LIVRE HUITIÈME. — L'EUCHARISTIE
les espèces, et qu'elle s'y trouve aussi véritablement, aussi réellement, aussi substantiellement que le corps lui-même.
Le troisième miracle relatif au corps de Jésus-Christ, c'est la présence, sous les espèces, de l'union hypostatique en vertu de laquelle la chair et l'âme sont unies au Verbe divin. La chair de Jésus-Christ reçoit sa dignité et toute sa puissance de sanctification de cette union, qui existe sous les espèces, par suite d'un- acte producteur qui émane d'elle-même. En effet, bien que le Verbe divin soit partout, toutefois l'union du corps et du sang de Jésus-Christ ne jouit pas de l'ubiquité parce que l'âme et le corps de Jésus-Christ ne se trouvent pas dans tous les lieux, mais qu'ils sont circonscrits à des endroits particuliers. Néanmoins l'union hypostatique appartient tellement à leur essence, qu'ils ne peuvent exister sans elle. C'est pourquoi, de même que le corps et l'âme de Jésus-Christ sont présents dans le Saint- Sacrement en vertu d'un acte particulier ainsi en est-il de leur union avec le Verbe. Donc le Verbe divin est présent dans le Saint-Sacrement par concomitance; c'est-à-clire, non-seulement en raison de l'immensité qui fait que, comme Dieu, il se trouve en toute chose, mais aussi en raison de l'union hypostatique. De là nous pouvons tirer encore une conclusion, c'est que .Je Père et le Saint-Esprit sont aussi présents sous les espèces, non point par l'effet d'un acte producteur, dont l'influence ne saurait s'étendre aussi loin, mais par suite de leur union et de leur identité avec le Verbe Éternel.
Le quatrième miracle consiste dans la manière spirituelle dont le corps de Jésus-Christ existe avec toutes ses qualités corporelles sous les espèces. Ce corps, avec toute sa masse et les qualités qui le composent, est, par une vertu divine, élevé au-dessus de la condition des corps et reçoit un mode d'existence tout spirituel, par suite duquel il est comme concentré en un seul point, et simultanément et sans solution de contitinuité répandu dans les espèces, de telle sorte que, comme
210 BBP&ÏT du p. fabi.i;.
une substance spirituelle, il est tout entier sous l'espèce entière du pain, et tout entier sous chacune de ses parties ; de même que l'âme d'un homme est toute entière dans tout son corps et toute entière dans chacun de ses membres. C'est là peut-être le plus étonnant prodige de cette brillante pléiade de miracles, et on ne saurait rien trouver à lui comparer en dehors du mystère de la Transsubstantiation. Quoi! une chose étendue dans' ses parties aurait la faculté d'exister d'une manière spirituelle et sans étendue. Et quand la substance et l'existence sont l'une et l'autre corporelles, le mode d'existence serait néanmoins spirituel !
Le cinquième miracle est la «multiplication" du corps de Jésus-Christ, pour parler comme les théologiens : présence multiple, ou manière d'exister à l'infini. Voyez ce qui arrive à l'âme de l'homme. L'âme est tout entière dans chaque partie du corps: toutefois, elle n'y est pas dans sa plénitude, elle n'y est pas complètement, mais imparfaitement ; car elle dépend dans une partie, de son existence dans les autres parties. Et, si un membre vient à être retranché du corps, il faudrait un miracle pour que l'âme continuât à y résider : même alors, dans un certain sens, elle serait « incomplète. » Or, le corps de Jésus-Christ est tout entier et complet sous chaque parcelle des espèces, quelque petite et indivisible qu'elle puisse paraître aux sens, aussi parfaitement que sous les espèces tout entières. Son existence dans une parcelle ne dépend pas non plus de son existence dans les parcelles voisines, mais il est parfait et indépendant dans chacune d'elles ; de sorte que, lorsque l'espèce est divisée, il demeure tout entier sous chaque partie, sans qu'il soit besoin pour cela d'un nouveau miracle. Ce prodige diffère du précédent et en est comme le supplément; car de ce que le corps de Jésus-Christ possède le don d'une existence spirituelle, il ne suit pas qu'il doive aussi posséder ce que la théologie appelle le don de multiplicité d'une existence complète. Il aurait pu, par exemple, se donner une seule