LIVRE NEUVIÈME. — L'ÉGLISE
Comme puissance. l'Église a été la moins terrestre, la plus remarquable et la plus heureuse qu'il y ait jamais eu sur la terre. Elle n'a pas de parallèle; elle ne voit rien qui lui soit analogue. Elle est un problème auquel ni la science, ni la politique, ni la philosophie ne peuvent donner de solution satisfaisante. Son histoire offre un intérêt saisissant et la plus extraordinaire variété. La durée de cette histoire surpasse celle des annales des plus anciennes monarchies ; les souvenirs des révolutions sont moins variés, et les chroniqueurs d'une simple cité moins uniformes. Pour ce qui regarde les vicissitudes et les changements dramatiques, il n'est rien qui puisse lui être comparé. A notre époque, l'Église développe toute une vie particulière parmi des circonstances entièrement nouvelles ; et au milieu de la fluctuation et de la défiance universelles, elle repose, calme, confiante et tranquille, coinmeun monument sur ses bases inébranlables. Elle est aussi certaine du triomphe qui l'attend à la fin, que des souffrances qui lui sont réservées pour le présent. Chez des centaines de nations et de races, sa puissance et son esprit se font sentir dans les sanctuaires les plus secrets de la vie privée. Cependant, tout cela se fait sans bruit et sans effort. L'Église est aussi solide que le diamant, elle est aussi pénétrante que l'air. Qui a jamais rien vu qui lui ressemblât ici-bas? De plus, l'Église est la seule institution du temps destinée à vivre dans l'éternité. Les plus grandes monarchies de la terre ne projetteront aucune ombre sur le ciel. Le silence et l'oubli passeront sur toutes les philosophies. Il n'est pas une littérature qui soit appelée à vivre éternellement. Les civilisations les plus magnifiques ne représentent rien de l'autre côté de la tombe. Les révolutions les plus glorieuses n'ont qu'une portée temporelle Les vicissitudes de la terre entière ne laissent aucune impression sur l'éternité, sinon qu'elles auront pu retarder ou faciliter la conversion de telle ou telle âme en particulier. Mais la grandeur de l'Église ici- bas n'est que le prêludcdc la grandeur qui lui est réservée au plusbaut des deux.
Il n'est donc pas étonnant que l'Église- s'empare aussi vivement de nos affections et de notre fidélité. A tout le moins, elle peut être mise sur le même niveau que l'astronomie, la psychologie ou la politique comme passion de vie, avec cette différence toutefois, que ce qu'il y a d'exclusif dans la passion, ce qui est élroitesse d'esprit et défaut dans les autres sciences partielles, devient ici dévouement plutôt qu'exclusion: car ce qui est universel ne peut pas être exclusif. La dévotion à l'Église réunit tous les intérêts ; elle s'accorde avec tous les devoirs ; elle pourvoit à toutes les responsabilités; elle rend toutes les affections ardentes ; elle embrasse toute la vie sociale, et elle l'ennoblit par son contact ; elle pénètre toute la vie privée, et elle la sanctifie par son mélange. Elle est l'unité de toute science, l'harmonie de toute philosophie. Elle est intéressée dans toutes les questions diplomatiques, et elle leur survit. Son esprit de détail ne laisse rien de côté, et sa largeur de vues lui permet d'étendre son influence partout. En un mot, l'Église, c'est, en toutes choses, cette partie, ce côté, cette vue, ce rapport qui représente tout à la fois et la souveraineté du Créateur et la juridiction du Rédempteur.
(Le Précieux Sang, pp. 333-334.)
COMMENT, PAR LE MOYEN DE SON ÉGL'SE, DIEU VIENT EN AIDE A TOUS LES HOMMES.
Si nous nous mettons devant les yeux le monde avec toule sa géographie pittoresque, avec les capricieuses dentelures de ses côtes, les cours prolongés de ses fécondes rivières, ses immenses plaines, ses vastes forêts, les chaînes de ses mon-