‹ Esprit du p. FaberChapitre 284 sur 435 · LIVRE DOUZIEME — L ETERNITE · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME — L ETERNITE

.Dieu et n'est éclairée que par lui seul. Dans chaque hiérarchie se trouvent trois Chœurs de même nature, différant entre eux par les attributions, la sainteté et la puissance, dont les apôtres nous ont rapporté les noms et dont les traditions de la théologie nous révèlent en grande partie les fonctions si douces et si variées. Chaque ange, disent certains théologiens, est à lui seul une espèce à part; mais, sous certains rapports, il y a quelque chose d'invraisemblable dans cette opinion; car, s'il en était ainsi, combien de millions d'espèces parmi les créatures raisonnables de Dieu eussent été éteintes avec Lucifer, du moins en ce qui concernait leur faculté de rendre hommage à leur divin Créateur. D'autres disent que chaque chœur renferme trois espèces qui diffèrent entre elles de telle manière qu'il n'est pas aisé pour nous de s'en former une idée ; tandis que les grâces accordées à chaque ange en particulier sont distinctes et différentes les unes des autres. C'est ainsi qu'à l'aide de vingt-sept degrés, qui passent par autant de Cercles groupés autour de la très-sainte Trinité, nous traversons dans toute son étendue l'empire angélique, aux habitants duquel nous trouvons mêlée la sainteté des élus de la terre, et nous arrivons enfin au trône du Vice-roi des anges, ce trône brillant que Lucifer perdit en tombant, et qui est maintenant occupé, selon les uns par saint Michel, selon les autres par saint Joseph, en récompense des fonctions de père nourricier qu'il remplit envers le Verbe incarné.

Voyez à quelle élévation nous sommes maintenant arrivés ! Si nous retournons la tête pour jeter un regard en arrière sur toute la magnificence que nous venons de traverser, et surtout sur ces neuf océans de lumière vivante et intellectuelle qui constituent la sainteté angélique, ne nous sentirons-nous pas comme saisis de vertige à cet aspect? Et quel effet délirant pro duiront tour à tour sur nous la ravissante harmonie de la musique céleste et le profond silence qui lui succède ! Le Saint- Sacrement est tout près de nous sur la terre. Mais au ciel quel

espace il faul traverser avant d'arriver à la nature humaine de Jésus !

Montons plus haut, plushaut encore. Au dessus du trône du Vice-roi nous nous trouvons en présence des sept Angeschoisisqui se tiennent sans cesse devant le trône de Dieu. Ce sont : saint Michel, l'Ange gardien de l'Église, peut-être aussi celui de la sainte humanité de Notre-Seigneur pendant son séjour sur la terre, et du Souverain Pontife régnant le vainqueur et le destructeurdes anges rebelles; saint Gabriel, l'ange de l'incarnation et le gardien de Marie, l'ange qui inspira Daniel, qui trouve ses délices dans le sacrifice et la prière, le messager de la clémence de Dieu; saint Raphaël, celui de tous les anges qui ressemble le ■ plus aux hommes, saint Raphaël, figure delà divine Providence, le médecin, le guide et la joie des âmes, le compagnon des mortels dans leur pèlerinage, et leur gardien au milieu des vicissitudes de la vie ; saint Raphaël, par qui la triple miséricorde des personnes divines est dispensée aux hommes errants sur la terre; de telle sorte que si saint Michel est l'ombre du Père et saint Gabriel celle du Fils, on pourrait, à bon droit, appeler saint Raphaël l'ange du Saint-Esprit. Puis viennent ces quatre autres Anges dont les noms, ainsi que le dit saint Boniface dans le concile tenu à Rome sous le pape Zacharie, n'ont pas été reconnus publiquement par l'Église, mais qui, selon certaines traditions et quelques révélations particulières, sont ainsi appelés : Uriel (le fort Compagnon), dont il est fait mention dans le troisième et le quatrième livre d'Esdras, et que l'art chrétien représente tenant de la main droite une épée nue qu'il serre contre sa poitrine, et de la main gauche des flammes ; Sealtiel (l'Esprit de la prière), celui, selon la tradition, qui apparut à Agar dans le désert : on le dépeint avec le visage et les yeux modestement baissés, les mains jointes et serrées contre la poitrine, dans l'attitude d'un pénitent ; Jehudiel (Je Rémunérateur), qu'on suppose être l'ange envoyé par Dieu pour marcher devant les enfants d'Israël : dans les tableaux chrétiens il

Page 1