LIVRE PREMIER. — DIEU
d'uue éloquence divine el des plus ardentes sollicitations et faire le premier pas pour n'être point damné; parce qu'un homme qui est devenu le rebut de la société des hommes, qui a bu jusqu'à satiété la coupe de tous les vices, consent généreusement, par crainte de l'enfer, à accepter le ciel! Tels sont les triomphes du Créateur, telles sont les ovations de l'éternelle et toute sage Miséricorde !...
(Le Créateur et la Créature. 5e édition, p. 2G2.)
Quand nous serons remplis de cette idée de Dieu, alors pas un jour ne s'écoulera sans que nous remarquions en lui quelque trait paternel qui jusqu'alors nous avait échappé. Les prières deviennent plus ferventes; les sacrements produisent en nous des fruits de grâce plus nombreux qu'auparavant ; les devoirs se changent en privilèges; les pénitences revêtent l'aimable apparence du plaisir; les chagrins attendrissent le cœur et y versent une délicieuse humilité ; enfin, les douleurs nous semblent des dons du ciel. Le travail devient le repos, et les fatigues du corps et de l'esprit se confondent, pour ainsi dire, avec les délices de la contemplation. Il semblerait que la terre devient le ciel : le moindre objet qui frappe nos regards, le moindre son qui retentit à notre oreille fait tressaillir notre cœur comme si Dieu allait nous faire entendre sa voix ou apparaître lui-même à nos yeux. Comme la vie elle-même revêt une apparence nouvelle, quand nous avons trouvé en Dieu notre père ! Si nous travaillons, c'est sous ses yeux; si nous nous récréons, c'est que son sourire paternel encourage notre joie. Un ciel radieux réjouit la terre, et les étoiles qui brillent durant la nuit sont comme le commencement de la vision béatiûque. Comme tout nous devient doux! comme tout nous devient suave! El comme nous sommes
prêts à rencontrer en tout le repos et presque l'infini, depuis que nous avons trouvé que Dieu est notre père !
( Tout pour Jésus, p. 62. )
Comment parler de vous, ô merveilleuse Miséricorde de Dieu ? C'est la Miséricorde qui semble nous faire mieux comprendre Dieu. Si en la pratiquant, la créature devient semblable au Créateur, ne pouvons-nous pas dire que par elle le Créateur ressemble à la créature? Elle porte avec soi une apparence de tristesse et de sympathie, de pitié, de dévouement, de compassion qui appartient à la noblesse d'une nature créée. Elle donne à Dieu un caractère paternel, comme si, partageant en réalité les peines de ses enfants, il leur disait de douces paroles et leur prodiguait de tendres caresses pour adoucir, par son exubérante affection, leurs peines et leur détresse. Comment définir ce précieux attribut de la Miséricorde? N'est-ce pas la seule perfection que la créature donne ou semble donner au Créateur? Comment aurait-il de la miséricorde, si ce n'était pour nous? Il n'a pas en lui de chagrins à consoler, pas de besoins à satisfaire : car il est un Océan d'être sans bornes. La Miséricorde est le calme de sa toute-puissance et le charme de son omniprésence, le fruit de son éternité et la compagne de son immensité, la principale satisfaction de sa justice, le triomphe de sa sagesse, la patiente persévérance de son amour. Partout, partout nous rencontrons la Miséricorde de notre Père céleste : douce, active, vaste, profonde, sans limites. Le jour, elle éclaire nos travaux; la nuit, nous dormons sous sa protection; la cour du ciel resplendit des rayons de sa beauté féconde ; la terre en est couverte et devient comme le lit de cet autre Océan. Le Purgatoire est comme une création distincte qui lui est propre : elle y répand le demi-jour argenté de la lune-dans une nuit d'été.