‹ Esprit du p. FaberChapitre 237 sur 435 · LE REPOS DANS LA SAINTETÉ · texte numérisé non relu

LE REPOS DANS LA SAINTETÉ

Ce divin repos consiste d'abord dans le détachement des créatures. A mesure que nous croissons en sainteté, nos attachements aux créatures s'affaiblissent, et ce qui en reste subsiste en Dieu. Je ne veux pas dire par là que la sainteté consiste dans l'absence du sentiment. Voyez saint François de Sales étendu sur le sol de la chambre où sa mère vient de rendre le dernier soupir, et gémissant avec toute l'amertume d'un cœur brisé. Les anges, plus forts, contemplent le Saint ainsi prosterné sans blâmer sa douleur : car ses larmes sont plutôt l'expression de la sainteté de l'homme, que de la faiblesse humaine. Au milieu de cette tempête de douleur, il affirme que sa volonté ne s'écarta pas un seul instant de la douce et souveraine volonté de Dieu. Pour en revenir à nousmêmes, tout ce qu'il y a d 'irrégulier, de terrestre, de désordonné dans nos affections, s'évanouit. Que dis-je? nous ne tardons pas à nous apercevoir d'une . manière sensible que tous les sentiments violents, de toute espèce, s'affaiblissent dans notre cœur. Et c'est ce qui constitue le repos; car les violents sentiments terrestres sont une véritable tyrannie.

En second lieu, nous n'avons à présent en vue aucun objet humain , et c'est encore là une source d'inquiétude de moins. À quel succès pouvons-nous aspirer? So t-ce les richesses que nous souhaitons? Est-ce une haute dignité dont une imagina-

tion ambitieuse a fait l'objet de nos rêves? Est-ce quelque plan merveilleux que nous brûlons de réaliser? Mais aucune de ces choses n'appartient à la vie dévote. L'homme spirituel ne connaît ces vains objets que pour les avoir brûlés. Il les a détruits et a continué sa route. Les OEuvres de charité, prises en ellesmêmes, cessent d'être une lin à laquelle on puisse s'arrêter. Ce sont autant de marchepieds que nous jetons ici-bas, afin que la gloire de Dieu et ses anges, en passant sur la terre, s'arrêtent pour bénir sa misère. On peut trouver le repos en travaillant à une fin surnaturelle, et les efforts mêmes que nous faisons en cette circonstance peuvent nous paraître plus doux que le repos le plus délicieux. Mais il ne saurait y avoir de paix pour ceux qui se proposent un objet purement humain, quelque innocent que cet objet puisse être d'ailleurs.

En troisième lieu, la sainteté nous apporte le repos, parce qu'elle nous délivre même de l'ambition spirituelle sous ses formes multipliées. Comme je l'ai déjà dit, la recherche désordonnée de la vertu est un vice, et un désir inquiet d'être bientôt délivrés de toutes nos imperfections, n'est qu'un rêve de l'amour-propre. C'est presque un péché de souhaiter des faveurs surnaturelles; et demander à Dieu des signes surnaturels est presque toujours une indiscrétion. La grâce présente n'est pas seulement le champ assigné à nos travaux, c'est encore le port où le repos nous attend,

Nous devons mettre notre confiance en Dieu avec une simplicité enfantine au milieu même de nos progrès spirituels. Il faut que nous nous fassions un lit de notre bassesse, et un oreiller de nos imperfections: rien ne saurait nous souiller, tant que l'humilité sera la couche de notre repos. L'ambition ne cesse pas d'être un mal, l'avidité ne devient pas une vertu, parce qu'elies passent dans l'ordre de la spiritualité. Lorsque Dieu nous nourri! de sa propre main : est-ce bien le moment de nous montrer avides? Lorsque l'ambition spirituelle s'est transformée par la mortification, non pas en indifférence, mais

Page 1