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LA TRINITÉ

Je vais essayer de tracer une esquisse de la doctrine catholique touchant la très-sainte Trinité.

Dieu existe, vit et règne indépendamment de nous. Il était lorsque nous n'étioos pas. Il n'avait pas besoin de nous. Nous ne lui apportons rien que de purement accidentel. Mais nous existons parce qu'il existe, nous sommes ce que nous sommes parce qu'il est ce qu'il est. De là naît l'intérêt immense qui s'attache pour nous à£la connaissance de Dieu, tel qu'il est en lui-même.

Ilélat ! combien il est difficile de dire même ce que l'Église nous enseigne à ce sujet! En vérité, pour parler du mystère de la sainte Trinité, il faudrait des larmes plutôt que des paroles. Nous croyons, et toutefois nous ne pouvons décrire. Nous adorons ce que nous ne saurions comprendre. Supposons notre intelligence multipliée au delà de tous les calculs humains et nos affections au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer sur l'amour angélique : nous aurons beau nous élever, le grand Mystère sera toujours aussi loin d'être compris par nous qu'il l'était auparavant. Et c'est là précisément ce qui donne au mystère de la sainte Trinité un caractère d'ineffable tendresse. En présence de cet auguste mystère nous demeurons comme des enfants muets d'admiration, frappés d'un saint respect, mais dont l'effroi n'exclut pas une joie vive et pure. L'Église même nous étonne par le caractère enfantin de ses offices le jour de la fête de ce mystère, durant lequel elle ne cesse de répéter ce cri: 0 beata Trinitas ! o bcata Trinitas!

(lest le plus ancien de tous les mystères : par rapport à lui l'antiquité n'existe pas ; l'antiquité est nouvelle relativement à lui. Remontons, non point seulement au delà de l'histoire de

l'Église et des destinées de la Synagogue, non-seulement au delà de l'époque patriarchale et des vies séculaires des hommes antédiluviens, mais encore au delà des périodes innombrables de la matière organisée et au delà des millions de siècles qui ont passé sur la matière non encore organisée ; remontons au delà de cette grande création de lumière intellectuelle qui constitua l'empire des anges et jusqu'à cette époque où Dieu seul était, Dieu infini dans sa gloire et dans sa joie, Dieu jouissant de la plénitude de sa vie mystérieuse et qui se suffit à elle-même. Si nous remontons jusque là, nous ne sommes encore arrivés qu'au seuil d'une éternité tout entière. Et qu'est-ce qu'une éternité ? C'est ce qui n'a point commencé, ne s'écoule point, ne vieillit point, ne change point ; un effet sans cause et en même temps la cause de toutes les causes ; une vie et une source essentielle de vie ; ce qui est immuable, sans corps comme sans passion. Ce n'est point une époque, ni un lieu, ni un mouvement, ni un son: c'est un acte simple; un par la nature, multiple par les Personnes. Celles-ci, bien que distinctes, ne forment qu'un seul être et sont égales et indivisées ; toutes participent également à une même Éternité comme à une même Essence, sans subordination mais non sans ordre, sans précédence mais non sans procession. Ces Personnes sont au nombre de trois. Deux personnes exhalent leur souffle et constituent un seul principe ; réunies à la Personne produite par leur souille, elles ne forment qu'une substance, qu'une nature, qu'un seul Dieu. ^Ce sont là des mots, mais ils représentent l'Éternité.

Le mystère de la sainte Trinité n'est pas seulement le plus ancien de tous les mystères : il en est aussi le roi. Son trône les domine tous. Il régne au-dessus de tous et préside à toutes leurs destinées. Il les renferme tous dans son sein. Tous émanent de lui. Il communique à tous leur beauté, leur vigueur, leur efficacité et leur divinité. La sainte Trinité est remplie d'abîmes,- de mystères que nous connaissons et de mys-

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