‹ Esprit du p. FaberChapitre 267 sur 435 · L'ENFER · texte numérisé non relu

L'ENFER

Tournons nos regards vers l'eofer. C'est une chose effrayante d'avoir à penser que le Pouvoir, la Sagesse et la Justice de Dieu se réunissent à produire ce monde de châtiment, cette épouvantable partie de la création, dont les merveilles et les désolations mystérieuses dépassent notre intelligence autant que les joies et les splendeurs du ciel. Cependant, nous jetterons un rideau sur le mal par excellence, la perte de Dieu, ainsi que sur les horribles détails des tortures physiques. A part ces deux points, que sera la vie dans l'enfer, après la résurrection ?

Ce sera une vie dont tous les actes seront de la plus détestable méchanceté. Alors nous comprendrons mieux le péché, et nous serons plus en état de mesurer les profondeurs de sa malice ; et, malgré cela, chacune de nos pensées, chacune de nos paroles, chacune de nos actions, sera comme un renouvellement du péché, au milieu de hontes et de terreurs insupportables. Même les péchés des autres seront pour nous des tortures. Si nous étions éveillés à minuit, et retenus par des bras vigoureux, tandis qu'à travers les ombres nous verrions égorger, devant nous, la personne qui nous est la plus chère, quel ne serait pas notre désespoir et notre tourment ! Ce serait à devenir fou. Le cri d'agonie, l'œil hagard qui nous cherche, la pâleur de la victime, les gestes sauvages des meurtriers, partout la sombre lueur du sang, tout ce spectacle nous poursuivrait tout le reste de notre vie. Toutefois, je suppose que le spectacle de la hideuse méchanceté de l'enfer doit être incomparablement plus horrible ; et c'est dans cet élément que nous aurons à vivre comme nous pourrons, pendant l'éternité, perdus dans un océan de honte, de misère et de désespoir.

C'est une vie (permettez-moi d'en parler sans distinction de

futur ou de présent), c'est une vie où toutes les souffrances corporelles, toutes les agonies se concentrent au plus haut degré. Voyez les maladies innombrables auxquelles l'homme est sujet : quelques-unes causent la mort en peu de moments, par excès de douleur. Chaque membre, chaque nerf caché, chaque cellule formée par la vie, a sou groupe de tourments à part. Pensez seulement à ce que la tète, les yeux, les oreilles, les dents peuvent souffrir ; puis à la variété de plaies qui peuvent faire frémir la chair palpitante, craquer les ossements sur le champ de bataille, ou dans les opérations de chirurgie. Considérez encore la cruauté raffinée des tortures du moyen âge, et ces inventions inhumaines dont le code pénal d'Angleterre et d'Ecosse n'a été purgé que dans nos temps modernes. Prenez tout cela à son paroxysme, au point qui dépasse toute patience... telle est la vie de l'enfer, ou plutôt ce n'est point cela ; c'est l'excès de tortures nouvelles inouïes sur la terre, supportées dans une chair qui n'a plus même la misérable consolation de pouvoir tomber et mourir.

Voilà qui est terrible ; mais il faut y ajouter les agonies mentales. Envie, rage, dépit, désespoir, tristesse, impatience, irritation, ennui, dégoût, oppression, chagrin, abattement, fureur, amertume, tout s'y trouve dans son genre avec une ineffable intensité. Supposez maintenant un violent accès de douleur, avec tout ce qu'il peut y avoir de déchirant pour la sensibilité et d'accablant pour l'âme, dans un long jour de cruelle oppression. Eh bien ! sans relâche, sans soulagement, sans même la triste variété de la souffrance, l'éternité, toute d'un bloc, pèse du poids de toutes ces peines que nous venons d'énumérer. La multiplicité de misères ne distrait point, quoique chacune soit pire que tout ce qu'on peut éprouver sur la terre, où jamais la douleur mentale n'est assez grande ni assez intense pour épuiser les forces de l'âme. La vie de l'enfer nous découvrira des nouveautés de mal-heurs incroyables ; nos esprits immortels s'ouvriront de toute leur grandeur à la

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