‹ Esprit du p. FaberChapitre 283 sur 435 · LIVRE DOUZIÈME. — L'ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME. — L'ÉTERNITÉ

qui s'empare de leurs esprits et les font tressaillir d'allégresse. L'aube d'un beau jour est blanche comme les perles : tel est l'éclat dont ils brillent dans cet empire de la splendeur, parce que leur frère a opéré un miracle en leur faveur, qu'il a changé son sang en eau, qu'il les a purifiés, et que le nom seul de la Vision qu'ils contemplent a suffi pour les remplir de la grâce d'adoption et pour leur donner un héritage qui ne périra jamais. Est il une destinée sur la terre, en prenant même celle que le soleil de la prospérité dore de ses rayons les plus favorables, qui ne soit une véritable misère, un mal réel en comparaison de la gloire de ces enfants, membres vivants de Jésus- Christ, dont le baptême a assuré le salut éternel ? Je ne sais si l'état d'un homme pieux, cruellement éprouvé sur la terre, chargé d'une lourde croix et dont le cœur est victime de l'amour qui le consume, tandis qu'au fond de son âme sont gravés les stigmates de la Passion à jamais bénie du Sauveur, — je ne sais, dis-je, si une telle condition, en raison de la ressemblance que les souffrances établissent avec Jésus-Christ dans la vie présente et de la couronne qu'elles promettent dans l'autre, n'est pas préférable à la gloire des enfants baptisés . Mais je suis certain qu'il n'est pas d'état sur la terre qui soit aussi digne d'envie, que cet état de pieuse souffrance.

Franchissons ce cercle extérieur et ces joies multipliées. Quelle est cette autre multitude que nul homme ne saurait compter? Qui aurait jamais cru qu'un si grand nombre d'âmes eût été créé ? 0 sang fécond de Jésus ! Oh ! de quelle joie est inondée cette foule innombrable ! Là se trouvent confondus tous les peuples, toutes les tribus, toutes les langues, tous les sexes, tous les âges, tous les rangs, toutes les occupations et toutes les époques de l'histoire du monde. Qu'ils sont beaux ces chœurs des élus ! quelle variété dans leur sainteté ! quel ordre dans leurs diverses classes, dans leurs différents degrés ! Voyez resplendir sur leurs âmes, comme autant de pierres précieuses, les diflérents caractères des Sacrements ;

c'est le diamant du Baptême, le rubis de la Confirmation, l'émeraude de l'Ordre, dont sept facettes réfléchissent la verte lumière ; etchacune d'elles brille d'un éclat plus vif et plus enchan. teur que le grand coips solaire qui éclaire et féconde la nature tout entière. Là sont les Pontifes et les Docteurs, les Martyrs, les Confesseurs et les Vierges, les novices et les frères lais, les religieux et les séculiers, tous inondés de la lumière de l'Agneau; puis, viennent les Saints qui n'ont point été appelés à remplir les trônes laissés vides parmi les chœurs angéliques, ceux qu'on pourrait appeler les saints non placés; et chacune de leurs âmes porte en soi tout un monde de tendre adoration de l'Agneau. A chaque heure du jour, de nouveaux hôtes se pressent aux portes du ciel ; les Anges les conduisent à Pierre, Pierre les amène à Marie, Marie à Jésus, et Jésus les présente à son Père. Chaque nouvelle arrivée, comme une puissante ondulation, fait tressaillir les différents cercles du ciel et les jette dans un excès de joie: c'est le pouls qui marque la vie de l'éternité, et ces transports se font sentir au sein même des ravissements extatiques où la Vision béatifique, la Vision qui ne change pas, lient les Bienheureux sans cesse plongés. Oh ! comme la terre semble aride quand on vient de reposer sa pensée sur les choses célestes, ou qu'on vient d'en parler! Sainte Eucharistie, sans vous que ferions-nous ?

Pénétrons plus avant encore dans le Royaume !du ciel. Nous arrivons maintenant à ces neuf Cercles rangésautour d'un centre commun, et qui constituent l'empire des anges. Parmi leurs trônes, il en est qui sont occupés par des êtres humains mais devenus semblables aux Anges: c'est là que le Très-Haut a placé les plus illustres parmi les saints de la terre pour combler, dans les rangs de l'armée céleste, le vide laissé parceux que Lucifer entraîna avec lui dans sa chute. Là existent trois magnifiques Hiérarchies dont chacune est subordonnée à celle qui lui est immédiatement supérieure et reçoit d'elle toute sa lumière, tandis que la plus élevée des trois n'est soumise qu'à

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