‹ Esprit du p. FaberChapitre 45 sur 435 · LIVRE PREMIER. — DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — DIEU

tores que nous ne connaissons pas. Elle renferme en particulier six Abîmes d'opérations extérieures, dans lesquels les hommes et les anges désirent plonger leurs regards ; et tandis qu'ils les contemplent, une sorte de vertige s'empare d'eux autant parce qu'ils s'enivrent doucement de l'excès de la Bonté divine, que parce que leur intelligence est comme frappée d'étourdissement et finit par se laisser entraîner à l'extase par le torrent des gloires de la puissance divine. Ces six Abîmes sont la Prédestination, la Création, l'Incarnation, la Justilication, la Transsubstantiation et la Glorification. Ces mystères, avec celui de la très-sainte Trinité, qui est la source de tous les mystères, forment les diverses sciences qui constituent le chefd'œuvre de l'esprit humain, le merveilleux édifice de la Théologie catholique.

Toutefois, la sainte Trinité n'est ,pas seulement le plus ancien des mystères : non-seulement elle en est la reine, mais encore elle est destinée à leur survivre à tous. Les mystérieux décrets de la divine Prédestination s'accompliront avec une plénitude et une perfection qu'un Amour infini pouvait seul leur communiquer. Il se peut que différentes Créations aient rempli leur mission, laissant leurs résultats entre les mains de Dieu, et soient remplacées par d'autres créations. Qu'en savons-nous? Qui empêche la création de passer de globe en globe, à travers des millions de mondes, suivant qu'il plaît à la Divinité de promener ses doigts sur les touches brillantes de son admirable instrument. Le monde où le Verbe s'est incarné est peut-être le centre spirituel de systèmes innombrables. L'Incarnation aura rassemblé sa famille glorifiée autour de son chef; la Justification sera devenue un souvenir de l'histoire de la terre, et la Glorification une simple et faible expression de la vie présente ; la Transsubstantiation sera un miracle qui ne s'accomplira plus, ou du moins, nous serons à même de voir Jésus sous les traits dont il est revêtu dans le ciel. Mais lorsque tous les Mystères seront arrivés à une fin quelconque, qu'ils repo-

seront dans un centre et qu'ils auront convenablement consommé leur œuvre, le mystère de la sainte Trinité, que nul n'a jamais sondé, que nul ne sondera jamais, continuera à subsister, et l'éternité s'écoulera pour nous au milieu de l'extase que nous goûterons dans son sein. On peut donc affirmer, sans crainte, que la sainte Trinité est la somme et la substance de toutes les connaissances humaines, le but des espérances de l'homme, l'unique objet de son adoration et la joie qui seule peut satisfaire son grand besoin d'aimer.

Approchons davantage et regardons dans l'Abîme. Gomment décrire le spectacle qui s'offre à notre vue? L'appellerons-nous un Océan sans bornes, sur les ondes unies duquel le soleil réfléchit ces rayons éclatants que l'œil ne peut supporter ? Non, car alors nous omettrions de signaler le plus ravissant de ses caractères, qui est son ineffable tranquillité. La mer, malgré toute sa magnificence, finit par fatiguer la vue; aussi, quand nous sommes sur le rivage, ne tardons- nous pas à soupirer après le repos qu'on goûte dans les bois, sur les montagnes et auprès des lacs. Le comparerons-nous à une Cité bâtie sur les flancs d'une colline escarpée et qui réfléchit, dans les profondeurs qui s'étendent à ses pieds, les lumières innombrables dont elle resplendit? Là nous perdrions son unité. Une chaîne de montagnes n'exprimerait pas la douceur de cette lumière qui se répand au loin, ni une région de majestueuses forets, l'étonnante variété qui caractérise sa fertilité. Non ; nous ne pouvons comparer Dieu qu'à lui-même. Mais jetons nos regards au-dessus de l'Abîme, et demandons à l'Église le nom de quelques-unes de ces merveilles que nous contemplons. Six nouveaux Abîmes se présentent à nous, et des lèvres que le charbon ardent du séraphin n'a point touchées ne peuvent guère faire plus que de les indiquer. Chacun d'eux est un objet inépuisable d'extase et de joyeuse contemplation; en ce moment même, plus d'une âme qui nous est chère et pour laquelle (ô bonheur!) le temps a cessé d'être, plus d'une âme,

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dis-je, inondée des délices d'une béatifîque admiration, plonge ses regards dans ces abîmes, tantôt au milieu d'un silence solennel, tantôt au milieu des transports d'une harmonie qui n'a rien de terrestre.

Le premier abîme est l'Unité dans la Trinité, l'unité d'essence et la trinité de personnes. C'est là -le caractère distinctif de l'objet de la foi chrétienne : ni la raison humaine ni l'intelligence angélique n'auraient jamais pu y atteindre. L'Unité est triple : l'unité d'Essence, l'unité de Majesté et l'unité de Simplicité. Toutefois, dans cette triple Unité, la plus complète qu'on puisse concevoir, les trois Personnes sont distinctes ; chacune d'elles a des attributs qui lui sont propres et est constituée de relations différentes avec les autres. Toutefois, elles ne forment qu'un seul Dieu, et, comme la théologie peut l'indiquer même à la raison humaine, Lieu ne serait pas Dieu, si dans la Divinité il y avait plus de trois personnes ou moins de trois *.

Le second abîme contient les Relations des trois Personnes l'une avec l'autre. Dans le langage de la théologie, une relation personnelle jointe à l'essence constitue une Personne. C'est ainsi que la relation de paternité constitue la personne du Père non engendré, la relation de filiation constitue la personne du Fils engendré de toute éternité, et la relation de spiration passive constitue la personne du Saint-Esprit, qui de toute éternité, procède du Père et du Fils; tandis que la quatrième relation, celle de spiration active, diffère des trois autres etne constitue pas une Personne, parce qu'elle appartient déjà à deux personnes, mais rejaillit du Saint-Esprit, la limite de la Divinité, sur son principe unique en deux personnes, le Père et le Fils. Et c'est ainsi que ces quatre relations forment la Trinité de Personnes, dont chacune est comme le centre et le terme des deux autres.

Dans le troisième abîme on retrouve les Attributs parlicu-

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