LA PENSÉE DU SALUT
J'étais sur le bord de la mer, et mon cœur se trouvait rempli d'amour sans savoir pourquoi ; son bonheur s'échappait au dehors et se répandait sur la vaste étendue des eaux; il s'envolait sur l'aile des vents, et il s'élevait librement jusqu'à la voûte azurée des cieux; le crépuscule éclairait les éblouissantes falaises que le soleil et la mer avaient blanchies pendant des siècles de l'amour immuable de Dieu ; au loin s'allongeait le sable silencieux de la plage, semblable au pavé de l'éternité ; enfin, l'aurore ressemblait pour moi à l'éternité. Je vins à penser au sentiment qui doit transporter l'âme lorsque, aussitôt après son jugement, elle se trouve admise dans le ciel. Être sauvé! me disais-je, être sauvé ! Puis, toutes les choses qui renferment le salut se présentèrent à moi en une seule pensée, et je me disais: « Oui, c'est là la grande joie de la vie, » et je battais des mains comme un enfant, et je m'adressais à Dieu à haute voix. Mais alors de nombreuses pensées me vinrent, réunies encore en une seule, sur la nature de notre salut et sur la manière dont il est opéré. Être sauvé! et jouir d'une pareille rédemption! C'était là une joie plus grande encore, c'était la seconde grande joie de la vie, et j'essayais de dire quelques lignes d'un hymne de reconnaissance ; mais les paroles mouraient dans mon gosier desséché.
(Le Précieux-Sang, p. 259.)