LIVRE ONZIÈME. — LA MORT
des péchés de la plus longue vie s'engloutissent et se perdent pour jamais. 0 sacrement étrange ! fasse le Seigneur que je ne sois pas privé, à la fin de ma carrière, de tes indéiinissables magnificences !
Il reste encore du temps que remplissent divers actes, prononcés ou non, selon qu'il est possible. De courts actes d'amour de Dieu, des oraisons jaculatoires, exprimant la plus entière confiance dans le précieux sang de Jésus, se succèdent rapidement. Des atces de contrition, faibles peut être, mais sincères, reviennent sans cesse sur nos lèvres. Nous acceptons volontairement la mort en expiation de nos fautes, et ainsi të disonsnous à Dieu en toute humilité. A peine savons-nous ce que nous disons, mais Dieu le sait, et cela suffit Notre langue se gonfle, notre voix se perd, nos lèvres se dessèchent ; mais dans la retraite silencieuse de notre cœur, les derniers échos de la grâce murmurent encore comme une dernière profession de foi que la terre n'entend plus. Notre confesseur est d'un moindre secours pour nous que nous ne l'eussions pensé, comme si les approches du Seigneur nous eussent placés exclusivement, ou du moins immédiatement, sous la juridiction divine. Cependant le confesseur est encore d'une immense utilité par ses absolutions répétées, son eau bénite, ses signes de croix, la consécration même de sa personne, le caractère qu'il porte au front, et ses mains imprégnées de l'odeur de l'Hostie. Longtemps après que ses suggestions ont cessé de nous aider, parce que nous avons cessé d'entendre, nous pouvions encore voir les paroles se former sur ses lèvres. Mais cela passe encore, un nuage s'appesantit sur nos yeux, puis une obscurité, un pénible besoin de lumière dont notre langue ne peut plus se plaindre. Tout est-il fini? Sommes-nous prêts? Non! c'est maintenant qu'il y a mille choses à dire. Hélas ! il n'y a plus moyen. Taut de choses à faire ! il faut quelqu'un pour nous aider à le mettre en ordre. De l'ordre..., il nous faut de l'ordre. Jadis nous aurions pu tout mettre en règle. Maintenant ce n'est plus pos-
sible. Par où commencer? Mais qu'est-ce que c'est ? La fin serait-elle venue ? Est-ce la terre qui s'en va ? Est-ce nous qui la laissons? Où tombons-nous? Personne n'est donc là pour nous retenir? Mais voilà le jour qui revient...
Oui. l'âme a quitté le corps et l'une de ses dernières pensées, la dernière peut-être, était qu'il restait encore beaucoup à faire....
{Conférences spirituelles, pp. 65-69.)