‹ Esprit du p. FaberChapitre 72 sur 435 · CE QUE C'EST QU'UN HOMME · texte numérisé non relu

CE QUE C'EST QU'UN HOMME

L'homme peut occuper dans le monde une position tout à fait privée; il peut n'être pas connu en dehors du sanctuaire de sa famille ou d'un petit cercle de connaissances. Les grandes choses de ce monde ne le regardent pas; il n'est point consulté par les hommes publics; il a son petit monde d'espérances et de craintes, de joies et de tristesses que les étrangers ne partagent pas avec lui. Sa lumière et ses ténèbres sont pour lui seul. Son importance est nulle : la terre, la nation, sa province, son village marchent sans qu'il s'en mêle. C'est un homme comme la foule des hommes, sans que rien le distingue des autres. Cependant le commencement de son histoire remonte bien haut : car, dans l'éternelle pensée de Dieu, aussi avant que nous puissions pénétrer, il est présent. De toute éternité il y a sa place, et, avant que le monde fût créé, il y était environné des splendeurs de la bonté de Dieu et de la lumière de ses desseins sur lui ; il était l'objet d'un amour spécial, souverain, incommensurable. Dans l'amour que Dieu portait à cet homme si obscur, il y avait plus de puissance, de sagesse et de bonté que n'en peut concevoir notre imagination dans ses efforts les plus hardis. Oserons-nous le dire? Il était une partie de la gloire et du bonheur de Dieu pendant les siècles sans mesure de l'éternité qui nous a précédés. La multitude de ces

mondes éclatants suspendus dans le ciel, Ja composition, l'ornement, l'équilibre de leurs pesantes masses, toutes les merveilles de la création matérielle et inanimée, toute cette inexplicable chimie qui est la vie du monde, ne sont rien en comparaison de l'intensité du céleste amour et des miséricordieuses prévoyances de la prédestination qui s'épanchaient sur cette seule âme. Pensez à cela en le voyant assis parmi les arbres et les buissons, au milieu des insectes et des petits oiseaux. Aussi longtemps qu'il y a eu un Dieu, cette âme a été l'objet de sa connaissance et de son amour, et depuis que l'abîme incréé du tout-puissant Amour a fait jaillir ses sources au dehors, cette âme resplendit baignée de ses eaux divines. Oh ! ne vous étonnez pas si Dieu est si patient avec les pécheurs, ne vous étonnez pas si Jésus est mort pour les âmes.

Mais ce n'est pas là toute l'histoire réelle de cet homme: ily a plus encore. Nous ne pouvons pénétrer les secrets de sa conscience, ni savoir s'il est en état de grâce, ni connaître ce que serait le jugement de Dieu s'il le faisait en ce moment comparaître devant lui.

Quoi qu'il en soit de ces questions, c'est un fait que cet homme était pour sa part dans ce qui a déterminé l'incarnation de la seconde personne de la très- sainte Trinité. Il appartient à Jésus et a été créé pour Jésus; il est à son Sauveur; il est destiné à orner son royaume. Son corps et son âme sont modelés, dans la mesure qui leur est propre, sur le corps et l'âme du Verbe fait chair. Sa prédestination dérive de celle de Jésus, dans laquelle elle est comprise. Il est le frère de son Dieu et possède un droit divin d'appeler sa mère Celle qui appelle le Créateur son Fils. Il était prévu dans le décret de l'Incarnation. La gloire de son âme et les joies de son cœur humain furent comptées dans l'immense somme d'attraits qui amenèrent le Verbe éternel à choisir le lieu de ses délices parmi les enfants des hommes en unissant leur nature créée à sa Personne incréée. Ses péchés ont en partie causé l'effusion

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