‹ Esprit du p. FaberChapitre 47 sur 435 · LIVRE PREMIER. — DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — DIEU

et à l'adoration de leurs créatures est pareil, égal et coéternel. C'est pourquoi, tandis qu'il n'existe pas de distinction aussi complète que la distinction des trois Personnes, de relations plus substantielles que celles qu'elles ont entre elles, de propriétés particulières plus prononcées que les leurs ; néanmoins, cette variété, qufrehausse l'adorable beauté de ces trois Personnes distinctes, ne porte point atteinte à leur ineffable égalité. Cette Égalité exprime, pour chacune des trois Personnes, ce que l'Unité exprimait pour toutes. Et « qui peut suffire à de si grandes choses ? »

Le cinquième abîme renferme la vie mutuelle des trois Personnes l'une dans l'autre. Il s'agit ici de la vie intérieure de la Divinité, comme si chaque Personne habitait dans chacune des deux autres et demeurait dans son sein. Cette vie c'est la résidence intime, totale et réciproque, en chacune des trois Personnes, de leur unique substance dans toute sa plénitude, jointe à la pensée constante et à la délicieuse contemplation de leur perfection mutuelle. Nous ne pouvons faire plus que de commenter ici les paroles que l'Église nous a communiquées. Il est aussi facile que doux de demeurer dans la prière, suspendu au bord de cet abîme, tandis que le cœur s'abreuve des flots d'amour qui jaillissent de ces profondeurs mystiques. Toutefois, il n'y a rien là qui soit de nature à devenir l'objet de nos conceptions, ou que nous puissions formuler dans une pensée définie, ou rendre par des paroles intelligibles. Maintenant, venant à réfléchir sur l'amour créé, c'est-à-dire sur celui des hommes et celui des anges ; quand nous serons persuadés que cet amour et tout celui que pourraient produire des millions de mondes mille fois plus parfaits que le nôtre, et dans lesquels une population plus nombreuse vivrait de plus longues années ; quand nous serons persuadés, dis-je, que tout cet amour, ajouté à l'amour de Marie multiplié à l'infini, se réduit à la plus pâle, à la plus faible image d'un seul de ces divins amours ; quand nous aurons examiné dans notre pen-

sée les diverses espèces d'amour : paternel, filial, fraternel, conjugal et les combinaisons auxquelles elles donnent naissance ; quand nous aurons ajouté à ces miracles de l'affection humaine la toute-puissance et le calme inaltérable ; quand, enfin, nous aurons élevé le tout à la septième puissance; alors nous commencerons à nous former une idée encore bien loin de la réalité, mais telle qu'il convient à l'obscurité de notre néant, de la profonde jubilation de la vie intérieure de Dieu.

Le sixième abîme embrasse les Missions des Personnes divines et nous amène jusqu'aux limites des miséricordieuses opérations extérieures de la très-sainte Trinité. Dieu ne se renferme pas en lui-même : voilà en quoi consiste le mystère de la création. La mission est comme la vie extérieure de Dieu, laquelle ne consiste point seulement dans l'effusion de son amour, dans la communication de ses perfections, dans la mesure où elles peuvent être communiquées aux créatures, mais dans l'accomplissement de cet acte par la mission d'une personne divine. Cette mission est quelque chose qui diffère de sa Toute-puissance et de sa Bonté. Nous nous formerons une idée plus nette de ce qu'est une mission, en la comparant à la création. Car, quoique tous les missions des Personnes divines soient des œuvres efficaces, il ne s'ensuit point que toutes leurs œuvres efficaces soient nécessairement des missions. Il faut donc établir une distinction entre la mission et la création. Selon le Docteur angélique, « la mission invisible » de la seconde et de la troisième Personne, ainsi que l'habitation de la première en chacune d'Elles, a existé depuis la création du monde et a été simultanée avec elle, parce que la création a été effectuée dans l'état de grâce et que la « mission invisible » n'a point d'autre fin que de procurer la grâce sanctifiante laquelle est tout ensemble donnée et envoyée. Tous ceux qui sont en état de grâce jouissent de la mission des Personnes divines. D'ailleurs, partout où il existe une mission invisible de l'Esprit-

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