particulier que nous venons de considérer, il soutiendra sa création, esprit et matière, dans toute l'éternité. Le second miracle, qui concerne aussi les substances du pain et du vin, consiste dans la reproduction et la restitution des substances anéanties, lorsque les espèces sont corrompues ou changées, et que Notre- Seigneur s'est retiré. Bien que séparées de la substance qui les soutenait, elles en subissent les lois, et sont susceptibles de changement après un certain laps de temps. Ainsi, lorsque le changement des espèces est arrivé au point où il ne serait pas naturel que les substances ordi-

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