LES ANGES
Il serait trop long d'énumérer toutes les merveilles que la Théologie nous enseigne au sujet des saints Anges, sur la grandeur de leur puissance, l'étendue de leur intelligence et la ferveur de leur amour. Ils sont nos frères aînés, les premiersnés de Dieu. Les divers royaumes de leurs hiérarchies nous offrent une inconcevable variété ; chaque classe diffère des autres par les grâces, par les facultés, par les dons dont elle est ornée, parles opérations qu'elle accomplit, par les œuvres qui lui sont assignées. C'est là ce qui les divise en hiérarchies, puis en chœurs et enfin en espèces; c'est là aussi ce qui réunit ensemble des multitudes rapprochées par la beauté, les facultés et les fonctions. D'après ce que la Théologie nous apprend, il est évident que, si nous pouvions les connaître, les perfections des anges formeraient l'objet d'une science infiniment plus vaste, plus variée, plus belle que l'histoire naturelle des divers règnes de ce monde matériel. Probablement cette étude nous révélerait une foule de perfections divines dont nous ne soupçonnons point l'existence, parce que nous en ignorons les noms et que notre imagination ne saurait en concevoir l'idée. L'état de ces merveilleuses créatures est aussi élevé audessus de la gloire des mortels que nous pouvons concevoir l'antique création des anges supérieure à la création plus récente, et même relativement moderne, de l'homme. Le prophète Daniel, que nulle vision ne semblait désormais devoir surprendre, tant étaient nombreuses et brillantes celles dont il avait été favorisé, et saint Jean dont l'œil d'aigle avait appris à voir clair dans les splendeurs éblouissantes de l'Apocalypse, tous deux tombèrent la face contre terre à la vue d'un Ange, et l'adorèrent comme si la lumière de Dieu avait soudain lui à leurs
yeux et les avait jetés dans une extase subite. Ainsi, Tobie demeura plongé pendant trois heures dans un saint ravissement lorsque saint Raphaël, en s'éloignant, lui laissa voir un instant la très-aimable beauté d'un esprit bienheureux. Il serait donc difficile pour nous d'exagérer la supériorité intellectuelle et spirituelle qui élève les Anges au-dessus de nous. Toutefois, comment la sainte Écriture nous représente -t-elle la contenance de ces esprits célestes en présence de la sainte Trinité ? Ils se voilent la face de leurs ailes ! Les Trônes tremblent ! Les Puissances tressaillent ! Leur puissante et glorieuse nature est ébranlée jusque dans ses fondements ; ses profondeurs sont émues et troublées; leur vie, leur force, leur empire sur eux-mêmes semblent les avoir abandonnés. Plus profonds et plus vastes que les mers de la terre, ces Océans de vie paraissent comme s'ils devaient sécher en présence de ce Soleil de gloire ; et la simplicité môme de la nature angélique semble ne pouvoir soutenir les effets de ce Feu qui pénètre partout pour tout purifier.....
{Le Saint- Sacrement,!, pp. 299-30).)
Considérons la multitude innombrable des Anges avec toutes leurs hiérarchies, leurs chœurs et leurs espèces ; puis, calculons l'immensité des vastes océans de grâce divine qui ont inondé ces Esprits bienheureux. Que de puissance dans ces intelligences ! que de paix et de profondeur dans leurs affections ! que de vivacité, que d'ardeur dans leur zèle ! Comme ils ont dû boire avidement ces eaux vives de la grâce, semblables à la terre altérée qui absorbe les torrents d'une pluie d'orage après une brûlante journée d'été ! Et pourtant, l'abondance de ces ondes bienfaisantes était plus que suffisante pour étancher cette soif ardente, et les Anges s'enivraient des eaux