‹ Esprit du p. FaberChapitre 269 sur 435 · LIVRE DOUZIÈME. l'ÉTKKMTK · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME. l'ÉTKKMTK

la vengeance et toute l'habileté d'un génie infiniment supérieur. Quelles puissantes créatures ! et cependant, leur grandeur, leurs fureurs, leurs feux dévorants ne peuvent détruire la misérable vie de leurs victimes. Être renversé au milieu d'un troupeau de chevaux sauvages, passer la nuit pieds et poings liés dans la cellule d'un meurtrier furieux ou dans une salle d'aliénés qui ont brisé leurs fers, qu'est-ce que tout cela, comparé à ces terreurs sans nom devant lesquelles on ne peut ni fuir, ni se cacher, ni mourir ?

C'est aussi une vie où il n'y a ni pause, ni diminution, ni vicissitude. Jamais ange ne dirige son vol de ce côté pour un message de consolation. Toute l'éloquence de l'enfer réunie n'obtiendra jamais une goutte d'eau des mille fontaines de la terre, pas même pour rafraîchir le temps d'un éclair. Point d'intermission. Notre nature s'est multipliée pour supporter simultanément les millions d'agonies qui la rongent ; elle est devenue plus dure que le diamant pour résister aux tortures monstrueuses de ses bourreaux. A cette permanence de tourments, il faut ajouter trois sortes d'angoisses. Il y a d'abord l'impuissance. Nous ne pouvons ni agir ni bouger ; nous sommes cloués sur place ; nous ne pouvons pas même errer à travers les noires régions qui nous entourent, pas même nous distraire à chercher une ombre d'occupation ; nous sommes sans ressource, dans une paralysie qui nous laisse toute con • naissance. Il n'y a pas à s'agiter, à se retourner de côté et d'autre. Regardons bien la place qui nous tient captifs,... nous n'en bougerons plus jamais... jamais... jamais... C'est le tourment de l'Immobilité, de l'Impuissance sans remède, sans môme l'inertie d'un pur état passif. Il y a dans cette cruelle idée de quoi faire perdre la raison. Mais à cette impuissance, nous devons ajouter le manque absolu de repos, l'agitation sur place, l'état convulsif et spasmodique de tous les membres, le frémissemeut du cœur comme sous le bec acéré du vautour, le bouillonnement fie l'âme faisant sentir ses brûlures poignantes

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à tous les sens. A chaque moment, cette âme, tout immortelle qu'elle est dans son corps indestructible, semblera ne plus pouvoir résister à cette agonie d'agitations mentales et nerveuses ; mais il faudra cependant la supporter encore, la sup-' porter toujours, la supporter sans qu'elle devienne plus supportable. 0 tumulte ! ù bouleversement ! Qui pourra endurer cette nuit d'éternelle veille ? Cependant une troisième agonie vient s'ajouter aux deux autres, comme le produit de l'impuissance et de l'agitation ; c'est la misère d'une impatience désespérée, d'une impatience qui ne peut être qu'un esprit de blasphème, une hideuse horreur de Dieu, que le réprouvé est obligé de détester dans le moment même que ce délire le consume. Nous ne pouvons avoir idée de ce que c'est qu'être sans espérance. Impossible de se figurer l'obscurité d'une âme pour laquelle il n'y a plus d'attente, plus de perspective, plus d'avenir, autre que l'éternité de l'intolérable présent. Il arrive parfois dans la vie que la douleur dépasse nos forces, et ces moments sont accompagnés d'un cri particulier. Ce cri s'entend sur le champ de bataille, quand le diaphragme est percé de part, en part, comme aussi dans certains cas d'apoplexie foudroyante. Eh bien ! ce cri, l'expression la plus douloureuse de notre nature corporelle, c'est l'ombre du cri éternel d'une âme dans toute la réalité et la profondeur de sa misère. Et cependant, ce n'est là que le moins sombre côté de l'enfer. Que d'amertume dans ce peu de mots ! Malgré cela, ce n'est point l'amertume qui les met sur mes lèvres ; mais bien la crainte qui me pénètre et me glace en ce moment. Nous avons considéré l'enfer ; mais seulement l'enfer sans l'enfer, sans le malheur des malheurs, sans la perte de Dieu. C'est l'enfer, en laissant de côté et le feu, et le soufre, et les ténèbres, et les bruits discordants, et les pleurs, et les gémissements, et les grincements de dents. Nous n'avons mis en avant que des accessoires auxquels il est le moins nécessaire de penser, les misères les moins absolument insupportables. Pourrions-nous

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