LIVRE ONZIEME. — LA MOUT. ÔZi
nous le pouvons faire ou, mieux encore, d'après des notes préparées d'avance, nous faisons une confession générale de toute uotre vie. Nous détestons tous nos péchés, et autant que nous puissions être juge de notre sincérité, c'est du fond du cœur. Nous les abhorrons comme des offenses contre Dieu, et cette horreur renferme la plus forte résolution de n'y plus retomber, si, contre toute apparence, nous revenions à la vie. Et, dans le fait, comme il y a des années que nous ne les avons commis, cette confiance n'est pas sans fondement. Malgré cela, nous sommes si faibles, si souffrants de corps, et en même temps si tremblants, si agités, que certainement nous n'avons pas cette douleur sensible et profonde sur laquelle nous avons compté. Le prêtre cependant nous a interrogés soigneusement, et, satisfait de nos réponses , il nous a absous. Dans notre vie précédente, nous n'avions jamais douté d'une absolution ; mais, pour celle-ci, nous aimerions à avoir un garant plus certain de sa validité, car jamais nous n'avons été en une crise si décisive. Mais nous sommes encore dans la région du crépuscule. La foi est bien une lumière, mais ce n'est pas encore le plein jour.
Nous faisons uift profession de foi dans la présence de Jésus, dans son sacrement d'amour. Nous n'avons aucun doute, et notre oreiller ne repose pas notre tête d'une manière plus pal, pable que la croyance en la divinité de notre adorable Sauveur De repose notre âme dans son mortel appesantissemeiit. Nous sentons que nous n'avons jamais connu la sainte Vierge jusqu'alors, tant son office maternel nous est devenu manifeste, et tant sa douce assistance se fait sentir. Les obscurités se dévoilent et les images de la foi commencent à s'éclaircir. Les limites de la foi et de la vision deviennent confuses. Il est vrai que la foi est de mise jusque dans le purgatoire : mais c'est dans des conditions qui lui donnent la certitude, sans le bonheur de la vision. Ensuite, nous nous demandons si nous avons quelques ennemis; aucun peut-être que nous puissions
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qualifier d'une expression si forte. Quoi qu'il eu soit, nous pardonnons du fond du cœur à tous ceux qui nous ont fait tort, quels qu'ils puissent être, ne fussent-ils coupables que d'une raillerie ou d'un regard malveillant. Nous demandons aussi pardon à tous ceux que nous avons offensés dans l'été de la vie, quand tout en nous était santé, égoïsme, emportement de succès. Notre mémoire nous représente alors plus de fautes que nous ne pensions en avoir commis. Ainsi nous purifions nos cœurs de toutes les petites passions, dépits, jalousies, soupçons, rancunes, méfiances, dégoûts, préventions, duretés, rigueurs et manque de sympathie, toutes choses où nous apercevons à cette heure une terrible brèche à la charité. Dans que} mauvais état nous étions sous ce rapport, sans nous en douter ! Dieu soit béni pour ce dernier rayon de vive lumière ! Mais l'épuisement nous gagne, nous n'en pouvons plus.
Néanmoins il nous reste un grand effort à faire. Voici Notre- Seigneur qui vient pour être notre viatique. Nous avons à recueillir toutes les puissances défaillantes de notre âme. Nous aurions voulu nous agenouiller, s'il nous eût été permis, mais nous faisons de notre mieux. Hélas ! la faiblesse du corps est extrême. Nous avons pu recevoir la saiflte Hostie ; elle est descendue en nous, et les yeux clos, nous nous sommes encore une fois affaissés sur l'oreiller. Peut-être nous rappelons -nous les communions plus douces, faites avec plus d'amour, plus de chaleur, plus d'union sensible. Certes, la mort est une terrible distraction. Nous ne pouvons donc faire qu'une bien pauvre action de grâces, inférieure à beaucoup d'autres que nous fîmes dans le cours de notre vie. Mais voici qu'on ranime et réveille nos esprits pour nous préparer à l'Extrême-Onction, touchant rituel qui, malgré ses douceurs, parle à notre pensée de péchés non confessés, et d'un esclavage des sens que nous n'avons que bien imparfaitement accusé : Mais voici un sacrement de ressources sans fond. Qui dira les trésors de grâces qu'il peut fournir? Nous savons que dans ses abîmes, les restes