‹ Esprit du p. FaberChapitre 73 sur 435 · LIVRE TROISIÈME. — L'HOMME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — L'HOMME

du précieux Sang ; et Jésus a souffert, est mort, est ressuscité, cstmontéaux deux pour cet homme, aussi complètement que s'il fût le seul de sa race qui eût péché. Il faut qu'il y ait en lui quelque bien puissant attrait pour que Notre-Seigneur l'ait aimé avec tant de force et d'ardeur. Vous voyez que Jésus a compté depuis longtemps les péchés de cette créature ; il les a vus, comme notre œil aveuglé ne peut pas les voir, un à un, séparément, dans toute leur laideur et leur surabondante malice ; il les a vus dans leur ensemble, par milliers peut-être, et aggravés par toutes les circonstances que peuvent revêtir les actes humains. Et néanmoins il y avait dans cet homme quelque chose qui agissait sur l'amour du Dieu saint au delà de toute expression, au point de le déterminer à mourir pour lui, à satisfaire surabondamment pour ses péchés, à lui mériter un océan de grâces ineffables, à le faire jouir enfin, par le sacrifice le plus généreux, du bonheur de ses divins embrassements, et tout cela, parce que cet homme était sa créature. Vous voyez quelle histoire est la sienne ; et quelle place il tient dans la marche du monde, par son rapport avec l'Incarnation ; vous voyez comment il se trouve mêlé aux plans éternels, comment il a contribué à produire une apparence de changement en Dieu éternellement béni et immuable. Hélas ! s'il nous est si difficile de découvrir l'excellence chez les autres, combien plus l'est-il à Dieu de la voir en nous ! Et cependant il nous aime tous.

Revenons à notre homme, quel qu'il puisse être. C'est une évidente vérité que Dieu a eu un dessein général dans l'ensemble de la création ou, pour parler plus exactement, qu'il a ,feu plusieurs desseins généraux. Mais il n'est pas moins vrai qu'il a eu un dessein ^spécial dans cet homme que nous prenons pour objet de notre étude. Tout homme est venu dans le monde afin de faire quelque chose de particulier pour Dieu ; il y est venu pour exécuter quelque plan bien arrêté, pour atteindre quelque fin bien marquée, qui est tellement la sienne qu'elle n'est pas

celle des autres hommes. Il est tel service particulier, telle gloire distincte que Dieu veut recevoir de lui, diflérents de ceux qu'il attend de tout autre, et le bonheur et la dignité de l'homme consistent à rendre à Dieu précisément ce service et cette gloire, et non d'autres. Comme il ne s'est pas fait luimême, ainsi ne peut-il se donner lui-même sa vocation. 11 ne sait pas quelle fonction spéciale il doit remplir dans le plan immense de l'œuvre gigantesque de son Créateur, mais il n'est pas douteux que cette fonction existe et lui est destinée. La vie, dans son développement, la lui révélera ; ses devoirs et sa destinée lui seront successivement apportés par les années, et peut-être de ce côté de la tombe ne verra-t-il jamais distinctement quelle est son œuvre ; il se peut même qu'elle consiste en partie dans les épreuves de cette obscurité. Mais combien grand l'homme nous apparaît, quand nous savons que Dieu, après avoir choisi cette âme au moment de sa création, de préférence à des millions d'autres possibles et plus nobles, daigne faire dépendre de lui en particulier une gloire et un amour que, s'il les lui refuse, nul autre et le genre humain tout entier ne pourront lui procurer ! Dieu a en jeu un intérêt qui dépend de la volonté de cet homme, et cet homme peut l'en frustrer. Et combien sont nombreux, hélas! ceux qui le font ! Quand nous considérons ce qu'est Dieu en lui-même, et quelle est son intinie béatitude, combien touchant nous apparaît le mystère de la destinée spéciale de chaque homme. Comme il unit étroitement le Créateur et la créature ! Et où pourrait être la dignité de la créature, sinon dans l'amour du Créateur !

Continuons. Cet homme aurait pu, semblerait-il, naître à une heure quelconque du jour ou de la nuit des cinq mille années et plus qui nous ont précédés ; il aurait pu venir avant le Christ ou après, appartenir à une nation, à une race, à une religion quelconques; son âme aurait pu être tirée du néant dans tout autre instant avec autant de facilité qu'elle l'a été en fait au moment où Dieu l'a voulu. Mais il a plu à Dieu de

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