V. EFFETS DE LA BONTÉ POUR LE SALCT ÉTERNEL
Si la bonté se met ainsi au service uu Dieu créateur, elle n'est pas moins active et efficace à lui aplanir la voie en sa qualité de Sauveur. Elle est constamment à lui regagner des âmes égarées, à lui ouvrir des cœurs qui paraissaient obstinément fermés, à éclairer des esprits volontairement obscurcis, à jeter habilement le secours de l'espérance dans des places que le désespoir allait faire capituler. Sous son influence la faiblesse devient plus courageuse, le courage plus généreux, la générosité plus héroïque. Partout, la bonté se montre le meilleur pionnier du précieux Sang. Souvent notre propre conversion date de quelques actes de bonté faits ou reçus, et probablement la plus grande partie des repentirs sont venus à l'occasion de quelques bontés qui ont touché le cœur, moins parce qu'elles étaient inattendues que parce qu'on sentait les avoir peu méritées. Sans doute les terreurs du Seigneur sont souvent le principe de cette sagesse que l'on nomme conversion, mais il faut effrayer les hommes avec bonté : car autrement la crainte ne fera que des infidèles. La bonté a converti plus de pécheurs que le zèle, l'éloquence ou l'instruction ; et ces trois choses n'ont jamais converti personne sans que la bonté y ait été pour quelque chose. En un mot, la bonté nous rend comme des dieux les uns pour les autres. Cependant, tout en nous élevant si haut, elle nous retient doucement dans l'humilité ; car le sentiment continuel qu'un bon cœur à de ce qui lui manque de bonté le rabaisse constamment dans sa propre estime. Il n'y a pas de cœurs qui puissent moins se passer de bonté que ceux qui en débordent.
(Conférences spirituelles, pp. 6-7.)