‹ Esprit du p. FaberChapitre 43 sur 435 · DIEU RÉVÉLÉ PAR LA NATURE · texte numérisé non relu

DIEU RÉVÉLÉ PAR LA NATURE

Asseyons-nous au sommet de cette belle colline : le soleil brillant et l'air pur nous versent des flots de vie et de joie, tandis que nos pensées sont élevées vers Dieu et que nos cœurs s'ouvrent en paix à l'amour. Devant nous se déroule cette belle plaine avec ses masses de sombres feuillages qui, durant plusieurs milles, s'étendent sous les rayons du soleil, tournant du

vert au bleu, selon la distance et les ombres des nuages. D'autre part, à nos pieds, est la gigantesque cité, ressortant comme une découpure d'ivoire sous le rideau entr'ouvert de ses fumées perpétuelles. Ses collines parsemées de villas qui la dominent, ses clochers presque innombrables, son immense palais et ses flèches multipliées, sa majestueuse coupole, sa vieille tour chenue, ses bassins couverts de navires, tout se détache au-dessous de nous dans cette nature qui n'appartient qu'aux magnificences de son atmosphère nuageuse. Là, dans une infinie variété de joies et de misères, de grandeurs et d'abaissements, trois millions d'âmes accomplissent leurs destins divers. Tout près de nous, l'air est rempli des chants joyeux des oiseaux ou du délicieux bourdonnement des insectes qui boivent les rayons du soleil et entrelacent les mille méandres de leur danse capricieuse, en faisant résonner leurs petites trompettes. Les fleurs exhalent leurs douces senteurs et les feuilles des arbrisseaux sont tachetées de brillantes petites créatures, revêtues de couleurs éclatantes ou d'armures dorées, tandis que la sphère d'azur s'étend sur nos tètes plus profonde et plus bleue que de coutume et retentit des accents vifs et joyeux d'alouettes invisibles, comme les clochers de la ville retentissent pour annoncer les victoires de la nation. De bien loin, le cours du fleuve nous apporte le retentissement du canon, et là, tout près, dans le bassin, une flotte de jeunes perches nagent au soleil, lentement, sans se troubler, comme si elles jouissaient avec gravité de leurs petites existences. Quelle scène pleine à la fois de Dieu et de l'homme ! Que d'éclat, que de beauté, que de variété, que de calme, quelles riches sources de réflexions profondes et de naïve reconnaissance envers notre Père céleste!

(Le Créateur et la Créature, p. 40-41 . )

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