‹ Esprit du p. FaberChapitre 53 sur 435 · LIVRE PREMIER. — DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — DIEU

nous sentir isolés au milieu du monde, et les châtiments et les afflictions nous apparaissent sous un jour nouveau. La consolation sort pour nous du sentiment même de notre faiblesse, nous nous reposons sur Dieu des problèmes que nous ne pouvons résoudre, et nous nous attachons par les liens de la plus tendre parenté aux autres créatures. Cette pieuse idée entre plus avant dans notre cœur, et devient le mobile de tous nos actes spirituels. Dans le péché, nous nous en souvenons; dans les sacrements, nous la goûtons; dans nos efforts vers la perfection, nous nous appuyons sur elle; dans les tentations, nous y puisons des forces ; dans les souffrances, nous y trouvons la joie. Dieu est notre Père, jusque dans les circonstances ordinaires de la vie ; il nous protège contre mille dangers dont il ne permet pas môme que nous nous apercevions; il exauce nos prières, il bénit ceux que nous aimons, et il nous supporte ; oui, il supporte cette froideur, il supporte ces rechutes qui paraissent incroyables et dont nous sommes étonnés les premiers.

Dieu est notre Père, nomseulement de nom, 'mais aussi en réalité. Comme je l'ai déjà dit, le lien qui nous unit à lui sort de la création. Le Créateur a pour ses créatures un amour sensible, aussi étonnant que mystérieux, et dont l'indulgence et la tendresse ne trouvent rien dans les affections terrestres qui leur ressemble. Bien plus, il a daigné identifier ses intérêts avec les nôtres ; il nous a créés à son image et à sa ressemblance, et a fait de nous autant de reflets de sa divine majesté. Mais il est encore notre Père par alliance; et, comme il tient toujours ce qu'il promet, cette nouvelle paternité est aussi réelle que l'autre. Enfin, au-dessus de tous les liens de la Nature, de la Grâce et de la Gloire, en vertu desquels il nous appelle ses enfants, il est notre Père pour une raison dont nous ne comprendrons jamais la grandeur, c'est-à-dire en tant qu'il est le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Ce sentiment de piété filiale envers notre Père céleste calme

les inquiétudes do notre conscience au sujet de nos péchés passés. Nous pouvons nous reposer sur lui, avec une douce confiance, même de la terrible décision de notre sort pour l'éternité. Nous jouissons par là, jusque dans les actions les plus indifférentes, d'une douce liberté d'esprit, à laquelle se mêle un ardent désir de le servir, qui nous est inspiré par notre amour filial. De ce sentiment nait encore un aimable oubli de soimême ; il nous communique la douceur dans la prière, la patience dans le doute, le calme dans les difficultés, la joie dans les épreuves et la résignation dans les douleurs. Nous adorons Dieu pour l'amour de lui, parce qu'il est notre Père chéri. Douce pensée, qui tombe sur notre âme comme un triple rayon de soleil! Douce pensée qui apporte avec elle plus de confiance en Dieu, plus de liberté avec Dieu, plus de générosité pour Dieu!

(Progrès de l'âme clans la vie spirituelle, Gc édit., p, 71-73.)

Notre ange gardien, s'il était notre juge oserait à peine nous admettre dans le Paradis. Il faudrait que Marie empruntât le sacré Cœur de Jésus pour voir les choses comme il les voit lui-même et nous décerner une couronne. Et lui, le Créateur, le Roi des rois, fait éclater les transports d'un triomphe divin, parce qu'un pécheur, à demi converti, veut bien condescendre à accepter sa grâce. Il commande h ses Anges de se réjouir, et veut que le ciel tout entier soit en fête, non parce qu'il a tiré du néant quelque nouveau système aux prodigieuses combinaisons, non parce qu'il a donné l'être à quelque nébuleuse, germe d'un million de mondes futurs, et répandu sur elle une splendeur de beauté qui rejette -dans l'ombre le reste de la création, mais parce qu'un homme, un' homme vicieux, misérable et qui l'a offensé, daigne céder aux efforts multipliés

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