LE MONDE AVANT LE PÉCHÉ
Chaque globe, dans ces champs incommensurables de l'espace semé d'étoiles qui nous échappent, se meut dans la lumière de la joie qui sort de Dieu et se répand à torrents ; chaque intelligence créée se désaltère aux sources de son allégresse; chaque instinct chez les animaux est comme un lointain écho des divines jouissances. L'arbre élève sa tête et étend ses branches, la fleur ouvre son calice et répand ses parfums, le métal étincelle et brille, le nuage court dans l'air, l'eau roule ses flots, les planètes parcourent leur orbite dans l'excès du bonheur de Dieu. Sa félicité sans bornes repose sur le monde entier, l'éclairant d'une lumière sereine, semblable aux eaux d'une mer spirituelle dont les profondeurs transparentes laissent voir distinctement toutes les beautés de la création. Dans le vaste monde de Dieu, il n'est pas de place pour le péché, pas de précaution contre la peine, pas un coin pour le malheur. Le péché est un étranger, un intrus, un ennemi, et il est aussi peu à sa place sur la terre qu'il le serait dans le ciel. C'est nous qui l'avons introduit dans ce monde jusqu'alors heureux et magnifique ; c'est nous qui, par l'abus de notre volonté, laissés tout à fait libres afin que nous puissions aimer Dieu avec plus de mérite et de gloire, avons brisé les barrières qui fermaient son Paradis au mal.
(Le Créateur et la Créature, p. 251.)