LIVRE HUITIÈME. — L'EUCHARISTIE
noires du pain et du vin existassent sans éprouver d'accidents, alors, en vertu de sa sagesse et de sa toute-puissance, Notre- Seigneur ramène et réduit ces substances, retire sa présence sacramentelle, et les lois générales de la création reprennent leur cours interrompu. Ces révolutions s'accomplissent dans un si grand mystère, que nul signe extérieur ne vient trahir la disparition ni le retour des substances primitives; de sorte que rien ne s'oppose à l'exercice méritoire d'une foi surnaturelle. Ce n'est pas non plus une matière nouvelle qui vient remplacer le corps de Jésus-Christ : c'est l'ancienne qui est rendue à son premier état. Ces deux miracles touchant les substances du pain et du vin sont, pour nous servir de l'expression énergique d'un saint docteur, tellement exotiques, tellement étrangères à l'ordre naturel des choses, que nous ne connaissons rien qui puisse leur être comparé en dehors du mystère de la Transsubstantiation.
Le premier des djeux miracles qui concerne les espèces, c'est qu'elles existent et se maintiennent sans reposer sur quoi que ce soit.Les espèces sacramentelles demeurent, lorsque leur substance a disparu : Notre-Seigneur a pris la place de cette substance. Les espèces reposent sur lui, bien qu'elles ne le touchent point. Et, de même que dans l'Incarnation ha sainte humanité n'a point de personne humaine qui la soutienne; ainsi, dans le mystère de la transsubstantiation, les accidents n'ont point de substance qui les supporte. C'est là une des nombreuses affinités qui relient entre eux ces deux Mystères resplendissants de sainteté et de magnificence.
Le second miracle qui concerne les espèces, c'est qu'elles sont exposées aux mêmes cas, reçoivent les mêmes impressions et sont accompagnées des mêmes qualités que si leurs substances n'avaient pas été détruites. C'est ainsi qu'elles s'échauffent, se refroidissent, se dessèchent et subissent des mutations analogues ù celles qu'elles auraient subies si rien n'était changé dans leur mode d'existence
Il nous reste à considérer les six miracles qui ont rapport au corps de Notre-Seigneur et aux circonstances qui l'accompagnent. Le premier , c'est la production , sous les espèces du pain et du vin, du corps et du sang de Jésus- Christ, lesquels existent et demeurent dans le ciel : de telle sorte cependant qu'il n'est pas moins véritablement, moins réellement, moins substantiellement dans l'hostie, qu'il ne l'est dans le ciel. Ce dogme magnifique est de foi divine. Quand une fois votre esprit aura acquis une idée claire de ce mystère, les résultats ne tarderont pas à se manifester dans votre cœur par un redoublement d'amour et une adoration plus profonde.
Le second miracle, qui concerne le corps de Notre-Seigneur, est la présence de son âme adorable qui l'accompagne sous les espèces avec toute sa sainteté, son amour, la vision béatilique dont ellejouit, tousles ornements enfin et tous les dons naturels et surnaturels dont elle est revêtue. Selon le langage du concile de Trente, nous disons que l'âme de Notre-Seigneur est présente sous les espèces, non par la force des paroles de la consécration, mais par concomitance: c'est-à-dire qu'il est convenable et honorable pour le corps de Notre-Seigneur qu'il soit accompagné de son âme dans toute la splendeur de sa beauté et d'une manière aussi réelle que le corps est lui-même présent da"ns le Sacrement. Il n'était donc pas nécessaire que l'âme de Jésus vint sous l'hostie, et elle ne s'y rend point directement, en vertu de la consécration. Et, bien que sa présence soit le résultat de son union naturelle avec le corps du Christ, comme le Concile nous l'apprend, toutefois, de même que le corps a été produit sous les espèces en vertu d'un influx divin, intime -et particulier, qui n'affecte point l'âme ; ainsi la présence de l'âme exige un nouvel influx également producteur et distinct qui en louche la substance, comme le premier a touché la substance du corps. De sorte qu'il faut ici un nouvel acte de puissance pour produire l'âme de Jésus-Christ sous