‹ Esprit du p. FaberChapitre 76 sur 435 · MISÈRE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

MISÈRE DE L'HOMME

...Telle est la condition de l'homme contemplé dans sa dignité solitaire de Seigneur de la création. Mais c'est un tableau trop favorable; sa dignité solitaire est une pure chimère : car il est, au contraire, complètement mêlé à la foule des créatures intérieures et dépend d'elles en mille manières. Laissé ù luimême, il ne tire aucun usage de la terre : il faut qu'elle lui

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fournisse les minéraux et les gaz que renferme son sein maternel et qui sont nécessaires à sa vie de chaque jour; sans eux, il périrait bientôt et périrait fort misérablement. Cependant toute sa chimie nesuflit pas à les convertir en nourriture. Pour cela i[ dépend des végétaux: ce sont eux qui font de la terre une nourrice, soit directement en lui servant eux-mêmes d'aliments, soit indirectement en entretenant la vie animale. Et cela s'opère par uue multitude de procédés cachés; et la plupart d'entre eux peut-être, et beaucoup certainement, échappent à la science humaine. Ainsi, il est à la merci du monde végétal. Le gazon qui pousse sur sa tombe, après l'avoir nourri pendant sa vie, tire maintenant de lui sa nourriture.

Il dépend en quelque façon des animaux de l'ordre inférieur. Les uns lui prêtent leur force pour le travail; les autres lui fournissent la matière des vêtements qui le réchauffent; ceux-là le nourrissent de leur chair et de leur lait. Une grande partie du genre humain dépense son temps, son industrie, sa richesse, à soigner des chevaux, des vaches et des chameaux ; ils se font leurs serviteurs, leur bâtissent des maisons, pourvoient à leur nourriture, préparent leur couche, les lavent et les gardent comme si c'étaient des enfants de la famille et s'étudient à procurer leur bien-être. Plus de la moitié peut-être des hommes sur la terre est livrée en ce moment à cette occupation. La famille humaine se dissoudrait, si les animaux domestiques cessaient d'en faire partie. Quant au monde des insectes, nous ne pouvons le contempler sans une sorte de tremblement nerveux. Leur nombre et leur puissance sont si redoutables, si absolument irrésistibles, qu'ils pourraient en une semaine faire disparaître tout être vivant et nous dévorer tous, comme le souille brûlant de l'Ange exterminateur ; nous pouvons à peine dire ce qui modère le rapide développement de leurs générations instantanées. Exagérez l'action des oiseaux de proie, des guerres intestines et de l'active hostilité de l'homme, et toutes ces forces sembleraient encore insuffisantes à dompter

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