‹ Esprit du p. FaberChapitre 173 sur 435 · LIVRE HUITIÈME. — L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. — L'EUCHARISTIE

fois et sous une seule espèce. Ainsi le premier de ces miracles donne à son corps les prérogatives d'une substance spirituelle, et le second y ajoute une multiplicité qui n'appartient pas même aux substances spirituelles. Et cette multiplication de lui-même, de sa chair, de son sang, de son âme et de l'union hypostatique, qu'est-ce autre chose, sinon de l'amour. C'est ce même amour exubérant, prodigue et plein d'effusion, qui nous fait mêler nos larmes à son sang et qui nous arrache des pleurs au récit de sa Passion et de ses actions durant les trente trois années de sa vie mortelle.

Le sixième miracle consiste en ce que le corps de Jésus- Christ se retire des espèces quand elles se corrompent. Lorsque, par l'influence d'un agent extérieur ou par suite d'un conflit intérieur entre des qualités diverses, les espèces subissent un changement en ce sens que la substance du pain, si elle était présente, tomberait naturellement dans la corruption; au moment précis où la substance du pain s'altérerait, le corps de Jésus-Christ se retire. Ce n'est pas que le corps de Jésus- Christ soit dans une dépendance naturelle à l'égard des espèces, comme il en serait de la substance du pain. Mais ce corps adorable étant là en vertu d'un influx spécial et protecteur de Dieu, quand cet influx se retire, l'effet qu'il produisait s'évanouit avec lui. Néanmoins Notre-Seigneur n'en souffre nullement ; car exister une fois ou exister mille fois, c'est pour lui une seule et même chose. Il possède, dans une seule existence, la plénitude de tous les biens et de la toute-puissance, et des millions d'existences n'ajouteraient rien à sa grandeur. Cette merveille, si belle, si digne de notre admiration, clôt la série des miracles qui se rapportent au corps de Notre-Seigneur.

Mais notre étude de cette grande œuvre de Dieu, du mystère de la Transsubstantiation, serait incomplète, si nous n'y ajoutions encore deux autres miracles, ordinairement cités par les écrivains pieux, qui prennent ce mot de miracle dans un sens

large et poétique : ils ont rapport à ceux qui consacrent le corps de Dieu., et ce sont des miracles d'amour plutôt que de puissance. Le premier consiste dans la prodigue abondance avec laquelle Dieu a concédé le don inappréciable de consacrer son corps. Si un seul bomme était revêtu d'une telle puissance une fois dans un siècle, avec quelle affluence le monde se rendrait en pèlerinage et se précipiterait vers ce lieu unique où le Pontife choisi accomplirait cette œuvre merveilleuse ! Mais Dieu a accordé ce pouvoir à une multitude innombrable de prêtres. Il n'exige pas une vie pure et sainte pour effectuer la consécration; il ne demande pas la véritable foi, pas même une conscience exempte des crimes les plus affreux. Un blasphémateur, un sebismatique, un hérétique, un apostat, dès que son ordination a été valide, conserve le pouvoir qu'il a reçu, et s'en peut servir pour couvrir de honte et d'ignominie notre divin Sauveur, pour profaner la sainteté de sa présence. Des misérables avilissent Notre-Seigneur aux yeux du peuple qu'ils parviennent à dégoûter de ce souverain bien. Ils trafiquent honteusement de lui et le déshonorent par la simonie et le sacrilège. Lui, semble indifférent à tant d'outrages. Il ne voit que nous, ne consulte que nos intérêts, et semble faire converger tous ses décrets vers notre bien. Il veut;demeurer près de nous. L'adorable Sacrifice doit être accessible et à la portée de chacun de nous ; et les moyens de communion sont aussi peu coûteux et aussi communs que l'air que nous respirons. Ce qui nous doit être le plus avantageux ou le plus doux, Dieu le fait : car notre bien est comme la règle de ses actes. Qui osera me blâmer d'appeler ceci un miracle?

Le douzième et dernier prodige est la facilité de la consécration. Quand un saint opère des miracles, cela prouve d'abord qu'il est un saint ; et c'est là un point qu'il ne faut pas perdre de vue, car ce don des miracles atteste de longues années de prière et de lutte et révèle le secret d'austérités corporelles. Ainsi, si de longs jeûnes, une science profonde, de grands

Page 1