LE DON DES LARMES
Je suis sûr que la plupart des gens, tout en étant persuadés que c'est un grand et précieux bienfait de posséder ce don, ne laissent pas cependant de croire qu'il ne serait pas naturel de le demander. Mais dans le recueil des collectes du Missel, on en rancontre, parmi les plus belles, quelques-unes qui ont pour objet de demander le don des larmes : car les larmes sont le symbole de la tendresse. Ecoutez : « Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui avez fait jaillir du rocher une source d'eau vive pour étancher la soif de votre peuple, tirez de nos cœurs endurcis les larmes de la componction, afin que nous pleurions nos péchés et que, parvotre miséricorde, nous en méritions la rémission. — Nous vous supplions, ô Seigneur notre Dieu !— de jeter un regard propice sur cette oblation, et de tirer de nos yeux des larmes si abondantes, qu'elles puissent éteindre la violence des feux que nous avons mérités. Daignez, ô Sei-
gneur, répandre miséricordieusement dans nos cœurs la grâce du Saint Esprit, qui nous permette d'effacer nos péchés par l'abondance de nos larmes, et que par votre bonté nous obtenions les fruits de l'indulgence que nous désirons ardemment. » Il est de notre devoir, dit saint Grégoire dans le troisième livre de ses Dialogues, d'implorer de notre Créateur le don des larmes avec des plaintes profondes ; et le Catéchisme du Concile de Trente, en parlant de la contrition, dit que le don des larmes doit être désiré et recherché avec le plus grand soin. Il ne saurait donc exister de doute sur la pensée de l'Église.
C'est pour se conformer à son désir que les théologiens spiri" tuels ont traité systématiquement de ce don des larmes. lis en reconnaissent quatre espèces : celles qui viennent de la nature et celles qui viennent du démon ; les larmes humaines et les larmes divines. Les premières sont celles dont la source réside dans la constitution, le tempérament, l'âge, le sexe ou autres raisons du même genre. Dieu, dit un écrivain, a voulu que ces larmes coulassent indistinctement sur les justes et sur les pécheurs, afin qu'ils s'en servissent ou non pour le bien de leurs âmes. Les larmes de cette nature n'ont de signification ni pour le bien ni pour le mal; et ceux qui n'ont pas la faculté de les verser ne doivent pas s'en affliger : car l'expression physique, quelque douce et avantageuse qu'elle puisse être, n'est après tout que la manifestation extérieure de la tendresse intérieure. Les larmes diaboliques sont celles que le démon tire de nous en agissant sur notre esprit ou sur notre tempérament physique. Telles étaient les larmes d'Ismahël, fils de Nathanias, dont parle Jérémie, et celles qui ont fait dire à l'auteur du livre de l'Ecclésiastique : « Ton ennemi pleure en te regar- « dant et, s'il en trouve l'occasion, il ne pourra se rassasier « de ton sang. Ton ennemi a la douceur sur les lèvres, et il « inédite de te jeter dans la fosse. » Telles sont encore les larmes des hypocrites, qui cherchent à paraître tristes aux yeux